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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2100894

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2100894

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2100894
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre bis
Avocat requérantBENOITON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 juillet 2021 et 14 septembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Terra Concept, représentée par Me Benoiton, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Leu a refusé de lui délivrer un permis d'aménager une parcelle (cadastrée CX1793) située rue Bois de Reinette ;

2°) d'enjoindre au maire de lui délivrer le permis d'aménager, sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Leu une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté n'est pas motivé ;

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 septembre 2021 et 30 septembre 2022, la commune de Saint-Leu, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en vertu de l'article R. 600-1 code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés ;

- en tout état de cause, par une délibération du 18 décembre 2020, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Territoire de la Côte Ouest (TCO) a initié une procédure de modification du schéma de cohérence territorial afin de définir les secteurs déjà urbanisés en application de la loi du 23 novembre 2018.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de Me Benoiton, représentant la SAS Terra Concept.

- et les observations de M. A, représentant la commune de Saint-Leu.

Considérant ce qui suit :

1. Le 15 mars 2021, la société par actions simplifiée (SAS) Terra Concept a demandé au maire de Saint-Leu de lui délivrer un permis tendant à l'aménagement d'une parcelle située rue Bois de Reinette pour la création d'un lotissement composé de six lots. Par un arrêté du 26 avril 2021, le maire a rejeté la demande de la SAS Terra Concept. Par la présente requête, la SAS Terra Concept demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. () ".

3. Ces dispositions ne sont pas applicables aux pétitionnaires lorsqu'ils contestent une décision de refus d'occuper ou d'utiliser le sol. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête pour méconnaissance de ces dispositions doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. / L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages ". Le III de l'article 42 de la même loi prévoit que : " Jusqu'au 31 décembre 2021, des constructions et installations qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti, peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites, dans les secteurs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction résultant de la présente loi, mais non identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme en l'absence de modification ou de révision de ces documents initiée postérieurement à la publication de la présente loi. ".

5. Le deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, ouvre la possibilité, dans les secteurs déjà urbanisés qui sont identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, à seule fin de permettre l'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et l'implantation de services publics, de densifier l'urbanisation, à l'exclusion de toute extension du périmètre bâti et sous réserve que ce dernier ne soit pas significativement modifié. En revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les espaces d'urbanisation diffuse éloignés de ces agglomérations et villages. Il ressort des dispositions de ce deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme que les secteurs déjà urbanisés qu'elles mentionnent se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. Par ailleurs, le III de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique autorise, par anticipation, jusqu'au 31 décembre 2021 et sous réserve de l'accord de l'Etat, les constructions qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti dans les secteurs déjà urbanisés non encore identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme.

6. En l'espèce, d'une part, la SAS Terra Concept, qui a déposé sa demande de permis d'aménager le 15 mars 2021, doit être regardée comme se prévalant, non pas du bénéfice des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 121-8 issues de la loi du 23 novembre 2018, inapplicables à la date du dépôt de sa demande, mais des dispositions du III de l'article 42 de cette même loi instaurant un régime transitoire. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle faisant l'objet de la demande de permis d'aménager est classée en zone AUs du plan local d'urbanisme de la commune qui dispose que : " () / Le secteur AUs couvre des espaces naturels réservés à l'urbanisation future. Ces espaces non équipés sont inconstructibles. Ils ne pourront être ouverts à l'urbanisation qu'à l'occasion d'une procédure de modification ou de révision du plan local d'urbanisme. / () ". Toutefois, les dispositions du III de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 qui instaurent un régime transitoire ont pour objet et pour effet de permettre, sous conditions, jusqu'au 31 décembre 2021, la délivrance d'une autorisation d'urbanisme, alors même que le projet se situe dans une zone inconstructible définie par le plan local d'urbanisme. Par suite, le maire ne pouvait légalement rejeter la demande de permis d'aménager au motif que le terrain d'assiette du projet se situe en zone AUs du plan local d'urbanisme.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée CX1793 est située à proximité immédiate de parcelles occupées par une petite dizaine d'habitations individuelles et de parcelles non construites. En outre, la parcelle objet du litige se situe à une centaine de mètres au nord et au sud de zones urbaines plus densément construites notamment autour de l'axe routier constitué par la rue du Bois de Reinette. Cette rue est desservie par les réseaux collectifs d'eaux usées, d'eau potable, d'électricité et de téléphonie. Il en résulte que le projet, qui n'a pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti, se situe au sein d'un secteur déjà urbanisé au sens des dispositions citées au paragraphe 2. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur d'appréciation.

8. En second lieu, aux termes de l'article 42 de loi du 23 novembre 2018 : " () / II.- Il peut être recouru, après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites : / 1° A la procédure de modification simplifiée prévue aux articles L. 143-37 à L. 143-39 du code de l'urbanisme, afin de modifier le contenu du schéma de cohérence territoriale pour la mise en œuvre de la seconde phrase du second alinéa de l'article L. 121-3 du même code ou du deuxième alinéa de l'article L. 121-8 dudit code, et à condition que cette procédure ait été engagée avant le 31 décembre 2021 ; / () ".

9. En défense, la commune fait valoir, dans le cadre de ce qui doit être regardé comme une demande de substitution de motifs, que par une délibération du 18 décembre 2020, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération TCO a initié une procédure de modification simplifiée du schéma de cohérence territorial afin de définir les secteurs déjà urbanisés en application de la loi du 23 novembre 2018. Elle en déduit que, compte tenu de ce motif, le régime transitoire instauré par les dispositions du III de l'article 42 n'était pas applicable. Toutefois, s'il ressort de ces dispositions que le dispositif transitoire n'est pas applicable en cas de révision ou de modification du schéma de cohérence territoriale ou du plan local d'urbanisme initiée postérieurement à la publication de la loi, il ressort des travaux parlementaires de la loi que le législateur a entendu permettre le maintien de l'application du régime transitoire en cas de mise en œuvre de la procédure de modification simplifiée prévue par les dispositions du II. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la procédure de modification initiée le 18 décembre 2020 par la communauté d'agglomération a été mise en œuvre sur le fondement du II de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018. Il en résulte que la commune n'est pas fondée à soutenir que la demande de permis d'aménager devait, en tout état de cause, être rejetée au motif que la communauté d'agglomération avait initiée une procédure de modification du schéma de cohérence territoriale.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est, en l'état du dossier, susceptible de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 avril 2021 du maire de la commune de Saint-Leu.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Les motifs du présent jugement n'impliquent pas nécessairement qu'il soit enjoint à la commune de Saint-Leu de délivrer à la société requérante le permis d'aménager sollicité. Toutefois, il appartient à la commune de Saint-Leu de procéder à un réexamen de la demande de la société requérante, dans un délai de quatre mois, en mettant en œuvre la procédure prévue au III de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 qui implique de recueillir l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat et l'avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites sur le projet. En application des dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme la commune devra réexaminer la demande de la société requérante sur le fondement des dispositions d'urbanisme applicables à la date du 26 avril 2021.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune réclame au titre des frais liés au litige. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune le versement d'une somme 1 500 euros à la société requérante au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 avril 2021 du maire de la commune de Saint-Leu est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Leu de réexaminer la demande de la SAS Terra Concept dans un délai de quatre mois, dans les conditions fixées au paragraphe 12.

Article 3 : La commune de Saint-Leu versera à la SAS Terra Concept la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Saint-Leu présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiées (SAS) Terra Concept et à la commune de Saint-Leu.

Délibéré après l'audience du 30 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

N°2100894

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