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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2100990

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2100990

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2100990
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2021, Mme D A, représentée par Me Maillot, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juin 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion l'a maintenue en congé de maladie ordinaire à demi-traitement pour les périodes du 1er avril 2021 au 13 juin 2021 et du 14 juin 2021 au 30 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au CHU, sous astreinte, de lui attribuer un congé à plein traitement ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge du CHU une somme de 2 183 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- le signataire de la décision attaquée ne démontre pas sa compétence ;

- la décision attaquée, qui se borne à suivre l'avis du comité médical départemental, n'est pas motivée ;

- elle est rétroactive, dès lors qu'elle porte sur la période antérieure à son édiction ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2022, le CHU de La Réunion, représenté par Me Paraveman, avocate, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seroc, conseiller,

- les conclusions de Mme Legrand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Paraveman, avocate du CHU.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe administrative au CHU de La Réunion, a bénéficié, par une décision de son employeur du 21 mars 2012, du régime de la maladie professionnelle imputable au service en raison d'un syndrome ostéo-tendino-articulaire. Par décision du 10 janvier 2020, le CHU a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de ses prolongations d'arrêts de travail et l'a placée en congé de maladie ordinaire, à plein traitement du 20 juin 2019 au 19 septembre 2019, puis à demi-traitement à compter du 20 septembre 2019. Cependant, par décision du 24 avril 2020, l'intéressée a été placée en congé de longue maladie du 14 juin 2019 au 13 juin 2020. Consulté dans le cadre de l'examen de la demande de prolongation du congé de longue maladie de l'intéressée, le comité médical a émis, lors de sa séance du 25 août 2020, un avis défavorable. Se référant à cet avis, le directeur général du CHU a décidé, le 3 septembre 2020, de placer Mme A en congé de maladie ordinaire à demi-traitement du 14 septembre 2020 au 13 décembre 2020. Les recours en annulation intentés par Mme A contre les décisions des 10 janvier 2020 et 3 septembre 2020 ont été rejetés par le jugement n° 2001099-2100016 du 15 février 2022. Par un avis du 20 avril 2021, le comité médical, consulté cette fois dans le cadre d'une demande de mise à la retraite pour invalidité, a émis un avis défavorable. Par une décision du 7 juin 2021, le directeur général du CHU a maintenu Mme A en congé de maladie ordinaire à demi-traitement pour les périodes du 1er avril 2021 au 13 juin 2021 et du 14 juin 2021 au 30 septembre 2021, à titre conservatoire dans l'attente d'une reprise à temps partiel thérapeutique. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. Par une décision du 23 avril 2021 portant délégation de signature du directeur général du CHU de La Réunion à la direction des ressources humaines, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. B, directeur général, a accordé à Mme C, attachée d'administration hospitalière, délégation pour signer les actes et décisions relatifs à la gestion des carrières des carrières des personnels non médicaux. Ainsi, la décision du 7 juin 2021 par laquelle le CHU, sous la signature de Mme C, a maintenu Mme A en congé de maladie ordinaire à demi-traitement, a été signée par une autorité disposant d'une délégation de signature régulière.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision du 7 juin 2021 vise notamment la loi du 9 janvier 1986, le décret du 19 avril 1988 et l'avis du comité médical du 20 avril 2021, auquel elle se réfère en mentionnant que la demande à la mise à la retraite pour invalidité a reçu un avis défavorable, l'intéressée étant " apte au travail ". Cette décision indique en outre que Mme A a épuisé ses droits à congé à plein traitement. Dès lors, l'exigence de motivation résultant des dispositions de l'article L. 211-2 code des relations entre le public et l'administration est satisfaite.

4. En troisième lieu, les décisions administratives ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir. S'agissant des décisions relatives à la carrière des fonctionnaires, l'administration ne peut déroger à cette règle générale en leur conférant une portée rétroactive que dans la mesure nécessaire pour assurer la continuité de la carrière de l'agent intéressé ou procéder à la régularisation de sa situation. La décision du 7 juin 2021, qui maintenait Mme A, de façon rétroactive, en congé de maladie ordinaire rémunéré à demi-traitement à compter du 1er avril 2021, a eu pour objet de placer la requérante dans une position régulière à l'issue de ses congés de maladie à plein traitement. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'administration ne pouvait donner une portée rétroactive à cette décision.

5. En quatrième lieu, par son jugement du 15 février 2022, le tribunal a considéré que la requérante ne justifiait pas avoir expressément sollicité auprès du CHU l'octroi d'un congé pour maladie imputable au service. En l'espèce, Mme A n'établit toujours pas avoir formulé auprès de son employeur une telle demande. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur général du CHU ait commis une erreur d'appréciation en estimant, conformément à l'avis du comité médical, que les arrêts de travail présentés par Mme A, qui ne peut utilement invoquer l'imputabilité au service de sa maladie au soutien de sa contestation de la décision du 7 juin 2021, relevaient du régime des congés de maladie ordinaire pour les périodes du 1er avril 2021 au 13 juin 2021 et du 14 juin 2021 au 30 septembre 2021.

6. En cinquième lieu, à l'appui de son moyen tiré du détournement de pouvoir, Mme A déplore la réduction de sa prise en charge par l'administration et les difficultés rencontrées pour obtenir un poste adapté à sa situation. Toutefois, les succincts éléments produits au soutien de ses allégations ne permettent pas d'établir l'existence d'un détournement de pouvoir.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2° : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Aebischer, président,

- M. Ramin, premier conseiller,

- M. Seroc, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

Le rapporteur,

S. SEROC

Le président,

M.-A. AEBISCHERLa greffière,

S. BALOUKJY

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

La greffière,

S. BALOUKJY

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