mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2101033 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 août 2021, le 21 janvier 2022 et le 10 avril 2022, sous le n° 2101033, M. A C et l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) Domaine de La Saline demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-AE-643 A du 8 juin 2021 par lequel le préfet de La Réunion a délivré à M. B C une autorisation d'exploiter sur les parcelles cadastrées 15ES0037 pour moitié, 15EL0003 pour moitié, 15EL0006 pour moitié, 15EL0008 pour moitié, 15EK0041 pour moitié, 15EK0566 pour moitié et 15ER0216 de la commune de Saint-Paul ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat et de M. B C une somme de 1 500 euros à verser à chacun des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de M. B C la somme de 1 500 euros à verser à l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté litigieux a été pris par une autorité incompétente ;
- la procédure devant le comité d'orientation stratégique et de développement agricole (COSDA) a été méconnue, dès lors que ni le propriétaire de la parcelle 15ER0216, ni les requérants n'ont été informés de la date de soumission du dossier au COSDA ;
- il n'est pas établi que le COSDA se soit effectivement réuni et que les échanges se soient déroulés dans des conditions régulières ;
- le COSDA était irrégulièrement composé ;
- l'obligation de publicité de la demande prévue par les articles R. 331-4 et D. 331-4-1 du code rural et de la pêche maritime a été méconnue ;
- le dossier de demande d'autorisation d'exploiter était incomplet, dès lors qu'il ne comportait aucun formulaire complété, daté et signé par M. B C, que les preuves d'information des propriétaires étaient manquantes au moment de l'enregistrement du dossier, et que les preuves de l'expérience professionnelle de M. B C n'y figurent pas ;
- les propriétaires des parcelles n'ont pas été informés de la demande de M. B C, en méconnaissance de l'article R. 331-4 du code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de droit, dès lors que la demande de M. B C ne relevait pas d'un rang de priorité équivalent à celui de la demande déposée par l'EARL Domaine de La Saline ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2022, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les requérants n'ont pas intérêt à agir contre l'arrêté litigieux ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à M. B C, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Des mémoires ont été enregistrés le 28 janvier 2022 et le 30 mai 2024 pour les requérants et n'ont pas été communiqués.
II. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 août 2021, le 21 janvier 2022 et le 10 avril 2022, sous le n° 2101034, M. A C et l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) Domaine de La Saline demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-AE-641 A du 8 juin 2021 par lequel le préfet de La Réunion a délivré à M. B C une autorisation d'exploiter sur les parcelles cadastrées 13CT0038 et 13CT0039 de la commune de Saint-Leu ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat et de M. B C une somme de 1 500 euros à verser à chacun des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de M. B C la somme de 1 500 euros à verser à l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté litigieux a été pris par une autorité incompétente ;
- la procédure contradictoire devant le comité d'orientation stratégique et de développement agricole (COSDA) a été méconnue, dès lors que les requérants n'ont pas été informés de la date de soumission du dossier au COSDA ;
- il n'est pas établi que le COSDA se soit effectivement réuni et que les échanges se soient déroulés dans des conditions régulières ;
- le COSDA était irrégulièrement composé ;
- l'obligation de publicité de la demande prévue par les articles R. 331-4 et D. 331-4-1 du code rural et de la pêche maritime a été méconnue ;
- le dossier de demande d'autorisation d'exploiter était incomplet, dès lors qu'il ne comportait aucun formulaire complété, daté et signé par M. B C, que les preuves d'information des propriétaires étaient manquantes au moment de l'enregistrement du dossier, et que les preuves de l'expérience professionnelle de M. B C n'y figurent pas ;
- les propriétaires des parcelles n'ont pas été informés de la demande de M. B C, en méconnaissance de l'article R. 331-4 du code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de droit, dès lors que la demande de M. B C ne relevait pas d'un rang de priorité équivalent à celui de la demande déposée par l'EARL Domaine de La Saline ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2022, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les requérants n'ont pas intérêt à agir contre l'arrêté litigieux ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à M. B C, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Des mémoires ont été enregistrés le 28 janvier 2022 et le 30 mai 2024 pour les requérants et n'ont pas été communiqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté n° 2021-AE-643 A du 8 juin 2021, le préfet de La Réunion a délivré à M. B C une autorisation d'exploiter sur les parcelles cadastrées 15ES0037 pour moitié, 15EL0003 pour moitié, 15EL0006 pour moitié, 15EL0008 pour moitié, 15EK0041 pour moitié, 15EK0566 pour moitié et 15ER0216 de la commune de Saint-Paul. Par un arrêté n° 2021-AE-641 A du même jour, le préfet de La Réunion a délivré à M. B C une autorisation d'exploiter sur les parcelles cadastrées 13CT0038 et 13CT0039 de la commune de Saint-Leu. Par deux requêtes, enregistrées sous les n°s2101033 et 2101034, M. A C et l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) Domaine de La Saline demandent au tribunal l'annulation de ces arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes nos 2101033 et 2101034 présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet en défense :
3. D'une part, un exploitant qui a demandé une autorisation d'exploiter une ou plusieurs parcelles sur des terres en application du 1° de l'article L. 331-2 du code rural et de la pêche maritime justifie d'une qualité lui donnant intérêt à agir contre l'autorisation donnée à un autre exploitant d'exploiter des parcelles sur ces terres. Il ressort des pièces du dossier que l'EARL Domaine de La Saline a déposé une demande d'autorisation d'exploiter sur les parcelles litigieuses. Par suite, et alors même qu'elle a également obtenu une autorisation d'exploiter ces parcelles, elle justifie d'une qualité lui donnant intérêt à agir contre la décision litigieuse.
4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A C est propriétaire indivis des parcelles litigieuses. Par suite, il justifie d'une qualité lui donnant intérêt à agir contre la décision accordant une autorisation d'exploiter sur ces parcelles.
5. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 4 que la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. D'une part, aux termes de l'article R. 313-1 du code rural et de la pêche maritime : " La commission départementale d'orientation de l'agriculture () est notamment chargée d'émettre un avis, dans les cas et selon les modalités prévus par les dispositions législatives ou réglementaires, sur les projets d'actes réglementaires et individuels en matière de structures agricoles, d'aides aux exploitants, aux exploitations, aux cultures et aux modes de production. ". Aux termes de l'article R. 331-5 du même code : " I.- La commission départementale d'orientation de l'agriculture mentionnée à l'article R. 313-l peut être consultée sur les demandes d'autorisation d'exploiter auxquelles il est envisagé d'opposer un refus pour l'un des motifs prévus à l'article L. 331-3-1. Dans ce cas, et lorsque des candidatures concurrentes ont été enregistrées sur tout ou partie des biens qui font l'objet de la demande, l'ensemble des dossiers portant sur ces biens lui est soumis au cours de la même séance. / Les candidats, les propriétaires et les preneurs en place sont informés de la date d'examen des dossiers les concernant par la commission par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou remise contre récépissé. / () ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 181-9 du code rural et de la pêche maritime : " En Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à La Réunion et à Mayotte, un comité d'orientation stratégique et de développement agricole est chargé, en concertation avec les chambres consulaires et les organisations professionnelles agricoles et en tenant compte des orientations arrêtées au sein du conseil d'administration et des comités sectoriels de l'établissement créé en application de l'article L. 696-1, de définir une politique de développement agricole, agro-industriel, halio-industriel et rural commune à l'Etat et aux collectivités territoriales, notamment pour la mise en œuvre des programmes de l'Union européenne. / () ". Aux termes de l'article R. 181-7 du même code : " Les compétences conférées par le présent code ou par le code forestier à la commission départementale d'orientation de l'agriculture mentionnée à l'article R. 313-1, ainsi qu'à ses sections ou formations spécialisées, et celles conférées par le présent code à la commission régionale de l'économie agricole et du monde rural mentionnée à l'article R. 313-45, sont exercées par le comité d'orientation stratégique et de développement agricole. ".
8. Il résulte des dispositions précitées que les candidats, les propriétaires et les preneurs en place doivent être informés de la date d'examen des dossiers les concernant par la commission départementale d'orientation de l'agriculture par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou remise contre récépissé. Cette information doit permettre aux candidats, aux propriétaires et aux preneurs en place de présenter des observations écrites en temps utile. Il résulte également de ces dispositions qu'à La Réunion, les compétences conférées à la commission départementale d'orientation de l'agriculture sont exercées par le comité d'orientation stratégique et de développement agricole (COSDA). Il y a lieu, par suite, de considérer que l'obligation d'information préalable de la date d'examen des dossiers s'applique également lorsque le COSDA est compétent.
9. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
10. Si l'EARL Domaine de La Saline, dont M. A C est le gérant, a été informée, par un courrier du 29 avril 2021, de ce que ses propres demandes d'autorisation d'exploiter seraient examinées au COSDA du 8 juin 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A C, en sa qualité de propriétaire indivis des parcelles litigieuses, ait été informé de la date à laquelle les demandes concurrentes, présentées par M. B C, seraient examinées par le COSDA. La circonstance selon laquelle la consultation du COSDA serait facultative est sans incidence sur le respect par l'administration des règles organisant sa saisine. Dans ces conditions, M. A C, qui a été privé de la garantie que constitue la possibilité de présenter des observations écrites devant le COSDA, est fondé à soutenir que les arrêtés litigieux ont été pris à l'issue d'une procédure irrégulière.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation des arrêtés n°2021-AE-643 A et n°2021-AE-641 A du 8 juin 2021.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Dès lors que les requérants n'ont pas eu recours à un conseil et n'établissent pas l'existence de frais liés aux présentes requêtes, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des parties perdantes la somme demandée par les requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En outre, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B C une somme à verser à l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés n°2021-AE-643 A et n°2021-AE-641 A du 8 juin 2021 du préfet de La Réunion sont annulés.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) Domaine de La Saline, à M. B C et au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Felsenheld, premier conseiller,
- Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.
La rapporteure,
J. BEDDELEEM
Le président,
Ch. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 - 2101034
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026