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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2101050

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2101050

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2101050
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLEE MOW SIM-WU TAO SHEE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 août 2021 et 14 mars 2022, M. B A, représenté par Me Lee Mow Sim, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2021 par lequel le maire de Sainte-Marie a refusé de lui délivrer un permis de construire tendant à la régularisation de la construction d'une maison d'habitation sur un terrain situé au n° 200 du chemin Robert au lieu-dit " Beaumont ", ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire sur son recours gracieux du 22 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

- il est fondé sur des dispositions illégales du plan local d'urbanisme en tant qu'elles classent son terrain en zones A et N ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il retient que son terrain est situé en zone R1 et R2 du plan de prévention des risques naturels prévisibles et que le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme qui permet de construire en continuité avec les constructions existantes ;

- il méconnaît la règle dite du " nemo auditur propriam turpitudinem allegans ".

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 et 23 décembre 2021, la commune de Sainte-Marie, représentée par Me Creissen, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 février 2021 le maire de Sainte-Marie a refusé de délivrer à M. A un permis de construire tendant à la régularisation de la construction d'une maison d'habitation sur un terrain situé au n°200 du chemin Robert au lieu-dit " Beaumont " sur une parcelle cadastrée BV 381. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux, qui vise notamment le plan local d'urbanisme de la commune, ainsi que le plan de prévention des risques naturels prévisibles applicable, mentionne que le projet méconnaît les règles des zones R1 et R2 du plan de prévention des risques, celles relatives à la zone N du plan local d'urbanisme, ainsi que l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté litigieux doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ". Aux termes aux termes de l'article R. 151-24 du même code : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la parcelle BV 381, terrain d'assiette du projet, est située en partie en zone A et en partie en zone N du plan local d'urbanisme. Pour refuser le permis de construire demandé, le maire s'est fondé sur la circonstance que le projet prévoyait la réalisation de constructions en zone N au sein de laquelle toute occupation nouvelle est interdite. D'une part, il résulte des termes de l'arrêté litigieux que le maire ne s'est pas fondé sur les règles applicables à la zone A pour rejeter la demande de M. A. Ainsi, celui-ci ne peut utilement invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du classement d'une partie de sa parcelle dans cette zone. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la partie de la parcelle du requérant classée en zone N correspond aux emprises de la ravine des Figues et de la ravine Coco qui présentent un caractère naturel et constituent des zones à risques de crues. Au regard de ces éléments, le classement d'une partie de la parcelle de M. A en zone N n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le requérant ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité qui entacherait le plan local d'urbanisme quant au zonage de son terrain.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la parcelle BV 381, terrain d'assiette du projet, est située en partie en zone R1 " aléa inondation fort combiné à un aléa mouvement de terrain ou aléa mouvement de terrain élevé à très élevé combiné à un aléa inondation " et en partie en zone R2 " aléa mouvement de terrain moyen et aléa inondation moyen, faible ou nul, située en dehors des secteurs jugés sécurisables " du plan de prévention des risques naturels prévisibles. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il retient que son terrain est situé en zone R1 et R2 du plan de prévention des risques naturels prévisibles et que le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

6. En quatrième lieu, la circonstance que l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme impose une urbanisation en continuité avec l'existant en zone de montagne est sans influence sur la légalité de l'arrêté litigieux.

7. En dernier lieu, les circonstances que le maire a accepté en 2017 le raccordement de la maison de M. A aux réseaux électrique et d'eau potable collectifs " compte tenu de l'existence de la construction et de l'urgence liée aux conditions de vie à l'intérieur de l'habitation " et que le requérant justifie d'une adresse postale par le biais d'un certificat de numérotation établi par la commune, sont également sans influence sur la légalité de l'arrêté litigieux.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A réclame au titre des frais liés au litige. Il y a lieu, en revanche et dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A le versement d'une somme de 800 euros à la commune, au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera une somme de 800 euros à la commune de Sainte-Marie, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Sainte-Marie.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

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