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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2101051

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2101051

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2101051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantLEE MOW SIM-WU TAO SHEE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 août 2021 et 14 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Lee Mow Sim, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2021 par lequel le maire de Sainte-Marie a refusé de lui délivrer un permis de construire tendant à la régularisation d'une maison d'habitation construite sur un terrain situé au n° 120 du chemin Robert au lieu-dit " Beaumont ", ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire sur son recours gracieux du 12 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

- il est fondé sur des dispositions illégales du plan local d'urbanisme en tant qu'elles classent son terrain en zones A et N ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il retient que son terrain est situé en zone B2u du plan de prévention des risques naturels prévisibles, que le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et qu'il est susceptible d'augmenter la sensibilité des terrains aux risques naturels et la vulnérabilité des constructions existantes ;

- il méconnaît l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme qui permet de construire en continuité avec les constructions existantes ;

- il méconnaît la règle dite du " nemo auditur propriam turpitudinem allegans ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2021, la commune de Sainte-Marie, représentée par Me Creissen, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 4 février 2021 le maire de Sainte-Marie a refusé de délivrer à Mme A un permis de construire tendant à la régularisation de la construction d'une maison d'habitation sur un terrain situé au n°120 du chemin Robert au lieu-dit " Beaumont " sur la parcelle cadastrée BV 415. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 du plan de prévention des risques naturels prévisibles applicable à la commune de Sainte-Marie : " Les zones B2u sont les zones soumises à prescription concernées par un aléa mouvement de terrain moyen et par un aléa inondation moyen, faible ou nul dans les secteurs jugés sécurisables () Sont autorisés, sous réserve qu'ils n'accroissent pas les risques et leurs effets, qu'ils ne provoquent pas de nouveau risque et de ne pas augmenter la vulnérabilité des biens et activités existants : () les constructions et extensions nouvelles au sol à usage d'habitations () ". Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "

3. En l'espèce, la parcelle cadastrée BV 415, terrain d'assiette du projet, se situe entièrement en zone B2u du plan de prévention des risques. Pour rejeter la demande de Mme A, le maire s'est fondé sur la circonstance que, la parcelle se trouvant en zone B2u, le projet conduit nécessairement à augmenter la sensibilité des terrains aux risques naturels et la vulnérabilité des constructions existantes. Le maire en a déduit que le projet méconnaissait les dispositions du plan de prévention des risques et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction de cette maison individuelle d'une surface totale de 109 m2 sur deux niveaux, de deux places de stationnement et d'une piscine, assortie de deux puisards de 6 m3, sur une parcelle de 1 861 m2, conduirait à augmenter la sensibilité des terrains aux risques naturels et la vulnérabilité des constructions existantes. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de fait.

4. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est, en l'état du dossier, susceptible de fonder l'annulation de la décision attaquée.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire aurait, s'il n'avait retenu que le second motif tiré du classement d'une infime partie du terrain d'assiette en zone N, pris la même décision à l'égard de la demande de Mme A. Par suite, il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 4 février 2021 du maire de Sainte-Marie doit être annulé.

Sur la demande d'injonction :

6. Il y a lieu de faire droit à la demande de Mme A et d'enjoindre au maire de la commune de Sainte-Marie de réexaminer sa demande de permis de construire dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune réclame au titre des frais liés au litige. Il y a lieu, en revanche et dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune le versement d'une somme de 1 500 euros à Mme A, au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 février 2021 du maire de Sainte-Marie est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Sainte-Marie de réexaminer la demande de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune versera une somme de 1 500 euros à Mme A, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Sainte-Marie.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

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