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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2101110

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2101110

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2101110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre bis
Avocat requérantSELARL GERY SCHWARTZ SCHAEPMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 27 août 2021, 11 mars 2022 et 30 août 2022, M. A B, représenté par Me de Géry, demande au tribunal d'annuler la décision du 16 juin 2021 par laquelle l'inspectrice du travail de la 1ère unité de contrôle de La Réunion a autorisé son licenciement.

Il soutient que :

- l'enquête contradictoire a été poursuivie par un inspecteur qui n'était plus compétent pour intervenir ;

- la décision d'autorisation a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article R. 2421-11 du code du travail ;

- le licenciement est nul pour avoir été pris avant l'intervention de l'autorisation de l'inspection du travail ;

- l'autorisation n'a pas été précédée d'échanges avec le salarié ;

- l'autorisation n'a pas relevé l'absence d'information du salarié des motifs s'opposant à ce qu'un autre emploi lui soit proposé ;

- le comité social et économique n'a pas été consulté ;

- l'autorisation n'a pas pris en compte le lien direct entre le mandat et les modifications imposées au contrat de travail.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, la directrice de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la société Ola Energy Réunion qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par ordonnance du 21 juin 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 31 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Caille, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public ;

- et les observations de Me de Géry, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été engagé par la société par actions simplifiée (SAS) Ola Energy Réunion le 9 novembre 2013 en qualité de directeur général, non rémunéré, puis en qualité de directeur technique par contrat de travail à durée indéterminée signé le 25 novembre 2013. Il a été désigné conseiller prud'homme pour le mandat prud'homal 2018-2022 dans le collège des employeurs de la section commerce par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice et de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 21 décembre 2020 publié au Journal officiel du 24 décembre 2020. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 16 juin 2021 par laquelle l'inspectrice du travail de la 1ère unité de contrôle de La Réunion a autorisé son licenciement pour inaptitude.

2. En vertu du code du travail, les salariés protégés bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude du salarié, il appartient à l'administration de rechercher si cette inaptitude est telle qu'elle justifie le licenciement envisagé, compte tenu des caractéristiques de l'emploi exercé à la date à laquelle elle est constatée, de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé, des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi et de la possibilité d'assurer son reclassement dans l'entreprise, et non de rechercher la cause de cette inaptitude. Toutefois, il appartient en toutes circonstances à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale. Par suite, même lorsque le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée. Le fait que l'inaptitude du salarié résulte d'une dégradation de son état de santé, elle-même en lien direct avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives, est à cet égard, de nature à révéler l'existence d'un tel rapport.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, nommé conseiller prud'homme par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice et de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 21 décembre 2020 publié au Journal officiel du 24 décembre 2020, a été informé, par un courrier du 7 janvier 2021 du président de la société Ola Energy Réunion, de ce que la révocation de son mandat de directeur général serait soumise à l'approbation de l'associé unique au cours de l'assemblée générale du 25 janvier 2021. Cette révocation a été décidée au cours de cette assemblée générale et M. B en a été informé par courrier du même jour lui communiquant en outre l'extrait des décisions de l'actionnaire unique tandis qu'un second courrier du 28 janvier 2021 l'informait des conséquences de la perte de sa qualité de directeur général de la société. Si la requête de M. B a été communiquée à son ancien employeur, celui-ci n'a présenté aucune observation en défense et n'a fourni aucune explication sur les raisons pour lesquelles il a voulu mettre fin à ce moment précis aux fonctions de directeur général de l'intéressé. En outre, l'existence d'une " politique habituelle consistant en la modification régulière des organes de direction " apparaît peu crédible, alors que l'intéressé était en fonction depuis plus de sept ans. Enfin, la société Ola Energy Réunion ne conteste ni les allégations du requérant selon lesquelles il donnait toute satisfaction dans ses fonctions de directeur général, ni celles selon lesquelles la décision de l'associé était en lien direct avec son nouveau mandat juridictionnel. Au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la demande d'autorisation de licenciement en litige doit, dès lors, être regardée comme n'étant pas sans lien avec le mandat détenu par l'intéressé. L'inspectrice du travail, à laquelle il appartenait de contrôler l'existence d'un tel lien, ne pouvait, par suite, légalement autoriser le licenciement qui lui était demandé par la société Ola Energy Réunion.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 16 juin 2021 par laquelle l'inspectrice du travail de la 1ère unité de contrôle de La Réunion a autorisé son licenciement.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 16 juin 2021 par laquelle l'inspectrice du travail de la 1ère unité de contrôle de La Réunion a autorisé le licenciement de M. B est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion et à la société par actions simplifiée Ola Energy Réunion.

Copie en sera transmise à la directrice des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président ;

- M. Caille, premier conseiller ;

- M. Felsenheld, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

Le rapporteur,

P.-O. CAILLE

Le président,

CH. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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