mercredi 27 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2101115 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre bis |
| Avocat requérant | LOMARI LAURA-EVA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 août 2021 et 30 avril 2022, Mme B E, représentée par Me Lomari, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2021 par lequel le ministre la justice a nommé M. D A notaire associé, membre de la société civile professionnelle (SCP) " Jean-Patrick C et B E ", titulaire d'un office notarial à la résidence du Tampon ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'il a été pris sur la base d'avenants au traité de cession de parts sociales qui ne lui ont pas été notifiés ;
- il est illégal, dès lors qu'il est fondé sur des avenants qui bouleversent l'économie générale du traité de cession de parts qui ne lui ont pas été notifiés et qu'elle n'a pas approuvés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 décembre 2021, 19 janvier et 30 mars 2022, M. D A, représenté par Me Maillot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 3 268 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors que Mme E n'a pas intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Par un courrier du 20 octobre 2023 le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de procéder d'office à une annulation de la décision attaquée avec modulation des effets dans le temps.
Le garde des sceaux, ministre de la justice, et M. A ont produit des observations sur le moyen d'ordre public les 2 et 7 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 66-879 du 29 novembre 1966 ;
- décret n° 67-868 du 2 octobre 1967 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- les observations de Me Lomari, représentant Mme E ;
- et les observations de Me Maillot, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte du 5 novembre 2019, M. C, notaire au Tampon, a conclu un traité de cession de la totalité de ses parts sociales qu'il détenait dans la société civile professionnelle (SCP) " Jean-Patrick C et B E, notaires associés " au bénéfice de son confrère, M. D A, sous la condition suspensive de sa nomination en qualité de notaire associé par un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice. Ce traité de cession a fait l'objet de deux avenants du 26 septembre 2020 et du 1er avril 2021. Par un arrêté du 29 juin 2021, le ministre de la justice, a nommé M. A, notaire associé, membre de la SCP " Jean-Patrick C et B E, notaires associés ". Par la présente requête, Mme E, notaire associé au sein de ladite SCP, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2021.
Sur la fin de non-recevoir opposée par M. A :
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme E était notaire associé au sein de la SCP " Jean-Patrick C et B E, " à la date où a été pris l'arrêté litigieux du 29 juin 2021 nommant M. A en qualité de notaire associé. Ainsi, elle dispose, en cette qualité, d'un intérêt à agir contre cet arrêté. Les circonstances que la cession de parts sociales réalisée au profit de Mme E en 2007 n'aurait pas été suivie des formalités de publicité prescrites par l'article 1865 du code civil, qu'elle serait dans l'impossibilité de procéder au rachat des parts sociales de M. C ou qu'elle aurait félicité M. A à la suite de sa nomination sont sans influence sur l'intérêt à agir de Mme E à l'encontre de l'acte litigieux. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par M. A tirée du défaut d'intérêt à agir de Mme E doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 19 de la loi du 29 novembre 1966 applicable aux sociétés civiles professionnelles : " Les parts sociales peuvent être transmises ou cédées à des tiers avec le consentement des associés représentant au moins les trois quarts des voix. Toutefois, les statuts peuvent imposer l'exigence d'une majorité plus forte ou de l'unanimité des associés. / La transmission ou le projet de cession est notifié à la société et à chacun des associés. Si la société n'a pas fait connaître sa décision dans le délai de deux mois, à compter de la dernière des notifications prévues au présent alinéa, le consentement est implicitement donné. ". Aux termes de l'article 27 du décret du 2 octobre 1967 pris pour l'application de la profession de notaire de la loi susvisée, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Toute convention par laquelle l'un des associés cède la totalité ou une fraction de ses parts sociales à un tiers est passée sous la condition suspensive de l'agrément du cessionnaire par les autres associés et, s'il y a lieu, de l'approbation du retrait du cédant, prononcée par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice. / Le projet de cession de parts sociales est notifié à la société et à chacun des associés par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. / Si la société a, dans la même forme, notifié son consentement exprès à la cession, ou si elle n'a pas fait connaître sa décision dans le délai de deux mois à compter de la dernière des notifications prévues à l'alinéa 2 ci-dessus, le cessionnaire adresse au garde des sceaux, ministre de la justice, une requête tendant à sa nomination en qualité de notaire associé. / Cette requête est transmise par téléprocédure sur le site internet du ministère de la justice. / Elle est accompagnée de l'expédition de l'acte de cession de parts sociales si celui-ci a été établi dans la forme authentique ou de l'un des originaux de cet acte dans le cas contraire, ainsi que de toutes pièces justificatives, notamment de celles qui établissent le consentement exprès ou tacite donné par la société à la cession sans préjudice de celles exigées de tout candidat aux fonctions de notaire. Lorsque le futur associé doit contracter un emprunt, il doit, en outre, produire les éléments permettant d'apprécier ses possibilités financières au regard des engagements contractés. / Le prix de cession et ses modalités de paiement sont fixés par les parties. / L'article 8 est applicable s'agissant d'apprécier les capacités professionnelles et l'honorabilité du cessionnaire. ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de cession par un associé d'une société civile professionnelle de notaire de ses parts sociales à un tiers, il appartient au garde des sceaux de vérifier que le projet de cession, qui ne se limite pas au choix de la personne du cessionnaire mais contient également les modalités, en particulier financières, de cession des parts, a recueilli le consentement de la société, c'est-à-dire des associés représentant au moins les trois quarts des voix, ou plus si les statuts le prévoient ainsi. Dans le cas où des avenants au projet de cession de parts sociales en affectent l'économie générale, le garde des sceaux ne peut procéder à la nomination du nouvel associé sans s'être assuré du consentement de la société sur le contenu de ces avenants.
5. Il ressort des pièces du dossier que le 5 novembre 2019 M. C a conclu avec M. A une convention de cession de la totalité de ses parts sociales, soit 1 056 parts pour un montant de 1 500 000 euros. Il est constant que cette convention a bien été notifiée à Mme E. Toutefois, par un avenant du 26 septembre 2020 M. C et M. A ont décidé de modifier partiellement l'objet de la cession en la divisant en deux phases. Au titre de la première phase, l'avenant prévoit que M. C cède 396 parts sociales à M. A pour une somme de 526 000 euros, puis que la SCP change de forme sociale, dans un délai de trois ans, en devenant une société d'exercice libéral par actions simplifiées (SELAS). Au titre de la seconde phase, consécutive au changement de forme sociale, l'avenant prévoit que M. C cède à M. A ou à toute autre personne morale qui lui est substituée le reste de ses parts sociales, soit 690 parts à la valeur retenue dans le rapport du commissaire à la transformation. L'avenant précise qu'à défaut de réalisation des conditions énoncées précédemment M. C pourra céder ses parts " à qui bon lui semblera ". Par un second avenant du 1er avril 2021, M. C et M. A ont décidé de modifier le premier avenant en fixant le prix de la cession des parts sociales cédées lors de la première phase à 330 900 euros. Ainsi, ces avenants, qui modifient la convention de cession du 5 novembre 2019 en ce qui concerne le nombre de notaires associés au sein de la SCP, ajoutent une condition de changement de forme sociale ainsi que la possibilité de céder le reste des parts à un tiers. Par ailleurs, les avenants modifient substantiellement le prix des parts sociales ainsi que le nombre des parts sociales cédées. Par suite, ces modifications caractérisent un bouleversement de l'économie générale de l'acte de cession initial. Or, s'il ressort des pièces du dossier que par un courriel du 23 juin 2021, M. A a transmis à Mme E les avenants du 26 septembre 2020 et du 1er avril 2021, il n'en ressort pas que Mme E ait donné son consentement avant que le ministre de la justice n'édicte l'arrêté litigieux du 26 juin 2021, alors que l'article 32 des statuts de la SCP prévoient qu'un associé ne peut céder ses parts sociales qu'avec le consentement de son co-associé. Au surplus, si, en défense, M. A fait valoir que la qualité de notaire de Mme E lui était inopposable en l'absence de publicité régulière donnée aux statuts modifiés de la société de 2007, il ressort des pièces du dossier et notamment de la convention de cession du 5 novembre 2019 que M. A avait connaissance de la qualité de notaire associée de Mme E au sein de la SCP. Par suite, Mme E est fondée à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'illégalité, dès lors que le ministre de la justice, ne s'est pas assuré de son consentement sur le contenu des avenants.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que Mme E est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 juin 2021 par lequel le garde des sceaux a nommé M. A notaire associé, membre de la société civile professionnelle " Jean-Patrick C et B E ".
Sur l'effet de l'annulation :
7. L'annulation d'un acte administratif implique en principe que cet acte est réputé n'être jamais intervenu. Toutefois, s'il apparaît que cet effet rétroactif de l'annulation est de nature à emporter des conséquences manifestement excessives en raison tant des effets que cet acte a produits et des situations qui ont pu se constituer lorsqu'il était en vigueur que de l'intérêt général pouvant s'attacher à un maintien temporaire de ses effets, il appartient au juge administratif - après avoir recueilli sur ce point les observations des parties et examiné l'ensemble des moyens, d'ordre public ou invoqués devant lui, pouvant affecter la légalité de l'acte en cause - de prendre en considération, d'une part, les conséquences de la rétroactivité de l'annulation pour les divers intérêts publics ou privés en présence et, d'autre part, les inconvénients que présenterait, au regard du principe de légalité et du droit des justiciables à un recours effectif, une limitation dans le temps des effets de l'annulation. Il lui revient d'apprécier, en rapprochant ces éléments, s'ils peuvent justifier qu'il soit dérogé à titre exceptionnel au principe de l'effet rétroactif des annulations contentieuses et, dans l'affirmative, de prévoir dans sa décision d'annulation que, sous réserve des actions contentieuses engagées à la date de celle-ci contre les actes pris sur le fondement de l'acte en cause, tout ou partie des effets de cet acte antérieurs à son annulation devront être regardés comme définitifs ou même, le cas échéant, que l'annulation ne prendra effet qu'à une date ultérieure qu'il aura déterminée.
8. En l'espèce, compte tenu, d'une part, de l'intérêt général qui s'attache à l'autorité des actes authentiques auxquels M. A a concouru en sa qualité de notaires associé au sein de la SCP " Jean-Patrick C et B E, notaires associés ", et, d'autre part, à la nature du motif d'annulation retenu, et alors qu'aucun autre moyen n'est de nature à justifier l'annulation de cet arrêté, la disparition rétroactive de sa nomination porte une atteinte manifestement excessive au fonctionnement du service public notarial. Dès lors, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prévoir que, sous réserve des actions contentieuses engagées à la date du présent jugement contre les actes établis par M. A en sa qualité de notaire associé au sein de la " SCP Jean-Patrick C et B E, notaires associés ", les effets de l'arrêté du 29 juin 2021 antérieurs à son annulation devront être regardés comme définitifs.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme E, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme de 3 268 euros que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme E et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 29 juin 2021 par lequel le ministre de la justice, a nommé M. A notaire associé est annulé dans les conditions énoncées au paragraphe 8.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à Mme E, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de M. A présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à M. D A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 27 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Felsenheld, premier conseiller,
- Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2023.
Le rapporteur,Le président,
R. FELSENHELDCh. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
Le greffier,
D. CAZANOVE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026