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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2101246

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2101246

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2101246
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre bis
Avocat requérantPARAVEMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires complémentaires et un mémoire récapitulatif enregistrés les 27 septembre 2021, 20 novembre 2021 et 26 février 2023, Mme C D demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 20 septembre 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion a prononcé sa suspension de fonctions avec effet immédiat et la décision du 21 septembre 2021 par laquelle il a prononcé sa suspension de fonctions avec effet rétroactif au 20 septembre 2021 ;

2°) de condamner le CHU de La Réunion à lui payer la somme de 10 573,20 euros avec intérêts au taux légal à compter de sa demande préalable ;

3°) de condamner le CHU de La Réunion à lui payer la somme de 10 000 euros au titre du préjudice subi.

Elle soutient que :

- les décisions sont entachées d'un vice de compétence ;

- la décision du 21 septembre 2021 souffre d'une rétroactivité illégale ;

- les décisions contreviennent à l'article 14 III de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire et à l'instruction ministérielle à l'attention des administrations hospitalières ;

- elle a reçu une fin de non-recevoir non motivée à sa demande de pose de tous ses jours de congés, compte épargne temps, jours de réduction du temps de travail, heures de récupération ;

- elle doit être réintégrée dans ses fonctions ;

- elle a formé une demande préalable de paiement de l'ensemble de ses jours de congés et d'indemnisation de son préjudice.

Par un mémoire en intervention volontaire, enregistré le 6 octobre 2021, la fédération autonome de la fonction publique hospitalière de La Réunion (FAFPHR), représentée par sa secrétaire générale adjointe, demande au tribunal d'admettre son intervention et de faire droit aux conclusions de la requérante.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2022, le centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, pour défaut d'intérêt à agir dans la mesure où la requérante a elle-même créé la situation qu'elle conteste ;

- les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 103 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Legrand, première conseillère,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de Mme B, représentant Mme D,

- et les observations de Me Paraveman, représentant le CHU de La Réunion.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D est aide-soignante titulaire à mi-temps au service d'endocrinologie au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion. Par une décision du 20 septembre 2021, le directeur général du CHU l'a suspendue de ses fonctions à effet immédiat au motif qu'elle n'avait pas justifié de son statut vaccinal et n'était pas en mesure de présenter l'un des justificatifs nécessaires à compter du 15 septembre 2021. Par une décision du 21 septembre 2021 remise en mains propres le lendemain, Mme D a été " maintenue en suspension de ses fonctions " à compter du 20 septembre 2021 jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination. Par la présente requête, elle demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions et la condamnation du CHU de La Réunion à lui payer la somme de 10 573,20 euros au titre de ses congés et la somme de 10 000 euros au titre du préjudice subi.

Sur l'intervention de la fédération autonome de la fonction publique hospitalière de La Réunion :

2. En vertu de l'article 2 de ses statuts, la fédération autonome de la fonction publique hospitalière de La Réunion (FAFPHR) a pour objet : " 1) de développer et de promouvoir l'activité de sa composante en ce qui concerne la circonscription territoriale constituée par son département, 2) de représenter les organisations affiliées et, le cas échéant, de les appuyer auprès des pouvoirs publics et des institutions légales notamment en ce qui concerne les sections syndicales (), 3) de soutenir les revendications ou l'action des organisations membres de l'union départementale, 4) de favoriser la mise en place et le développement des sections syndicales et syndicats locaux ".

3. La FAFPHR ne justifie ainsi pas d'un intérêt suffisant à l'annulation des décisions attaquées. Son intervention au soutien de la requête de Mme D n'est donc pas recevable.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le CHU de La Réunion :

4. Le CHU de La Réunion fait valoir que Mme D n'a pas intérêt à agir contre les décisions dont elle est " responsable " pour ne pas avoir respecté les préconisations posées par la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire et rappelées par différentes notes d'information diffusées aux agents. Cependant, dès lors que les mesures de suspension attaquées font grief à Mme D, elle a intérêt à demander leur annulation. La fin de non-recevoir opposées par le CHU de La Réunion ne saurait, dès lors, être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire dans sa version alors applicable : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code () ". Aux termes de l'article 13 de cette loi : " I. Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal () [ou] le certificat de rétablissement () ; / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. / () " Aux termes de l'article 14 de la même loi : " I. () B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 () / III. Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. /La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'avant l'édiction des décisions attaquées, l'ensemble des professionnels médicaux et non médicaux du CHU a été destinataire de notes d'information datées des 16 et 26 août 2021, 2, 10 et 17 septembre 2021 par lesquelles l'établissement rappelait les obligations résultant de l'application de la loi du 5 août 2021 et notamment celle imposant aux personnels, à compter du 15 septembre 2021, de présenter un schéma vaccinal complet, un certificat médical d'exemption ou un justificatif d'injection de première dose pour être autorisés à exercer, à défaut de quoi ils seraient suspendus. Ces notes précisaient également certaines situations particulières affectant les professionnels en arrêt de travail ou de retour d'absence et les moyens de les régulariser. Cependant, après son constat, le 15 septembre 2021, de l'impossibilité pour Mme D d'exercer son activité faute de présentation de l'un des documents requis, le CHU de La Réunion ne justifie pas avoir informé l'intéressée des conséquences tenant à la privation de sa rémunération et à l'absence de constitution, durant la période de suspension, de nouveaux droits à congés payés et en matière d'ancienneté. En outre, même si la régularisation par la prise de congés payés est laissée à son appréciation, le CHU ne justifie pas lui avoir présenté cette faculté. Enfin, quand bien même ces éléments lui auraient été exposés lors de l'entretien du 22 septembre 2021 intervenu entre Mme D et un membre de la direction des ressources humaines, ce que l'établissement n'établit pas, et quand bien même les éléments tenant aux conséquences sur son emploi seraient mentionnés dans la décision du 21 septembre 2021, ils ne sauraient l'avoir été valablement alors que les mesures de suspension avaient déjà été prises à l'encontre de la requérante. Mme D est donc fondée à soutenir que le défaut d'information sur les conséquences qu'emportait, sur son emploi, l'impossibilité d'exercer constatée le 15 septembre 2021 ainsi que sur les moyens de régulariser sa situation est de nature à l'avoir privée d'une garantie. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler les décisions attaquées comme entachées d'un vice de procédure.

Sur les conclusions à fin de condamnation :

7. Si les décisions illégalement prises à l'encontre de Mme D peuvent constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité du CHU de La Réunion, elles ne sauraient donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, ces décisions auraient pu légalement être prises. En l'espèce, d'une part, il résulte de l'instruction que leur signataire, M. A, directeur des ressources humaines, disposait d'une délégation permanente du directeur général de l'établissement pour prendre ces décisions ; d'autre part, la décision du 21 septembre 2021 se borne à prévoir le maintien de la suspension de fonctions de Mme D prononcée par la décision du 20 septembre 2021 avec effet immédiat et n'est pas entachée de rétroactivité. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à demander la condamnation du CHU de La Réunion à l'indemniser des préjudices moral et financier subis du fait de la persistance de la situation de suspension de ses fonctions dans laquelle elle s'est trouvée.

8. Par ailleurs, si Mme D demande la condamnation du CHU de La Réunion à l'indemniser de ses jours de congés épargne temps, congés annuels, réduction du temps de travail et heures supplémentaires, sa demande n'est pas assortie des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, notamment en l'absence d'indication des textes applicables et du fondement de responsabilité.

9. Par suite, les conclusions à fin de condamnation du CHU de La Réunion présentées par Mme D doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de la Fédération autonome de la fonction publique hospitalière de La Réunion n'est pas admise.

Article 2 : La décision du 20 septembre 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de La Réunion a prononcé la suspension de fonctions de Mme D avec effet immédiat et la décision du 21 septembre 2021 par laquelle il a prononcé le maintien de sa suspension à compter du 20 septembre 2021 sont annulées.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au centre hospitalier universitaire de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

Mme Legrand, première conseillère,

M. Ramin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

I. LEGRAND

Le président,

Ch. BAUZERAND Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au ministre de la santé, des solidarités, de l'autonomie et du handicap, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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