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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2101318

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2101318

lundi 6 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2101318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPOTHIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 octobre 2021 et 12 avril 2022, M. B A, représenté par Me Pothin, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 12 août 2021 par laquelle le conseil municipal de Saint-Louis a annulé la délibération du 26 août 2019 approuvant la vente du terrain cadastré DS 562 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Louis une somme de 3000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération attaquée est intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle est illégale dès lors qu'elle procède au retrait d'une décision créatrice de droit prise à l'égard d'une vente de terrain qui était parfaite.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2022, la commune de Saint-Louis conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public

- et les observations de Me Pothin, avocat de M. A,

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 26 août 2019, le conseil municipal de Saint-Louis a approuvé le principe de la vente à M. A du lot A d'une parcelle cadastrée DS 562, d'une superficie de 1 536 m², au prix de 193 000 euros. Par la délibération attaquée en date du 12 août 2021, le conseil municipal a annulé la délibération du 26 août 2019.

2. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 242-1 du même code : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ". Par ailleurs, aux termes de l'article 1582 du code civil : " La vente est une convention par laquelle l'un s'oblige à livrer une chose, et l'autre à la payer ". L'article 1583 du même code précise que la vente " est parfaite entre les parties, et la propriété est acquise de droit à l'acheteur à l'égard du vendeur, dès qu'on est convenu de la chose et du prix, quoique la chose n'ait pas encore été livrée ni le prix payé ".

3. La délibération d'un conseil municipal autorisant, décidant ou approuvant la cession d'un bien de son domaine privé dans les conditions mentionnées à l'article 1583 du code civil constitue un acte créateur de droits dès lors que les parties ont marqué leur accord inconditionnel sur l'objet et le prix de l'opération et que la réalisation du transfert de propriété n'est soumise à aucune condition.

4. Il ressort des pièces du dossier que le prix de vente de 193 000 euros fixé par la délibération du 26 août 2019 correspondait à l'estimation du service des domaines du 2 juillet 2019. Si par un courrier du 2 aout 2019, M. A avait déclaré " donner (son) accord " quant à une vente au prix de 193 000 euros, cet accord était équivoque dès lors que l'intéressé émettait expressément, par le même courrier, le souhait de " bénéficier d'une réduction de 10 % ", outre d'un paiement échelonné sur une période de 60 mois. Par ailleurs, les pièces versées au dossier par la commune révèlent que M. A n'a pas donné suite au courrier du notaire du 17 février 2020 lui demandant, pour le compte de la commune, différents documents nécessaires en vue de formaliser la vente ainsi que le versement d'un acompte sur le prix, la carence persistante de l'acquéreur étant attestée par un courriel adressé à la commune par le notaire le 29 mars 2021. Dans ces circonstances, la délibération du 26 août 2019 ne saurait être regardée comme portant sur une vente parfaite intervenue entre la commune de Saint-Louis et M. A et la commune était fondée à considérer, par sa délibération du 12 août 2019, que le comportement de l'intéressé à l'égard de la vente envisagée justifiait l'abrogation de la délibération initiale et qu'une telle abrogation pouvait être décidée, en l'espèce, sans mise en œuvre des garanties applicables aux décisions créatrices de droit en vertu des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 12 août 2021 et que ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Saint-Louis.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Aebischer, président,

M. Monlaü, premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.

Le rapporteur,

X. MONLAÜ

Le président,

M.-A. AEBISCHER

Le greffier

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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