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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2101406

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2101406

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2101406
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDUGOUJON & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 octobre 2021, 8 février et 27 avril 2023, M. B A, représenté par Me Vaillant, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 15 septembre 2021 par lesquelles le maire de la commune de la Plaine des Palmistes a diminué le montant de l'indemnité spéciale mensuelle de fonction (ISMF) des agents de police municipale qui lui a été alloué et a mis fin à l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) ;

2°) d'enjoindre à la commune de la Plaine des Palmistes de rétablir son précédent régime indemnitaire dans un délai de dix jours, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner la commune de la Plaine des Palmistes à lui verser les primes dues à compter du mois d'août 2021 jusqu'à la date de notification du jugement à intervenir ;

4°) de condamner la commune de la Plaine des Palmistes à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices liés à la discrimination syndicale dont il se prévaut ;

5°) de mettre à la charge de la commune de la Plaine des Palmistes la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont entachées de défaut de motivation ;

- elles ont été prises pour un motif discriminatoire lié à son engagement syndical ;

- les illégalités de ces décisions constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de la commune de la Plaine des Palmistes ;

- il a droit à l'indemnisation du préjudice de pertes de salaires et primes qu'il aurait dû percevoir à compter du mois d'août 2021 ;

- il a droit à l'indemnisation d'un préjudice moral de 50 000 euros au titre de la discrimination qu'il a subie.

Par un mémoire en défense et une communication de pièces, enregistrés les 28 et 29 septembre 2022, la commune de la Plaine des Palmistes, représentée par Me Dugoujon, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires présentées par le requérant dans son mémoire du 8 février 2023 constituent une demande nouvelle irrecevable ;

- les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Par une ordonnance du 3 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 juin 2023.

Des pièces complémentaires, enregistrées le 22 mai 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, ont été produites par M. A et n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n°96-1093 du 16 décembre 1996 ;

- la loi n°91-73 du 18 janvier 1991 ;

- le décret n°91-875 du 6 septembre 1991 ;

- le décret n°97-702 du 31 mai 1997 ;

- le décret n°2006-779 du 3 juillet 2006

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Merlus, conseiller,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de Me Dugoujon, avocat de la commune de la Plaine des Palmistes,

- M. A n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, brigadier-chef principal de la police municipale de la Plaine des Palmistes, bénéficie, depuis le 1er juillet 2015, d'une nouvelle bonification indiciaire (NBI) de 15 points et, depuis le 1er avril 2021, d'une indemnité spéciale mensuelle de fonction (ISMF) des agents de police municipale. Par deux arrêtés du 15 septembre 2021, le maire de la Plaine des Palmistes a, à compter du 1er septembre 2021, mis fin à l'attribution de la NBI et fixé à 10% le taux individuel de l'ISMF de M. A. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés et la condamnation de la commune de la Plaine des Palmistes à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subi.

Sur l'arrêté mettant fin à l'attribution de la NBI :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. L'arrêté attaqué vise notamment le décret n°2006-779 du 3 juillet 2006 portant attribution de la NBI à certains personnels de la fonction publique territoriale et l'arrêté n°170/2015/PERS portant attribution de la NBI à M. A. Il précise que la nouvelle affectation de M. A ne lui permet plus de percevoir la NBI. Ainsi, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi tant à son destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, qu'au juge de l'excès de pouvoir d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions () syndicales () ".

5. D'une part, il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. D'autre part, aux termes de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " I. - La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires () instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 3 juillet 2006 portant attribution de la nouvelle bonification indiciaire à certains personnels de la fonction publique territoriale : " Une nouvelle bonification indiciaire, prise en compte pour le calcul de la retraite, est versée mensuellement aux fonctionnaires territoriaux exerçant une des fonctions figurant en annexe (non reproduite voir fac-similé) au présent décret. ". Parmi les fonctions énumérées à l'annexe de ce décret, figurent celles de responsable d'un service municipal de police, dans la limite d'un agent responsable par commune. Si le service comporte entre cinq et vingt-cinq agents la NBI est de quinze points.

7. M. A soutient que la décision lui retirant le bénéfice de la NBI participe d'un traitement discriminatoire de la part de la commune de Plaine des Palmistes à son égard lié à son engagement syndical, en particulier depuis qu'il est devenu délégué du SAFPTR (Syndicat autonome fonction publique territoriale Réunion) le 25 mars 2021, dans un contexte de dégradation progressive de ses conditions de travail. Il produit notamment une plainte déposée le 12 octobre 2021 devant le procureur de la République de Saint Denis décrivant les faits qui seraient, selon lui, de nature à démontrer l'existence d'une telle discrimination. Ainsi, il fait valoir qu'en raison de son engagement syndical, il aurait été délibérément écarté du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) d'urgence de juillet 2020 dont il avait pourtant demandé la convocation pendant la crise du coronavirus, qu'il aurait été retiré du planning des astreintes début août 2021, que son commissionnement pour rechercher et constater sur le territoire de la commune les infractions aux règles d'urbanisme lui aurait été retiré fin août 2021 et que plusieurs demandes d'autorisation d'absence syndicale lui ont été refusées. Il soutient, en outre, que le maire aurait refusé de mettre à sa disposition un local syndical, qu'il aurait été destitué de ses fonctions de responsable de la police municipale en février 2021 pour avoir dénoncé la nomination d'un personnel administratif à la direction du pôle sécurité de la commune et que, le 9 avril 2021, le maire avait déjà diminué le taux de son ISMF pour le dissuader d'exercer son mandat syndical avant de revenir ensuite sur sa décision le 15 avril 2021. Si ces éléments sont susceptibles de faire présumer le caractère discriminatoire de la décision de retrait du bénéfice de la NBI en raison de l'engagement syndical de M. A, il ressort toutefois des motifs de l'arrêté et des écritures en défense que si M. A a bénéficié, à compter du 1er juillet 2015, d'une NBI de quinze points au motif qu'il exerçait des fonctions d'encadrement de proximité d'une équipe à vocation d'au moins cinq agents, il n'exerçait plus de telles fonctions depuis le 1er février 2021, un autre agent ayant été nommé sur ce poste. Il n'est pas contesté que sa nouvelle affectation ne lui permettait plus de bénéficier de la NBI. Ainsi, la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. Pour ce motif, la commune de la Plaine des Palmistes était fondée à lui en retirer le bénéfice, sans que M. A ne puisse se prévaloir d'un traitement discriminatoire. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur l'arrêté diminuant le taux de l'ISMF à 10% :

8. D'une part, aux termes de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics fixent les régimes indemnitaires, dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 6 septembre 1991 pris pour l'application du premier alinéa de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " L'assemblée délibérante de la collectivité ou le conseil d'administration de l'établissement fixe, dans les limites prévues à l'article 1er, la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités ou établissements () ". Aux termes de l'article 68 de la loi du 16 décembre 1996 relative à l'emploi dans la fonction publique et à diverses mesures d'ordre statutaire : " Par dérogation au premier alinéa de l'article 88 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 précitée, les fonctionnaires des cadres d'emplois de police municipale () dont la liste est fixée par décret () peuvent bénéficier d'un régime indemnitaire dont les modalités et les taux sont fixés par décret. " Et aux termes de l'article 1er du décret du 31 mai 1997 relatif au régime indemnitaire des fonctionnaires du cadre d'emplois des agents de police municipale et du cadre d'emplois des gardes champêtres : " L'assemblée délibérante de la collectivité territoriale qui les emploie peut décider que les fonctionnaires du cadre d'emplois des agents de police municipale et ceux du cadre d'emplois des gardes champêtres perçoivent une indemnité spéciale mensuelle de fonctions déterminée en appliquant au montant mensuel du traitement soumis à retenue pour pension de l'agent concerné un taux individuel fixé dans la limite des taux maximums suivants : / Cadre d'emplois des agents de police municipale : 20 % () ".

9. En application des dispositions précitées, il appartient au conseil municipal de la Plaine des Palmistes de fixer le taux individuel de l'indemnité spéciale mensuelle de fonctions versée aux fonctionnaires du cadre d'emplois des agents de police municipale qu'elle emploie dans la limite d'un taux maximum de 20%.

10. En l'espèce, il ne ressort pas des dispositions règlementaires fixant le régime indemnitaire des fonctionnaires du cadre d'emplois des agents de police municipale que M. A avait droit à ce que l'indemnité spéciale mensuelle de fonction lui soit attribuée à un taux déterminé. Dès lors, en abaissant, à compter du 1er septembre 2021, de 20% à 10% le taux de l'indemnité forfaitaire de M. A, en application de la délibération du conseil municipal de la Plaine des Palmistes en date du 28 juillet 2021, la décision attaquée n'a pas abrogé une décision créatrice de droits et n'a pas refusé un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué diminuant le taux de son ISMF à 10% serait entaché d'un défaut de motivation.

11. D'autre part, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 7 du présent jugement, M. A soutient que la décision diminuant le taux de son ISMF à 10% participe d'un traitement discriminatoire de la part de la commune de la Plaine des Palmistes à son égard lié à son engagement syndical. Toutefois, comme il a été dit au point 7, si les éléments qu'il produit sont susceptibles de faire présumer le caractère discriminatoire de la décision diminuant le taux de son ISMF en raison de son engagement syndical, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point précédent que, par une délibération du 28 juillet 2021, le conseil municipal de la Plaine des Palmistes a diminué, comme elle en avait le droit, le taux individuel de l'indemnité spéciale mensuelle de fonctions versée aux fonctionnaires du cadre d'emplois des agents de police municipale qu'elle emploie de 20 à 10 %. Dès lors, en application de cette délibération, la commune de la Plaine des Palmistes était fondée à prendre un arrêté diminuant le taux d'ISMF dont bénéficie M. A, sans qu'il puisse se prévaloir d'un traitement discriminatoire, la décision attaquée reposant sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en date du 15 septembre 2021 par lesquelles le maire de la commune de la Plaine des Palmistes a diminué le montant de l'ISMF des agents de police municipale qui lui était alloué et a mis fin à l'attribution de la NBI. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que ses conclusions aux fins d'indemnisation doivent en tout état de cause être rejetées.

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de la Plaine des Palmistes, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune de la Plaine des Palmistes au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de la Plaine des Palmistes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de la Plaine des Palmistes.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Le Merlus, conseiller.

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 18 juin 2024.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/la greffière en chef

La greffière,

E. POINAMBALOM

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