mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2101525 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 novembre 2021 et 7 novembre 2022, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions des 18 mai et 1er juin 2021 par lesquelles la rectrice de l'académie de la Réunion a prolongé son affectation en qualité de titulaire sur zone de remplacement au collège des milles roches de Saint André, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'annuler la décision par laquelle la rectrice de l'académie de la Réunion a implicitement refusé de faire droit à sa demande de versement de l'indemnité de sujétions spéciales de remplacement (ISSR) en date du 13 août 2021 ;
3°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de la Réunion de lui verser la somme due au titre de l'indemnité de sujétions spéciales de remplacement (ISSR), assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 100 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision implicite de rejet de son recours gracieux est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision du 18 mai 2021 prolongeant son affectation méconnait les dispositions de l'article 3 du décret n°99-823 du 17 septembre 1999 dès lors que l'administration ne lui a pas communiqué d'arrêté d'affectation ;
- les décisions d'affectation sont entachées d'erreur d'appréciation ;
- la décision implicite refusant de faire droit à sa demande de versement de l'ISSR est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il est fondé à en bénéficier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2022, la rectrice de l'académie de la Réunion conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre les décisions des 18 mai et 1er juin 2021 sont irrecevables en l'absence d'intérêt à agir ;
- les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision de refus de versement de l'ISSR sont irrecevables dès lors que la demande présentée par M. B était incomplète.
La clôture de l'instruction a été fixée au 24 novembre 2022.
Le recteur de l'académie de La Réunion a produit un nouveau mémoire le 20 février 2024, lequel a été communiqué à M. B, à la suite de la demande de pièces qui lui a été adressée par le greffe le 19 février 2024 sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Deux mémoires complémentaires, enregistrés les 23 et 28 février 2024, ont été produits par M. B et n'ont pas été communiqués.
Par un courrier du 11 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions d'annulation présentées contre les décisions des 18 mai et 1er juin 2021 dès lors qu'elles ne constituent pas des décisions faisant grief susceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir devant la juridiction administrative.
Par un mémoire enregistré le 14 avril 2024, M. B a présenté des observations sur ce moyen d'ordre public qui ont été communiquées au recteur de l'académie de La Réunion.
Un mémoire, enregistré le 15 avril 2024, a été présenté par M. B et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le décret n°89-825 du 9 novembre 1989 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Merlus,
- les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, professeur certifié, est affecté en qualité de titulaire sur zone de remplacement dans l'académie de La Réunion depuis la rentrée de septembre 2020 afin d'y effectuer des remplacements. Ainsi, du 13 au 30 avril 2021, il a assuré le remplacement d'un collègue en arrêt maladie au collège des milles roches de Saint André. Par un courriel du 18 mai 2021, M. B a été informé du prolongement de son affectation. Par un arrêté du 1er juin 2021, il y a été de nouveau affecté en tant que professeur suppléant du 2 au 18 juin 2021. En outre, par deux demandes du 13 août 2021, il a demandé à la rectrice de l'académie de la Réunion " d'annuler " ces décisions d'affectation et de lui verser l'indemnité de sujétions spéciales de remplacement (ISSR). Par la présente requête, l'intéressé demande l'annulation, d'une part, des décisions des 18 mai et 1er juin 2021 par lesquelles la rectrice de l'académie de la Réunion a prolongé son affectation en qualité de titulaire sur zone de remplacement au collège des milles roches de Saint André, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux et, d'autre part, de la décision par laquelle elle a implicitement refusé de faire droit à sa demande de versement de l'ISSR en date du 13 août 2021.
Sur la demande d'annulation du courriel du 18 mai 2021 :
2. Par le courriel du 18 mai 2021, l'administration s'est bornée à informer M. B que son affectation en qualité de titulaire sur zone de remplacement au collège des milles roches de Saint André était prolongée. Ainsi, un tel courriel ne constitue pas une décision faisant grief. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre ce courriel sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur la demande d'annulation de l'arrêté du 1er juin 2021 :
3. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination ou un harcèlement moral, est irrecevable.
4. L'arrêté du 1er juin 2021 affectant de nouveau M. B en tant que professeur suppléant au collège des milles roches de Saint André du 2 au 18 juin 2021, dont il n'est ni démontré ni même soutenu qu'il présenterait le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée ou qu'il traduirait une discrimination ou un harcèlement moral, n'a entrainé pour l'intéressé ni diminution de ses responsabilités ni perte de rémunération. En outre, il n'a pas porté atteinte aux droits statutaires ou aux droits et libertés fondamentaux du requérant. Ainsi, cette décision, qui n'a d'ailleurs pas été exécutée dès lors que l'intéressé était en arrêt maladie pendant la durée du remplacement et que le chef d'établissement avait demandé à ce qu'il ne soit pas positionné dans ce collège, présente le caractère d'une mesure d'ordre intérieur, qui ne fait pas grief et n'est donc pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur la demande d'annulation de la décision implicite refusant de faire droit à sa demande de versement de l'ISSR en date du 13 août 2021 :
5. Aux termes de l'article 1er du décret du 9 novembre 1989 portant attribution d'une indemnité de sujétions spéciales de remplacement aux personnels assurant des remplacements dans le premier et le second degré : " Peuvent bénéficier d'une indemnité journalière de sujétions spéciales de remplacement pour les remplacements qui leur sont confiés et dans les conditions fixées aux articles ci-après : / () - les personnels titulaires et stagiaires qui sont nommés pour assurer, dans le cadre de la circonscription académique, conformément à leur qualification, le remplacement des fonctionnaires appartenant aux corps enseignants, d'éducation ou d'orientation () ". Et aux termes de l'article 2 du même décret : " L'indemnité prévue à l'article 1er ci-dessus est due aux intéressés à partir de toute nouvelle affectation en remplacement, à un poste situé en dehors de leur école ou de leur établissement de rattachement. / () ".
6. L'annexe 2a de la circulaire de l'académie de La Réunion sur l'indemnité de sujétions spéciales de remplacement due aux titulaires sur zone de remplacement prévoit que : " Chaque TZR devra renseigner à chaque période, l'imprimé " Indemnité de sujétions spéciales de remplacement " (cf. annexe 2b). / Ce document, certifié exact par le chef d'établissement bénéficiaire du remplacement et par le chef d'établissement de rattachement, sera transmis par l'intéressé, par voie hiérarchique, au service académique compétent (DPES 4 - bureau de l'ISSR) pour vérification avant paiement. Pour rappel, seuls les documents dûment complétés et visés pourront être traités. "
7. Il ressort des pièces du dossier que la demande de M. B en date du 13 août 2021, adressée à la rectrice de l'académie de la Réunion, visant à bénéficier du versement de l'ISSR, n'était pas accompagnée du formulaire prévu par l'annexe 2b de la circulaire précitée, précisant les dates de ses déplacements pour assurer des remplacements, et devant être certifié par le chef d'établissement pour attester que le service a été fait. Or, seul ce document peut mettre l'administration en mesure de s'assurer que le remplacement a bien été effectué et de calculer le montant de l'ISSR auquel l'intéressé a droit. Ainsi, et à supposer même que l'administration aurait reçu, postérieurement à l'introduction de la requête, une demande complète de l'intéressé, la demande présentée le 13 août 2021 ne pouvait utilement faire l'objet d'un examen par la rectrice de l'académie de la Réunion. Dès lors, il y a lieu de retenir la fin de non-recevoir opposée en défense. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, qui sont dirigées contre une décision inexistante, sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce qu'il soit enjoint à la rectrice de l'académie de la Réunion de lui verser la somme due au titre de l'ISSR, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, le versement à M. B d'une somme au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au recteur de l'académie de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Khater, présidente,
M. Le Merlus, conseiller,
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 30 avril 2024.
Le rapporteur,
T. LE MERLUS
La présidente,
A. KHATER
La greffière,
E. POINAMBALOM
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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