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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2101646

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2101646

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2101646
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre bis
Avocat requérantSELARL ALI-MAGAMOOTOO-YEN PON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 décembre 2021 et 12 juin 2022, Mme E B, représentée par Me Ali, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de constater le non-lieu à statuer sur ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 septembre 2021 du préfet de La Réunion en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois en fixant le pays de destination ;

2°) d'annuler cet arrêté en tant qu'il a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et sous la même astreinte et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le préfet de La Réunion a implicitement abrogé la mesure d'éloignement et la décision octroyant un délai de départ volontaire en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ;

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été prise au terme d'un examen particulier de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français a été prise en violation des dispositions du 6° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de la décision d'éloignement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 24 février 2022 et 15 juin 2022, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la mesure d'éloignement et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Caille, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B, ressortissante comorienne née le 31 octobre 1983 à Hamba (Comores), est entrée à La Réunion le 29 novembre 2019, munie d'un laissez-passer d'évacuation sanitaire, en qualité d'accompagnant étranger mineur malade pour y faire soigner son fils mineur, C A. Elle a ensuite bénéficié de deux autorisations provisoires de séjour valables chacune six mois à La Réunion pour ce motif. Elle a été rejointe le 25 novembre 2020 par trois autres de ses enfants, deux mineurs et une jeune majeure. Son fils est décédé le 6 décembre 2020 à Saint-Denis. Le 7 avril 2021, Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant étranger malade en raison de l'état de santé de sa fille D sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a demandé l'annulation de l'arrêté du 8 septembre 2021 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois.

Sur l'étendue du litige :

2. Si avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai de recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive

3. Il ressort des pièces du dossier que le 10 juin 2022, le préfet de La Réunion a délivré un récépissé de demande de titre de séjour à Mme B qui l'autorise à séjourner et travailler sur le territoire national. Ce récépissé n'est pas susceptible d'être retiré dès lors qu'il n'est pas entaché d'illégalité et n'a pas été obtenu par fraude et la requérante n'a pas d'intérêt à agir à son encontre. Il est donc définitif et a eu pour effet d'abroger les décisions portant obligation de quitter le territoire français et octroi d'un délai de départ volontaire d'un mois. Ces décisions n'ayant reçu aucune exécution pendant la période où elles étaient en vigueur, les conclusions tendant à leur annulation ont perdu leur objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, indique les motifs de droit et de fait sur lesquels il se fonde pour chacune des décisions attaquées. Il est ainsi suffisamment motivé. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de La Réunion n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B.

5. En deuxième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, cette mesure découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour. En outre, si Mme B soutient avoir déposé une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, elle ne l'établit pas et, en tout état de cause, son enfant français est née après l'intervention de la décision attaquée. Enfin, Mme B n'établit pas avoir été empêchée de communiquer, notamment par courrier, des informations complémentaires au préfet de La Réunion pendant l'instruction de sa demande. Ainsi, l'intéressée ne peut être regardée comme s'étant prévalue dans le cadre de l'instruction de sa demande de circonstances exceptionnelles justifiant que lui soit accordé un délai de départ supérieur à trente jours, qui est le délai normalement accordé pour quitter volontairement le territoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendue doit être écarté.

6. En troisième lieu, dans le cas où le préfet se borne à rejeter une demande d'autorisation de séjour présentée sur un unique fondement, sans examiner d'office d'autres motifs d'accorder un titre à l'intéressé, ce dernier ne peut utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée.

7. Au cas d'espèce, Mme B a sollicité un titre de séjour en qualité de parent d'enfant mineur remplissant les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé. Elle ne conteste pas l'appréciation portée par le préfet de La Réunion sur cette demande. Par ailleurs, le moyen tiré de la méconnaissance du droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision de refus de séjour qui est fondée uniquement sur l'état de santé de l'enfant de l'intéressée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevés à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doit être rejeté. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que ses conclusions présentées au titre des frais de l'instance.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 septembre 2021 du préfet de La Réunion en tant qu'il fait obligation à Mme B de quitter le territoire français dans un délai d'un mois en fixant le pays de destination.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Séval, président ;

- M. Caille, premier conseiller ;

- M. Borges-Pinto, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le rapporteur,

P.-O. CAILLE

Le président,

J.-P. SÉVAL

Le greffier,

D. CAZANOVELa République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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