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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2101664

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2101664

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2101664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDUGOUJON & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 23 décembre 2021 et le 24 mai 2022, M. B C, représenté par Me Dugoujon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de Saint-Paul a refusé de lui attribuer une nouvelle bonification indiciaire de vingt points du 1er mars 2016 au 31 octobre 2018 et de quinze points du 1er novembre 2018 au 30 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Paul de régulariser sa situation et de lui verser une NBI de vingt points du 1er mars 2016 au 31 octobre 2018 et de quinze points du 1er novembre 2018 au 30 avril 2021 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'il peut prétendre au bénéfice d'une NBI de vingt points à compter de sa nomination en qualité de maître d'apprentissage jusqu'au 30 octobre 2018 et d'une NBI de quinze points au titre de ses fonctions de responsable de la cellule de production de la direction de la restauration scolaire du 1er novembre 2018 au 30 avril 2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2022, la commune de Saint-Paul, représentée par Me Gaspar, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

9 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;

- la loi n° 92-675 du 17 juillet 1992 ;

- le décret n° 2006-779 du 3 juillet 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Biget, conseiller,

- les conclusions de Mme A,

- les observations de Me Madec, représentant M. C, présent, et de Me Garnier, représentant la commune de Saint-Paul.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été nommé par arrêté du 18 février 2016 en qualité d'agent de maîtrise stagiaire à compter du 1er mars 2016 puis a été affecté à compter de novembre 2018 à la direction de la nutrition en tant que responsable de la cellule " production ". Par un courrier du 1er octobre 2019, il a demandé au maire de Saint-Paul le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) au titre de ses fonctions de maître d'apprentissage du 1er mars 2016 au 30 octobre 2018. Par un courrier du 14 octobre 2020, il a réitéré sa demande et a également sollicité le bénéfice d'une NBI de quinze points à compter du 1er novembre 2018 au titre de ses missions d'encadrement de proximité d'une équipe à vocation technique d'au moins cinq agents, qu'il exerce en sa qualité de responsable de la cellule " production ". Par un arrêté du 30 avril 2021, le maire de Saint-Paul lui a octroyé une NBI de quinze points à compter du 1er mai 2021. Par un courrier du 23 septembre 2021, M. C a demandé l'octroi d'une NBI de vingt points du 1er mars 2016 au 30 octobre 2018 et d'une NBI de quinze points du 1er novembre 2018 au 30 avril 2021. Le requérant demande l'annulation de la décision par laquelle le maire de Saint-Paul a implicitement rejeté sa demande.

2. Aux termes du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret. " Aux termes de l'article 1er du décret du 3 juillet 2006 portant attribution de la nouvelle bonification indiciaire à certains personnels de la fonction publique territoriale : " Une nouvelle bonification indiciaire, prise en compte pour le calcul de la retraite, est versée mensuellement aux fonctionnaires territoriaux exerçant une des fonctions figurant en annexe au présent décret. "

3. Il résulte des termes mêmes des dispositions de la loi du 18 janvier 1991 précitées que le bénéfice de la NBI est lié aux seules caractéristiques des emplois occupés, au regard des responsabilités qu'ils impliquent ou de la technicité qu'ils requièrent.

Sur le droit à une NBI de vingt points du 1er mars 2016 au 30 octobre 2018 :

4. Il résulte du point 22 du tableau annexé au décret du 3 juillet 2006 que sont éligibles à une NBI de vingt points les agents exerçant les fonctions de : " Maître d'apprentissage au sens de la loi du 17 juillet 1992 susvisée ". Aux termes de l'article L. 6223-5 du code du travail, dont les dispositions sont issues à l'origine de l'article 10 de la loi n° 92-675 du 17 juillet 1992 : " La personne directement responsable de la formation de l'apprenti et assumant la fonction de tuteur est dénommée maître d'apprentissage. / Le maître d'apprentissage a pour mission de contribuer à l'acquisition par l'apprenti dans l'entreprise des compétences correspondant à la qualification recherchée et au titre ou diplôme préparés, en liaison avec le centre de formation d'apprentis. / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des contrats d'apprentissage versés aux débats, que M. C a exercé, durant la période pour laquelle il sollicite le versement de la NBI de vingt points, les fonctions de maître d'apprentissage. Sa nomination, par arrêté du 18 février 2016 du maire de Saint-Paul, en qualité d'agent de maîtrise stagiaire à compter du 1er mars suivant lui permettait ainsi de prétendre au bénéfice d'une NBI de vingt points jusqu'à la cessation de ses fonctions de maître d'apprentissage, soit du 1er mars 2016 au 30 octobre 2018.

Sur le droit à une NBI de quinze points du 1er novembre 2018 au 30 avril 2021 :

6. Il résulte du point 19 du tableau annexé au décret du 3 juillet 2006 que sont éligibles à une nouvelle bonification indiciaire de quinze points les agents exerçant les fonctions de : " encadrement de proximité d'une équipe à vocation technique d'au moins cinq agents ".

7. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'organigramme du service " production diététique logistique ", et n'est au demeurant pas sérieusement contesté par la commune, qui a accordé à compter du 1er mai 2021 à l'intéressé une NBI de quinze points au titre des mêmes fonctions, que M. C exerçait des fonctions d'encadrement de proximité d'une équipe à vocation technique d'au moins cinq agents depuis le 1er novembre 2018. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir qu'il a droit au bénéfice de la NBI de quinze points au titre des fonctions exercées du 1er novembre 2018 au 30 avril 2021.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans que la commune puisse utilement invoquer le principe de non-rétroactivité des actes administratifs lorsqu'il s'agit comme en l'espèce d'assurer la continuité de la carrière de l'agent intéressé ou de procéder à la régularisation de sa situation administrative, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du maire de Saint-Paul lui refusant implicitement le bénéfice d'une NBI de vingt points pour la période du 1er mars 2016 au 30 octobre 2018 et d'une NBI de quinze points pour la période du 1er novembre 2018 au 30 avril 2021.

Sur l'injonction :

9. Eu égard aux motifs retenus, l'annulation de la décision implicite de rejet attaquée implique nécessairement que la commune de Saint-Paul alloue à M. C une NBI de vingt points majorés pour la période du 1er mars 2016 au 30 octobre 2018 et de quinze points majorés pour la période du 1er novembre 2018 au 30 avril 2021, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à la commune de Saint-Paul une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

11. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul le versement à M. C de la somme de 1 500 euros au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commune de Saint-Paul refusant implicitement à M. C une NBI de vingt points majorés pour la période du 1er mars 2016 au 30 octobre 2018 et de quinze points majorés pour la période du 1er novembre 2018 au 30 avril 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Paul d'allouer à M. C une NBI de vingt points majorés pour la période du 1er mars 2016 au 30 octobre 2018 et de quinze points majorés pour la période du 1er novembre 2018 au 30 avril 2021, dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Saint-Paul versera la somme de 1 500 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Paul au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune de Saint-Paul.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Khater, présidente,

- M. Biget, premier conseiller,

- M. Banvillet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

O. BIGET

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/la greffière en chef

La greffière,

J. BELENFANTep

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