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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200047

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200047

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSADASSIVAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 janvier 2022, Mme A B, représentée par Me Sadassivam, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 24 novembre 2021 par lesquels la rectrice de l'académie de La Réunion a procédé à son changement d'affectation en tant que titulaire en zone de remplacement en zone nord de Saint-Denis à Sainte-Rose et à son rattachement administratif au collège de Bourbon ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de La Réunion de la réintégrer sur son poste au sein du collège Jules Reydellet sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les arrêtés contestés constituent des actes lui faisant grief ;

- ils ont été pris par une autorité incompétente ;

- ils sont entachés d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission administrative paritaire et de la communication de son dossier administratif, s'agissant d'une sanction administrative déguisée ;

- la décision de changement d'affectation doit être requalifiée en décision de déplacement d'office et devait donc également être motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance de la règle non bis in idem.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2023, la rectrice de l'académie de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en ce que les arrêts attaqués ne font pas grief à la requérante, s'agissant de mesures d'ordre intérieur ;

- la requête est dépourvue d'objet dès lors que la requérante a fait l'objet d'un mouvement inter-académique et a été, par conséquent, mutée dans l'académie de Mayotte au 1er septembre 2022 ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Blin, présidente-rapporteure,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- et les observations de Me Sadassivam, représentant Mme B.

1. Mme B, professeure certifiée hors classe de lettres modernes, a été affectée dans l'académie de La Réunion à la rentrée scolaire 2020-2021, au collège de Bourbon. A sa demande, elle a été affectée à titre provisoire au collège Jules Reydellet de Saint-Denis à la rentrée scolaire 2021-2022. Par arrêtés du 24 novembre 2021, la rectrice de l'académie de La Réunion l'a affectée au collège de Bourbon, en zone de remplacement Nord allant de Saint-Denis à Sainte-Rose, du 22 novembre 2021 au 31 août 2022. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Si la rectrice fait valoir que Mme B a été mutée à sa demande dans l'académie de Mayotte au 1er septembre 2022, cette circonstance n'a pas pour effet de priver d'objet sa demande d'annulation des arrêtés du 21 novembre 2021, lesquels ont reçu exécution jusqu'à sa mutation. L'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit dès lors être rejetée.

Sur la fin de non-recevoir tirée de l'absence de décision faisant grief :

3. Aux termes de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, en vigueur à la date des arrêtés contestés : " L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. () ".

4. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination ou une sanction, est irrecevable.

5. Par ailleurs, un changement d'affectation prononcé d'office revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport du 5 novembre 2021 du principal du collège Reydellet sur la manière de servir de Mme B, que des incidents ont opposé la requérante aux assistants d'éducation dès la rentrée scolaire et qu'elle entretenait également de mauvaises relations avec les conseillers principaux d'éducation. Des conflits avec des élèves et des parents d'élèves ont par ailleurs été constatés. Elle a été conviée à un entretien de mise au point par le principal du collège à la fin du mois de septembre, qui n'a cependant pas permis d'améliorer ses relations tant avec les usagers qu'avec les personnels de l'établissement scolaire. La dégradation de la situation a conduit à la suspension de ses fonctions par décision du 8 novembre 2021, au regard des accusations proférées par plusieurs parents d'élèves, lesquelles accusations étaient susceptibles de poursuites pénales et disciplinaires à l'encontre de la requérante. Une sanction de blâme a été prononcée à son encontre par décision du 14 décembre 2021 à l'issue de la procédure disciplinaire engagée à la suite de la suspension des fonctions de l'intéressée. Au regard de la situation de conflit persistant au sein de l'établissement malgré les entretiens successifs organisés par le principal du collège, ainsi que de la souffrance au travail de la requérante, le rapport précité concluait, dans un souci d'apaisement, à la nécessité d'accompagner cette dernière vers la médecine du travail, puis à son orientation vers un poste susceptible de la préserver des conflits avec les usagers du service public et les personnels. Eu égard au contexte dans lequel les arrêtés contestés ont été pris, Mme B ne conteste pas que son changement d'affectation a été décidé dans l'intérêt du service. Si elle soutient que son affectation en zone de remplacement Nord allant de Saint-Denis à Sainte-Rose change son statut en ce qu'elle sera contrainte de se déplacer sur un vaste secteur, aussi bien en lycée qu'au collège, alors qu'elle n'est pas titulaire du permis de conduire, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce changement d'affectation ne correspondrait pas à son grade, qu'elle entraînerait une perte sensible de rémunération ou une diminution de ses responsabilités ou qu'elle porterait atteinte aux droits et prérogatives de son statut ou à l'exercice de ses droits fondamentaux. Il n'est par ailleurs pas allégué par Mme B qu'elle aurait été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral ou de discrimination. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que son changement d'affectation constituerait une sanction déguisée, alors qu'une procédure disciplinaire a été parallèlement engagée à son encontre, ainsi qu'il a été précédemment exposé. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de décision faisant grief à la requérante doit être accueillie.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au recteur de la région académique de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Blin, présidente,

M. Monlaü, premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

La présidente-rapporteure,

A. BLIN

L'assesseur le plus ancien,

X. MONLAULe greffier,

F.IDMONT

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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