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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200117

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200117

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er février 2022, Mme B A demande au tribunal de prononcer la réduction de la cotisation d'impôt sur le revenu qu'elle a acquittée au titre de l'année 2020 correspondant à la déduction d'une somme de 3 469,05 euros.

Elle soutient que :

- c'est à tort que l'administration fiscale a rejeté la déduction des frais réels qu'elle a exposés ce qui concerne la taxe foncière et la contribution à l'audiovisuel public de l'année 2021, les factures de Véolia, EDF, SFR, l'assurance habitation et les intérêts d'emprunt ;

- c'est à tort qu'elle a rejeté la déduction des frais réels qu'elle a engagés au titre des travaux effectués pour l'aménagement de sa cuisine ;

- c'est à tort qu'elle a rejeté la déduction des frais réels qu'elle a exposés au titre de l'emploi d'une salariée chargée du ménage et de l'entretien de son habitation ;

- c'est à tort qu'elle a rejeté la déduction des frais réels qu'elle a exposés en raison de l'achat d'un ordinateur qu'elle utilise à titre exclusivement professionnel ;

- l'ensemble de ces frais doivent être déduits dès lors qu'elle ne dispose pas d'un bureau sur son lieu de travail, en application de la doctrine administrative publiée le 21 juin 2017 au bulletin officiel des impôts sous la référence BOI-RSA-BASE-30-50-30-30.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2022, le directeur régional des finances publiques de la Réunion conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à prononcer la réduction de la cotisation d'impôt sur le revenu à hauteur de 1 348 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Merlus,

- les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique,

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été imposée conformément à sa déclaration de revenus de l'année 2020. Par une réclamation préalable du 3 novembre 2021, l'intéressée a sollicité la prise en compte de frais réels d'un montant de 19 681 euros au titre de l'année 2020. L'administration fiscale a partiellement fait droit à sa demande à hauteur d'une somme de 12 673 euros. Par la présente requête, Mme A demande la réduction de la cotisation d'impôt sur le revenu qu'elle a acquittée au titre de l'année 2016 correspondant à la déduction d'une somme de 3 469,05 euros.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un avis de dégrèvement du 20 avril 2022, postérieur à l'introduction de la requête, le service a prononcé le dégrèvement des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles Mme A a été assujettie au titre de l'année 2020, à concurrence d'une somme de 135 euros correspondant à l'admission en base d'une somme de 1 213 euros de frais réels. Les conclusions de la requête relatives à cette imposition sont, dans cette mesure, devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la loi fiscale :

3. Aux termes de l'article 83 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " Le montant net du revenu imposable est déterminé en déduisant du montant brut des sommes payées et des avantages en argent ou en nature accordés : / () 3° Les frais inhérents à la fonction ou à l'emploi lorsqu'ils ne sont pas couverts par des allocations spéciales. / La déduction à effectuer du chef des frais professionnels est calculée forfaitairement en fonction du revenu brut, () ; elle est fixée à 10 % du montant de ce revenu. / () / Les bénéficiaires de traitements et salaires sont également admis à justifier du montant de leurs frais réels, soit dans la déclaration visée à l'article 170, soit sous forme de réclamation adressée au service des impôts dans le délai prévu aux articles R* 196-1 et R* 196-3 du livre des procédures fiscales. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être admis à déduire des frais réels, le contribuable est tenu de fournir des éléments justificatifs suffisamment précis pour permettre d'apprécier le montant des frais effectivement exposés par lui à l'occasion de l'exercice de sa profession et qu'il ne peut, dès lors, ni se borner à présenter un calcul théorique de ces frais, ni faire état de dépenses réelles sans établir qu'elles constituent une charge inhérente à son activité professionnelle.

5. En premier lieu, l'administration a admis que Mme A, eu égard aux nécessités de sa profession d'enseignante, était en droit de regarder comme des frais inhérents à sa fonction une fraction des dépenses et des charges de sa maison d'habitation dont elle demandait la déduction se rapportant à la pièce dédiée à son activité professionnelle. Le service a évalué ces frais en fonction du rapport entre la surface de la pièce servant de local professionnel à Mme A et la surface totale de son habitation. Il n'est pas contesté que le logement de la requérante a une surface habitable de 95 m². A défaut de précisions et de justificatifs sur la superficie et la nature de la pièce dédiée à sa profession, l'administration a retenu la superficie d'un bureau de 12 m² pour déterminer la quote-part des frais déductibles. Ainsi, le service a admis la déduction d'une quote-part d'un montant de 1 213 euros au titre des frais réels exposés par Mme A en ce qui concerne la taxe foncière et la contribution à l'audiovisuel public de l'année 2021, les factures de Véolia, EDF, SFR, l'assurance habitation et les intérêts d'emprunt. Par suite, et alors qu'elle ne produit aucun justificatif, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle est en droit d'obtenir la déduction de frais réels de ce chef au-delà de ce qui a déjà été admis par l'administration dans sa décision de dégrèvement susvisée.

6. En deuxième lieu, si Mme A soutient que les dépenses qu'elle a engagées au titre des travaux effectués pour l'aménagement de sa cuisine doivent être déduites de ses revenus, de telles dépenses, au demeurant non accompagnées de justificatifs, n'ont pas de lien avec l'exercice de son activité professionnelle et ne peuvent donc donner lieu à déduction.

7. En troisième lieu, Mme A, qui ne produit aucun justificatif, n'établit ni même n'allègue que les salaires qu'elle soutient verser à une employée chargée du ménage et de l'entretien de son habitation se rapporteraient à la fraction de son habitation principale affectée à l'usage professionnel. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle devrait bénéficier de la déduction des frais engagés à ce titre.

8. En quatrième lieu, l'administration a admis que Mme A, eu égard aux nécessités de sa profession, était en droit de regarder comme des frais inhérents à sa fonction les frais d'achat d'un ordinateur. Le service a retenu un amortissement sur trois ans avec une annuité d'amortissement pour l'année 2020 de 270 euros. En raison de l'usage mi-professionnel mi-privé de cet ordinateur, il a déduit la fraction de cette annuité correspondant à son usage professionnel et a ainsi admis la déduction d'une somme de 135 euros. Si Mme A soutient que la somme de 270 euros doit être déduite en raison de l'usage exclusivement professionnel de son ordinateur, elle ne produit aucun justificatif permettant de l'établir. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle serait en droit de bénéficier de ce chef d'une déduction supérieure à ce qui a déjà été admis par l'administration fiscale.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

9. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ".

10. Mme A ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement des dispositions précitées, des énonciations de la doctrine administrative publiée le 21 juin 2017 au bulletin officiel des impôts sous la référence BOI-RSA-BASE-30-50-30-30 dès lors qu'elle ne fait pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A aux fins de réduction des cotisations d'impôt sur les revenus mises à sa charge au titre de l'année 2020 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de réduction des cotisations d'impôt sur le revenu de Mme A au titre de l'année 2020 à concurrence du dégrèvement d'un montant de 135 euros prononcé en cours d'instance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur régional des finances publiques de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Le Merlus, conseiller.

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 30 avril 2024.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de la France en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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