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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200129

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200129

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200129
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantANTOINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Antoine, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Saint-Paul à lui verser une somme de 40 000 euros en réparation des préjudices subis du fait du refus de renouvellement de son contrat à durée déterminée ;

2°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts échus, à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable ;

3°) d'enjoindre à la commune de Saint-Paul de lui proposer un contrat à durée indéterminée, aux mêmes conditions financières que son dernier contrat, sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul une somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en refusant, par une décision entachée d'illégalité, de renouveler son contrat, la commune de Saint-Paul a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- la commune n'a pas respecté le délai de prévenance prévu à l'article 38-1 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- en outre, la décision de non-renouvellement de son contrat n'a pas été précédée de l'entretien prévu au même article 38-1 ;

- cette décision, qui ne se fonde sur aucun motif tiré de l'intérêt du service, est entachée d'un détournement de procédure ;

- l'administration s'est abstenue de lui proposer un contrat à durée indéterminée, auquel il pouvait prétendre en application de la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 relative à l'accès à l'emploi titulaire et à l'amélioration des conditions d'emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique ;

- son préjudice moral, lié à la perte d'un emploi qu'il affectionnait, le préjudice résultant de la perte de rémunération et le préjudice financier lié à la perte de chances sérieuses de trouver, dans le délai de prévenance, un autre emploi, doivent être indemnisés à hauteur d'une somme totale de 40 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2022, la commune de Saint-Paul, représentée par Me Gaspar, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3000 euros soit mise à la charge de M. B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires de la requête de M. B sont irrecevables, en l'absence de demande d'annulation de la décision de non-renouvellement de contrat formée dans le délai de deux mois prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est opérant ou fondé ;

- les préjudices allégués ne sont pas établis.

Par une décision du 14 février 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ramin, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Garnier, substituant Me Gaspar, représentant la commune de Saint-Paul.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été employé par la commune de Saint-Paul en qualité d'agent de surveillance de la voie publique du 15 novembre 2014 au 14 novembre 2017, dans le cadre d'un contrat d'" emploi avenir ". Il a ensuite été recruté en qualité d'adjoint technique non titulaire à compter du 15 novembre 2017, par quatre contrats successifs à durée déterminée d'un an. Son dernier contrat, arrivé à échéance le 14 novembre 2021, n'ayant pas été renouvelé, l'intéressé a sollicité le 29 novembre 2021 l'annulation de ce refus et l'indemnisation de ses préjudices. La commune a rejeté son recours gracieux par une décision du 29 décembre 2021. M. B demande au tribunal de condamner la commune de Saint-Paul à réparer les préjudices subis du fait du refus de renouvellement de son contrat et d'enjoindre à la commune, sous astreinte, de lui proposer un contrat à durée indéterminée dans les mêmes conditions financières que son dernier contrat.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Saint-Paul :

2. M. B, qui demande la condamnation de la commune de Saint-Paul à l'indemniser des préjudices subis du fait du non renouvellement de son contrat à durée déterminée, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Si son recours tend, ainsi, à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique et doit donc, en tant que tel, être précédé d'une réclamation préalable auprès de l'administration, il ne tend pas à l'annulation de la décision de non renouvellement de son contrat à durée déterminée. Il suit de là que la commune de Saint-Paul ne peut utilement opposer au requérant une fin de non-recevoir tirée de l'absence de réclamation préalable tendant à l'annulation de la décision de non-renouvellement. Cette fin de non-recevoir ne peut donc qu'être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B, d'abord employé dans le cadre d'un contrat d'" emploi avenir ", a ensuite été recruté pour occuper des fonctions d'adjoint technique pendant quatre ans, et que ses contrats successifs ont été conclus dans l'attente et à défaut de recrutement d'un fonctionnaire sur le poste occupé. Si le courrier du 30 septembre 2021 annonçant l'intention de l'administration mentionne seulement l'absence de possibilité de renouveler le contrat de M. B, la commune de Saint-Paul a précisé, dans sa décision du 29 décembre 2021 rejetant la réclamation de l'intéressé, que la décision de non-renouvellement du contrat a été prise " dans le contexte de contrainte budgétaire " et que " la collectivité, soucieuse de rationaliser ses moyens, a fait le choix de ne plus pourvoir ce poste par le recrutement d'agents de droit public ". M. B ne conteste pas la réalité de ces motifs. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'en l'absence de motif tiré de l'intérêt du service, la commune de Saint-Paul aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

5. En deuxième lieu, si M. B se prévaut du non-respect par la commune de Saint-Paul du délai de prévenance prévu à l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, cette faute, à la supposer établie, n'entraîne pas l'illégalité de la décision ultérieure de non-renouvellement du contrat. Dès lors, M. B, qui se borne à demander réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité de la décision de non-renouvellement, ne peut utilement s'en prévaloir.

6. En troisième lieu, aux termes du septième alinéa du I de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 : " La notification de la décision finale doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est supérieure ou égale à trois ans. ".

7. Or, aux termes du II de l'article 3-4 de la loi du 26 janvier 1984 : " Tout contrat conclu ou renouvelé pour pourvoir un emploi permanent en application de l'article 3-3 avec un agent qui justifie d'une durée de services publics de six ans au moins sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu pour une durée indéterminée. / La durée de six ans mentionnée au premier alinéa du présent II est comptabilisée au titre de l'ensemble des services accomplis auprès de la même collectivité ou du même établissement dans des emplois occupés sur le fondement des articles 3 à 3-3, à l'exception de ceux qui le sont au titre du II de l'article 3. (). / Pour l'appréciation de cette durée, les services accomplis à temps non complet et à temps partiel sont assimilés à des services effectués à temps complet. / Les services accomplis de manière discontinue sont pris en compte, sous réserve que la durée des interruptions entre deux contrats n'excède pas quatre mois. () ".

8. D'une part, il résulte des pièces du dossier que M. B a, dans un premier temps, été recruté par la commune de Saint-Paul en qualité d'agent de surveillance de la voie publique, pour la période du 15 novembre 2014 au 14 novembre 2017, dans le cadre d'un emploi d'avenir, qui est régi par les articles L. 5134-110 et suivants du code du travail. S'agissant d'un contrat de droit privé, dont la durée ne peut excéder trente-six mois, la durée des services accomplis dans le cadre de ce dispositif ne peut, dès lors, être prise en compte dans le calcul de la durée de six ans nécessaire pour bénéficier d'un contrat à durée indéterminée. Le dernier contrat de M. B a été conclu en application du 2° de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984, en vue de pourvoir un emploi permanent de la commune sur lequel aucun fonctionnaire n'avait pu être recruté. A la date d'échéance de ce contrat, l'intéressé n'avait accompli que quatre ans sur des fonctions d'adjoint technique, relevant de la même catégorie hiérarchique. D'autre part, seul ce dernier contrat a été conclu en application de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984, pour une durée d'un an. Ainsi, la situation du requérant ne relevait d'aucun des cas dans lesquels la notification de la décision finale de l'autorité territoriale devait être précédée d'un entretien. Dès lors, la commune de Saint-Paul n'a commis aucune faute susceptible d'engager sa responsabilité en s'abstenant de convoquer M. B à un entretien, préalablement à la décision de non-renouvellement de son contrat.

9. En quatrième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir, au soutien de ses conclusions aux fins d'indemnisation des préjudices subis du fait du non-renouvellement de son contrat, de la faute qu'aurait commise l'administration en s'abstenant de lui proposer un contrat à durée indéterminée qui est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de la décision de refus de renouvellement de son contrat.

10. En dernier lieu, les moyens tirés du détournement de pouvoir et du détournement de procédure, à les supposer soulevés distinctement par M. B, ne sont assortis d'aucune précision suffisante permettant d'en apprécier le bien-fondé.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de renouveler son contrat, la commune de Saint-Paul aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. En l'absence de conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commune de Saint-Paul a refusé de renouveler son contrat sous la forme d'un contrat à durée indéterminée, les conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit enjoint, sous astreinte, à l'autorité territoriale de lui proposer un tel contrat sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Paul, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par la commune de Saint-Paul au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Paul présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Paul.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Biget, premier conseiller,

M. Ramin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le rapporteur,

V. RAMIN

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/la greffière en chef

La greffière,

J. BELENFANT

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