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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200140

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200140

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre bis
Avocat requérantDOMITILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 1er février 2022, 19 août 2022, 8 mars 2023 et 20 mars 2023, M. B A, représenté par Me Domitile, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 2 janvier 2022 par laquelle le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (CASDIS) de La Réunion a rejeté sa demande de versement des rémunérations dues pour le mois de septembre 2021 et pour la période du 5 au 15 octobre 2021 ;

2°) d'enjoindre au SDIS de La Réunion de lui verser son traitement du 3 septembre au 15 octobre 2021 ;

3°) de mettre à la charge du SDIS de La Réunion la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision est entachée d'erreur de droit au regard de l'application combinée des articles 20 de la loi du 13 juillet 1983, des articles 34, 35 et 64 de la loi du 11 janvier 1984 et de l'article 25 du décret du 14 mars 1986.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2022, le SDIS de La Réunion conclut au non-lieu à statuer

Il soutient que M. A a été rétabli dans ses droits à traitement à compter du 3 septembre 2021.

Par une ordonnance du 7 mars 2023, le président du tribunal a prononcé la clôture de l'instruction au 21 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Legrand, première conseillère,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- et les observations de Me Domitile, avocate de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, sapeur-pompier professionnel du grade de caporal-chef et exerçant ses fonctions au sein du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de La Réunion, a été placé en arrêt de travail du 3 septembre au 3 octobre 2021. Par un arrêté du 4 octobre 2021, il a été placé en congé de maladie ordinaire du 3 septembre au 3 octobre 2021. Son arrêt de travail ayant été prolongé du 4 octobre au 5 novembre 2021, M. A l'a transmis à son administration le 4 octobre 2021. Par un arrêté du 18 octobre 2021, le président du conseil d'administration du SDIS a prononcé, à compter du 16 octobre 2021, la mesure de suspension prévue à l'article 14 de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021. Par un courrier du 30 octobre 2021 reçu le 2 novembre 2021, M. A a demandé le paiement de sa rémunération pour les mois de septembre et octobre 2021. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née le 2 janvier 2022.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. En défense, le SDIS conclut au non-lieu à statuer en faisant valoir qu'après l'annulation par une ordonnance devenue définitive du tribunal administratif en date du 16 mars 2022 de l'arrêté du 18 octobre 2021 prononçant à l'encontre de M. A la mesure de suspension prévue à l'article 14 de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021, il a retiré le 28 mars 2022 cet arrêté et a informé ce dernier le 6 avril 2022 de ce qu'il serait rétabli dans ses droits à rémunération à compter du 3 septembre 2021. Cependant, le requérant fait valoir en réplique que les seules régularisations opérées concernent les périodes postérieures au 16 octobre 2021 et qu'aucun traitement ne lui a été versé pour la période du 3 septembre au 15 octobre 2021. Dans la mesure où il ne ressort pas des bulletins de paie de mai à juillet 2022 qu'une régularisation de rémunération serait intervenue à son profit pour cette période, il y a lieu de statuer sur les conclusions de M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

3. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires applicables à la fonction publique territoriale applicable aux sapeurs-pompiers professionnels, dans sa version alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 58. () ". Aux termes de l'article 15 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi du 26 janvier 1984, dans sa version alors applicable : " Pour obtenir un congé de maladie ainsi que le renouvellement du congé initialement accordé, le fonctionnaire adresse à l'autorité territoriale dont il relève, dans un délai de quarante-huit heures suivant son établissement, un avis d'interruption de travail. Cet avis indique, d'après les prescriptions d'un médecin (), la durée probable de l'incapacité de travail. /En cas d'envoi de l'avis d'interruption de travail au-delà du délai prévu à l'alinéa précédent, l'autorité territoriale informe par courrier le fonctionnaire du retard constaté et de la réduction de la rémunération à laquelle il s'expose en cas de nouvel envoi tardif dans les vingt-quatre mois suivant l'établissement du premier arrêt de travail considéré. () / L'autorité territoriale peut faire procéder à tout moment à la contre-visite du demandeur par un médecin agréé ; le fonctionnaire doit se soumettre, sous peine d'interruption du versement de sa rémunération, à cette contre-visite () ". Aux termes de l'article 115 de la loi du 30 décembre 2017 de finances pour 2018 : " I. - Les agents publics civils et les militaires en congé de maladie et les salariés en congé de maladie pour lesquels l'indemnisation de ce congé n'est pas assurée par un régime obligatoire de sécurité sociale ou est assurée par un régime spécial de sécurité sociale mentionné à l'article L. 711-1 du code de la sécurité sociale ne bénéficient du maintien de leur traitement ou de leur rémunération, ou du versement de prestations en espèces par l'employeur qu'à compter du deuxième jour de ce congé. / II. - Le I du présent article ne s'applique pas : / 1° Lorsque la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues aux articles L. 27 et L. 35 du code des pensions civiles et militaires de retraite ; / 2° Au deuxième congé de maladie, lorsque la reprise du travail entre deux congés de maladie accordés au titre de la même cause n'a pas excédé 48 heures ; / () ".

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le président du conseil d'administration du SDIS de La Réunion a placé M. A en congé de maladie ordinaire du 3 septembre au 3 octobre 2021 à plein traitement. Le requérant avait donc le droit de percevoir son plein traitement pour cette période, déduction faite du 3 septembre 2021 correspondant au jour de carence. D'autre part, l'établissement admet avoir reçu l'avis de prolongation de son arrêt de travail du 4 octobre au 5 novembre 2021 le 4 octobre 2021, soit dans le délai de 48 heures imposé par les dispositions précitées. N'ayant pas fait procéder à une contre-visite de l'intéressé pour cette nouvelle période d'arrêt de travail et n'alléguant pas que M. A aurait épuisé ses droits à congé de maladie ordinaire à plein traitement, le SDIS de La Réunion devait également lui verser son plein traitement pour cette période. M. A est ainsi fondé à soutenir que la décision implicite du 2 janvier 2022 par laquelle le président du conseil d'administration du SDIS a refusé de lui verser son traitement pour la période du 4 septembre au 15 octobre 2021 est entachée d'erreur de droit et à en demander l'annulation.

5. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au président du conseil d'administration du SDIS de la Réunion de verser à M. A son traitement pour la période du 4 septembre au 15 octobre 2021, dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances des espèces, de mettre à la charge du SDIS de La Réunion la somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite du 2 janvier 2022 par laquelle le président du conseil d'administration du SDIS a refusé de verser à M. A son traitement pour la période du 4 septembre au 15 octobre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au président du conseil d'administration du SDIS de la Réunion de verser à M. A son traitement pour la période du 4 septembre au 15 octobre 2021, dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le président du conseil d'administration du SDIS de La Réunion versera à M. A une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au SDIS de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

Mme Legrand, première conseillère,

M. Ramin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

I. LEGRAND

Le président,

Ch. BAUZERAND Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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