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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200161

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200161

mercredi 27 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200161
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre bis
Avocat requérantFEVRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) SOCIM, représentée par Me Février, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2021 par lequel la maire de La Possession a accordé à la société en commandite simple (SCS) société réunionnaise du radiotéléphone (SRR) un permis l'autorisant à construire une antenne relais de téléphonie mobile sur une parcelle (cadastrée BM 57) située rue Waldeck Rochet, ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé par la maire sur son recours gracieux daté du 2 décembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté méconnaît l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UA 11.7 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2023, la commune de La Possession, représentée par Me Benoiton, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2023, la société en commandite simple (SCS) société réunionnaise du radiotéléphone (SRR), représentée par Me Girard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de Me Benoiton, représentant la commune de La Possession,

- et les observations de Me Garnier substituant Me Girard, représentant la SCS SRR.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 octobre 2021, la maire de La Possession a autorisé la société SRR à construire une antenne relais de téléphonie mobile sur une parcelle cadastrée BM 57 située rue Waldeck Rochet. Par la présente requête, la SARL SOCIM demande au tribunal d'annuler cet arrêté, ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire sur son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. "

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la SARL SOCIM est propriétaire de la parcelle cadastrée BM 43 située rue de la Poste sur laquelle elle est titulaire d'un permis l'autorisant à construire un immeuble d'habitation comportant dix logements. La parcelle BM 43 étant seulement séparée du terrain d'assiette du projet par la rue de la Poste, la société requérante est fondée se prévaloir de la qualité de voisin immédiat. A l'appui de sa requête la SARL SOCIM fait valoir que les habitants du futur immeuble à construire auront des vues directes sur l'antenne relais, laquelle est constituée d'un pylône d'une hauteur de 30 mètres. Les éléments apportés par la société requérante sont corroborés par les pièces du dossier. En outre, contrairement à ce que soutiennent les défendeurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les constructions présentes sur les parcelles cadastrées BM 44, 45, 46 et 47 feront obstacle aux vues directes des habitants des logements situées en façade nord du projet de la SARL SOCIM sur l'antenne relais. Enfin, la circonstance que l'immeuble, dont la construction est projetée par la SARL SOCIM, serait éloigné de l'antenne relais de 90 mètres ne fait pas obstacle à l'intérêt à agir de la société requérante compte tenu notamment de l'importante hauteur du pylône dont la construction est autorisée par l'arrêté litigieux. Par suite, la fin de non-tirée de l'absence d'intérêt à agir de la société requérante doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article UA 11.7 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux antennes-relais : " Les antennes de radio téléphonie doivent s'insérer dans le paysage. Il convient d'améliorer la perception visuelle de ces antennes : / - en tenant compte de la façon dont celles-ci sont vues sous différents angles, / - en élaborant des solutions d'intégration paysagère sur mesure (habillage des antennes, végétalisation synthétique, etc.). "

6. Il résulte de ces dispositions que le règlement du plan local d'urbanisme de la commune fait obligation aux pétitionnaires souhaitant construire une antenne-relais de téléphonie mobile d'élaborer des solutions d'intégration paysagère sur mesure pour améliorer l'insertion de ces constructions dans leur environnement. En l'espèce, le projet litigieux autorise la construction d'un pylône, comportant une antenne relais de téléphonie mobile, sans prévoir aucune solution d'intégration paysagère sur mesure. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que l'arrêté litigieux méconnaît l'article UA 11.7 du règlement du plan local d'urbanisme.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision attaquée.

Sur l'étendue de l'annulation :

8. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. "

9. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté litigieux méconnaît l'article UA 11.7 du règlement du plan local d'urbanisme en tant que le projet autorisé ne prévoit aucune solution d'intégration paysagère sur mesure. Ce vice, qui n'affecte qu'une partie du projet, est susceptible d'être régularisé. Par suite, il y a lieu d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2021 en tant seulement qu'il méconnait l'article UA 11.7.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune et le pétitionnaire réclament au titre des frais liés au litige. Il y a lieu, en revanche et dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune le versement d'une somme de 1 500 euros à la société requérante.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 octobre 2021 de la maire de La Possession est annulé en tant seulement qu'il méconnaît l'article UA 11.7 du règlement du plan local d'urbanisme.

Article 2 : La commune versera à la SARL SOCIM une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune et de la SCS société réunionnaise du radiotéléphone présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL SOCIM, à la SCS société réunionnaise du radiotéléphone et à la commune de La Possession.

Délibéré après l'audience du 27 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2023.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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