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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200170

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200170

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200170
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET CAMIERE AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 février 2022, 10 août 2023, 7 mars 2024 et 12 avril 2024, la société Inéo Rhône-Alpes Auvergne, représentée par Me Camière, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures:

1°) de condamner la commune de Saint-Paul à lui verser la somme de 180 738 euros, assortie des intérêts moratoires et la capitalisation de ceux-ci, en réparation des préjudices subis du fait de la désorganisation de l'exécution du marché de travaux n°17/2631/387 et de l'allongement de sa durée ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la responsabilité de la commune est engagée en raison d'une désorganisation du chantier imputable au maître d'ouvrage provoquant, dès le démarrage des travaux, un allongement de la durée du chantier de 18 semaines, et à des défaillances de la maitrise d'ouvrage dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et direction de chantier ;

- l'allongement de la durée du chantier et la désorganisation générale de celui-ci ont entraîné des coûts fixes supplémentaires relatifs à la mobilisation de moyens matériels, d'un montant de 23 940 euros, et de moyens humains supplémentaires, d'un montant de 49 104 euros, mais aussi une impossibilité d'organiser le travail des équipes, doublée d'une perte de productivité, ce préjudice représentant un montant de 141 360 euros, et une perte d'industrie qui doit être indemnisée à hauteur de 33 331,24 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 septembre 2022, 20 février 2024 et 28 mars 2024, la commune de Saint-Paul, représentée par Me Foglia, avocate, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que la version du CCAG applicable est celle résultant de l'arrêté du 3 mars 2014, entré en vigueur le 1er avril 2014, qui prévoyait un délai de réclamation de 30 jours, lequel n'a pas été respecté en l'espèce ;

- aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des marchés publics ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- et les observations de Me Gauthier substituant la SCP Charrel et associés, avocat de la commune de Saint-Paul.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte d'engagement du 23 mai 2017, la commune de Saint-Paul a, en sa qualité de maître d'ouvrage, attribué à la société Inéo Rhone-Alpes Auvergne (SIRAA) le lot n° 5 " Electricité / courants forts / courants faibles " de l'opération de construction des écoles élémentaire et maternelle de la rue Pothier. Après exécution du marché, la SIRRA a adressé le 11 juin 2020 son projet de décompte final du marché comportant une réclamation à hauteur de 180 738 euros. La société d'équipement du département de La Réunion (SEDRE), mandataire de la commune, a notifié le 26 octobre 2020 le décompte général du marché sans prendre en compte la demande de rémunération complémentaire présentées la SIRAA, laquelle a, d'une part, retourné ce décompte final le 3 décembre 2020 en émettant des réserves et, d'autre part adressé à la SEDRE, un mémoire en réclamation, reçu le 7 décembre 2020, qui réitérait sa demande de rémunération complémentaire à hauteur de 180 738 euros. A la suite du rejet implicite de sa réclamation et après une tentative infructueuse de règlement amiable du litige, la SIRAA demande au tribunal, par la présente requête, de condamner la commune à lui verser, sur le fondement de la faute contractuelle, la somme susmentionnée de 180 738 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie soit que ces difficultés trouvent leur origine dans des sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat, soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique commise notamment dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics.

3. En l'espèce la SIRAA soutient que la responsabilité de la commune de Saint-Paul est engagée dès lors que les retards de chantier, qui auraient commencé dès le démarrage des travaux, ont conduit à un allongement de la durée du chantier de 18 semaines, alors que la commune, informée de l'existence de retards dans l'exécution des travaux des autres lots, s'est abstenue de prendre les mesures de réorganisation du chantier qu'appelait cette situation de retard, qui a duré plus de deux ans. Ainsi, le planning d'exécution des travaux tous corps d'état, notifié par l'ordre de service n° 2 prévoyait un délai global d'exécution de 22 mois et fixait la date contractuelle de fin d'exécution au 12 août 2019, tandis que la décision de réception, signée le 4 février 2020, reportait la date d'achèvement des travaux au 19 décembre 2019. La société requérante soutient que cette situation l'a conduit à effectuer, en vain, de nombreuses demandes de recalage de planning. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces retards sont consécutifs à ceux résultant des travaux des titulaires des lots n°1 " VRD - aménagements extérieurs " et n° 3 " gros-œuvre - étanchéité - revêtements durs ", dont la société a été informée lors de différentes réunions qui se sont succédées lors des années 2018 e 2019, le mouvement des " gilets jaunes " ayant contribué à retarder l'ensemble des travaux, ce qui a conduit la SEDRE à notifier, le 26 juillet 2019, un nouveau planning d'exécution des travaux avec achèvement prévu deux mois plus tard, le 27 septembre 2019 dont il a été donné acte par la signature d'un avenant entre les parties le 21 octobre 2019, la livraison étant prévue par ailleurs au 27 novembre 2019 et la réception des travaux fixée au 19 décembre 2019. Dès lors, le retard constaté de manière effective et susceptible d'être pris en compte dans le cadre d'une réclamation indemnitaire ne saurait être évalué à 18 semaines comme le soutient la SIRAA, mais n'excède pas 12 semaines compte tenu des stipulations de l'avenant du 21 octobre 2019 selon lesquelles " le titulaire renonce à toutes réclamations et indemnisations aux motifs du présent avenant ". En outre, le courrier du 15 avril 2019 adressé par la SIRAA à la SEDRE sur les difficultés au regard de l'avancement des travaux du fait du retard accumulé sur d'autres lots, ne saurait démontrer, par lui-même, l'existence d'agissements concrets du maître de l'ouvrage propres à caractériser une faute de sa part dans l'usage de ses pouvoirs de direction et de contrôle. Par ailleurs, si la société requérante soutient que ces retards sont également liés à une désorganisation du chantier, il y a lieu de constater que l'éventuelle négligence de la maîtrise d'œuvre sur ce point ne révèle pas, en l'espèce, une faute imputable au maître d'ouvrage. Enfin, la commune, qui justifie avoir informé la société requérante de l'avancement des travaux des autres corps d'état ayant conduit à la signature de l'avenant précité, justifie avoir pris des mesures relevant de son pouvoir de sanction en appliquant des pénalités de retard aux entreprises à l'origine des retards constatés. Par suite, la SIRAA n'établit pas que l'allongement de la durée d'exécution du marché serait lié à une faute du maître d'ouvrage. Au surplus, s'agissant du préjudice allégué, si la société requérante soutient que le retard pris dans l'exécution des travaux se serait traduit par une immobilisation des moyens humains et matériels, génératrice de surcoûts et d'une perte de productivité, elle n'établit pas avoir été dans l'impossibilité d'engager ses moyens dans d'autres opérations pendant la période de décalage de son chantier.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions indemnitaires de la société requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Paul, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la SIRAA au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

6. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société requérante une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Saint-Paul au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la société Inéo Rhône-Alpes Auvergne est rejetée.

Article 2 : La société Inéo Rhône-Alpes Auvergne versera la somme de 1 500 euros à la commune de Saint-Paul au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Inéo Rhône-Alpes Auvergne et à la commune de Saint-Paul.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Aebischer, président,

M. Monlaü, premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mis à disposition au greffe, le 04 juin 2024.

Le rapporteur,

X. MONLAÜ

Le président,

M.-A. AEBISCHER

La greffière,

S. BALOUKJY

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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