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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200172

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200172

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200172
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 février 2022, Mme C B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur de l'administration pénitentiaire a refusé de procéder à la révision de la " cartographie " des emplois de catégorie C reclassés en catégorie B, issue du plan de requalification mis en place dans le cadre de la réforme du corps de commandement des personnels de surveillance ;

2°) de procéder, au titre de sa réussite à l'examen professionnel spécifique pour l'accès au corps de commandement dans le grade de lieutenant pénitentiaire (session 2021), à sa nomination en qualité d'officier, au poste de responsable du bureau de gestion de la détention au centre pénitentiaire de Saint-Denis.

Elle soutient que :

- dans les établissements situés dans les départements d'outre-mer relevant de la Mission Outre-Mer, seuls les responsables des bureaux de gestion de la détention (BGD) établissements implantés à La Réunion n'ont pas vu leurs fonctions faire l'objet du plan de requalification, ce qui constitue une atteinte au principe d'égalité de traitement ;

- elle remplit les conditions pour être nommée sur un emploi requalifié de C en B dès lors qu'elle a réussi l'examen professionnel spécifique pour l'accès au corps de commandement au grade de lieutenant au titre du plan de requalification année 2021 ;

- la décision n'est pas conforme au " souhait " du directeur du centre pénitentiaire de Saint-Denis de voir affecté un officier au poste de responsable du BGD, mentionné au procès-verbal de la réunion du groupe de travail portant sur l'organisation de l'encadrement au sein du centre pénitentiaire de Saint-Denis, daté du 15 septembre 2021 .

- la requalification de trois emplois au quartier mineurs du centre pénitentiaire de Saint-Denis hors responsables de BGD n'est pas appropriée à l'organisation de l'établissement.

Par courrier du 27 mars 2023 le ministre de la Justice a été mis en demeure de produire ses observations.

Par une ordonnance du 28 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2023.

Un mémoire en défense présenté par le garde des sceaux, ministre de la Justice a été enregistré le 27 septembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2019-1038 du 9 octobre 2019 ; le décret n° 2019-1038 du 9 octobre 2019 modifiant le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire ;

- l'arrêté du 2 octobre 2020 fixant à titre dérogatoire le nombre d'emplois pourvus par les différentes voies de promotion dans le corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire et le corps des chefs des services pénitentiaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tomi, première conseillère,

- et les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, major pénitentiaire depuis le 7 janvier 2019, a été reçue à l'examen professionnel spécifique pour l'accès aux fonctions de commandement organisé dans le cadre du plan de requalification des emplois de catégorie C en B, session 2021. Par une note du 30 août 2021, le garde des sceaux, ministre de la Justice a publié la liste des affectations à des postes de commandement ayant bénéficié d'une requalification dans le cadre du plan requalification instauré pour l'année 2021. Aucun poste de responsable du bureau de la gestion de la détention n'ayant été localisé à ce titre à Saint-Denis, Mme D a formé un recours gracieux le 14 octobre 2021 tendant à obtenir la révision de la liste des emplois requalifiés en tant qu'elle ne prévoit pas de localisation d'un emploi de responsable BGD au titre du plan de requalification au centre pénitentiaire de Saint-Denis et au réexamen de sa situation en vue de voir prononcer sa nomination sur ce poste. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal, d'une part, de prononcer l'annulation de la décision du garde des sceaux en tant qu'elle n'a pas localisé d'emploi de responsable de BGD à Saint-Denis, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux née le 15 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.

3. Pour soutenir que la décision serait entachée d'illégalité en raison de la méconnaissance du principe d'égalité, Mme D fait état de l'absence de localisation d'un emploi de responsable de bureau de la gestion de la détention à Saint-Denis au contraire d'autres départements d'outre-mer, en Guyane, en Guadeloupe et en Nouvelle-Calédonie, figurant sur un tableau daté du 13 août 2020 intitulé " réforme du corps de commandement-cibles-fonctions requalifiées-fonctions crées-fonctions historiques ". Toutefois ce document, dont la nature n'est pas précisée, ne suffit pas à lui seul à établir la réalité d'une entorse au principe d'égalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité de traitement doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si la requérante soutient que la liste ne correspond pas au " souhait " du directeur de l'établissement, il ressort des pièces du dossier que la mention du procès-verbal faisant état de la programmation " à terme " d'une affectation d'un officier au poste de responsable du bureau de la gestion de la détention, est sans incidence sur la légalité de la décision établissant la liste des affectations litigieuse. De même le moyen titré du caractère prétendument inadapté de la localisation de trois emplois d'officiers au quartier mineurs du centre pénitentiaire de Saint-Denis qui procède d'une appréciation subjective doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 38 du décret du 9 octobre 2019 modifiant le décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire : " Par dérogation à l'article 23 (), peuvent en outre être recrutés dans le corps de commandement jusqu'au 31 décembre 2023 : 1° Par la voie d'un examen professionnel spécifique, les majors pénitentiaires et les premiers surveillants qui comptent, au 1er janvier de l'année au titre de laquelle l'examen est organisé, trois ans de services effectifs dans le grade de premier surveillant. / Le nombre d'emplois pourvus par les différentes voies de promotion est fixé chaque année par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, et des ministres chargés de la fonction publique et du budget " : " Le nombre annuel d'emplois pourvus jusqu'au 31 décembre 2023 dans le corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire par l'article 38 du décret n° 2019-1038 du 9 octobre 2019 () est fixé ainsi : /

Année

Nombre d'emplois pourvus

par voie d'inscription sur une liste d'aptitude

Nombre d'emplois pourvus

par la voie d'un examen professionnel spécifique

2021

140

140

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du document intitulé " liste par ordre de mérite des candidats déclarés admis à l'examen professionnel spécifique pour l'accès au corps de commandement au grade de lieutenant pénitentiaire et du document intitulé " réforme du corps de commandement-fonctions requalifiées-fonctions créées-fonctions historiques ", que Mme D était classée à la 105ème place, sur 140 candidats reçus et que quatre postes dits requalifiés de C en B étaient ouverts à Saint-Denis de La Réunion . Dès lors, alors qu'elle indique elle-même qu'aucun de ses choix n'était disponible, Mme B A ne remplissait pas les conditions pour être nommée à l'emploi de responsable du bureau de la gestion de la détention en qualité de lieutenant au centre de détention de Saint-Denis.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B A doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B A n'implique aucune mesure n'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Blin, présidente,

M. Monlau, premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure

N.TOMI

La présidente,

A. BLIN

La greffière,

S.LE CARDIET-BALOUKJY

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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