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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200205

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200205

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGARNIER VIRGINIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 février 2022 et 30 juin 2023, M. B A, représenté par Me Lomari, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite, née le 18 décembre 2021, par laquelle la commune de Saint-Denis a refusé de reconnaître la caducité de l'arrêté du 9 novembre 2011 par lequel le maire a délivré à la société civile IPFB un permis l'autorisant à construire un immeuble de quatorze logements au n°14 de la rue de la Clinique (parcelle cadastrée BH 595) sur le territoire communal ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 août 2021 portant transfert à la société à responsabilité limitée (SARL) " APRetCo " du permis de construire délivré le 9 novembre 2011 ;

3°) d'enjoindre à la commune de constater la caducité du permis de construire délivré le 9 novembre 2011 et de procéder à son retrait dans un délai de quinze jours ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 17 août 2021 est entaché d'incompétence ;

- cet arrêté et la décision implicite sont entachés d'illégalité, dès lors que l'arrêté du 9 novembre 2011 est périmé en vertu de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme et ne peut plus être transféré.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2022, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Armoudom, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, faute d'avoir été notifiée dans un délai de quinze jours en application de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la SCCV Clovis et à la SARL " APRetCo " qui n'ont pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 2014-1661 du 29 décembre 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- et les observations de Me Lomari, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 9 novembre 2011 le maire de Saint-Denis a autorisé la société civile (SC) IPFB à construire un immeuble comportant quatorze logements sur un terrain situé au n° 14 de la rue de la Clinique sur le territoire communal. Par un arrêté du 12 mars 2012 le permis de construire a été transféré à la société civile de construction vente (SCCV) Clovis. Par un nouvel arrêté du 17 août 2021 le maire a autorisé le transfert du permis de construire à la société à responsabilité limitée (SARL) " APRetCo ". Par un courrier, reçu le 18 octobre 2021, M. B A, voisin immédiat du terrain d'assiette, a demandé au maire de constater la caducité du permis de construire délivré le 9 novembre 2011 et de procéder au retrait de l'arrêté de transfert du 17 août 2021. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire sur sa demande, ainsi que l'arrêté de transfert du 17 août 2021.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune :

2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. / () "

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a notifié sa requête à la commune de Saint-Denis et à la SARL " APRetCo " par des lettres recommandées avec accusés de réception envoyées le 17 février 2022. Par suite, la commune de Saint-Denis n'est pas fondée à soutenir que la présente requête est irrecevable faute d'avoir été notifiée conformément aux dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable à la date du permis de construire : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de deux ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. / () ". Par dérogation à ces dispositions, en vertu de l'article 2 du décret du 29 décembre 2014 prorogeant le délai de validité des permis de construire, un délai de trois ans s'applique aux autorisations en cours de validité à la date de publication du décret à savoir le 30 décembre 2014. En outre, l'autorisation de transfert d'un permis de construire est subordonnée à la condition que le permis de construire soit toujours en vigueur à la date à laquelle l'autorité compétente se prononce sur son transfert.

5. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire du 11 août 2011 doit être réputé avoir été notifié au plus tard à la date du 12 mars 2012 à laquelle le maire de Saint-Denis a autorisé son transfert de la SC IPFB à la SCCV Clovis. Il ressort également de ces pièces et notamment des photographies prises durant les années 2018 et 2019, ainsi que du constat d'huissier du 29 octobre 2021, que le terrain d'assiette du projet est une friche naturelle faisant office de parc de stationnement et de décharge à ordures ménagères. Si la SCCV Clovis a déposé le 26 septembre 2014 une déclaration d'ouverture de chantier, que deux tractopelles étaient stationnées sur le terrain en octobre 2021 et que des constructions en tôle ont été édifiées aux abords du terrain, ces seuls éléments ne peuvent suffirent à révéler un commencement d'exécution des travaux autorisés par le permis de construire du 11 août 2011. Par suite, en l'absence de toute contestation utile des bénéficiaires successifs et de la commune de Saint-Denis, il y a lieu de constater que le permis de construire délivré le 11 août 2011 est périmé depuis le 12 mars 2015. Par suite, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le maire a refusé de constater la caducité du permis de construire et de l'arrêté du 17 août 2021 par lequel il a autorisé le transfert du permis de construire au profit de la SARL " APRetCo ".

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme aucun autre moyen n'est susceptible d'entraîner l'annulation des décisions litigieuses.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement n'implique pas le retrait du permis de construire délivré le 9 novembre 2011. En revanche, il implique nécessairement que, comme le demande M. A, le maire de Saint-Denis constate la caducité de ce permis. Il y a lieu d'ordonner cette mesure en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Saint-Denis réclame au titre des frais liés au litige. Il y a lieu, en revanche et dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis le versement d'une somme de 1 500 euros à M. A, au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née du silence gardé par le maire de Saint-Denis sur la demande de M. A tendant à ce qu'il constate la caducité du permis de construire délivré le 9 novembre 2011 à la société civile (SC) IPFB, ainsi que l'arrêté de transfert du 17 août 2021 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Saint-Denis de constater la caducité du permis de construire délivré le 9 novembre 2011 à la société civile (SC) IPFB dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Saint-Denis versera une somme de 1 500 euros à M. A, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Saint-Denis, à la société à responsabilité limitée " APRetCo ", à la société civile de construction vente Clovis et à la société civile IPFB.

Délibéré après l'audience du17 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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