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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200222

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200222

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantKARJANIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés le 21 février 2022, le 20 mars 2023, les 8 et 27 février 2024, M. B A, représenté par Me Karjania, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet opposée à sa réclamation indemnitaire préalable, reçue le 22 octobre 2021 ;

2°) de condamner l'Université de La Réunion à lui payer la somme de 63 037 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices ;

3°) de mettre à la charge de cette université la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa créance n'est pas prescrite en raison de l'interruption de la prescription quadriennale par le recours en excès de pouvoir ayant abouti à l'arrêt de la cour administrative d'appel ;

- toute illégalité étant fautive, l'annulation de la décision du 13 novembre 2015 lui a causé plusieurs préjudices, tels que les frais engendrés par une nouvelle inscription à l'institut d'études judiciaires, un préjudice moral et une perte de revenus en qualité d'avocat.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2022, l'Université de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont prescrites ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- le jugement n°1501322 du 26 octobre 2017 du tribunal de La Réunion ;

- l'arrêt n°16BX03813 du 1er décembre 2016 de la cour administrative d'appel de Bordeaux ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 septembre 2024 :

- le rapport de M. Duvanel,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- et les observations de M. A ainsi que celles de Mme C pour l'Université de La Réunion.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A s'est, au titre de l'année 2015, présenté aux épreuves de l'examen d'entrée au centre régional de formation professionnelle des avocats (CRFPA) et a passé les épreuves d'admissibilité et d'admission organisées par l'institut d'études judiciaires (IEJ) de l'Université de La Réunion. Ayant obtenu une note générale de 133,5 sur 280, il n'a pas été admis. Par un arrêt n° 16BX03813 du 1er décembre 2016, la cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté l'appel formé par l'Université de la Réunion contre le jugement n° 1501322 du 26 octobre 2017 par lequel le tribunal administratif de La Réunion a annulé la délibération du jury du 13 novembre 2015 déclarant ce candidat ajourné. Par un courrier reçu le 22 octobre 2021, M. A a formé auprès de l'université une demande préalable indemnitaire, à laquelle il n'a pas été donné suite. Par la présente requête, M. A demande la condamnation de l'Université de La Réunion à lui verser la somme de 63 037 euros en réparation de l'ensemble des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'irrégularité de la décision d'ajournement.

Sur l'étendue du litige :

2. Si M. A sollicite également l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire adressée préalablement à la saisine du juge, cette décision, en l'absence de laquelle la requête indemnitaire aurait été irrecevable, a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de ses conclusions indemnitaires. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur les droits du requérant à percevoir la somme globale réclamée, les conclusions de la requête doivent être regardées comme tendant exclusivement à la condamnation de l'Université de La Réunion à lui verser cette somme.

Sur l'exception de prescription quadriennale :

3. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes () toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis / Sont prescrites dans le même délai () les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public. " Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance. / () Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ".

4. M. A demande la condamnation de l'Université de La Réunion à l'indemniser du préjudice qui aurait résulté pour lui de l'illégalité de la décision du 13 novembre 2015. A supposer établie l'existence des droits dont il se prévaut, ceux-ci auraient été acquis en 2015, année au cours de laquelle est intervenue la décision mentionnée ci-dessus. Le délai de prescription quadriennale, interrompu par le recours juridictionnel formé contre la délibération du 13 novembre 2015, a commencé de nouveau à courir, en application des dispositions précitées de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968, à compter du 1er janvier 2019, année suivant celle au cours de laquelle la décision de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 26 octobre 2017, ayant annulé la décision d'ajournement, est passée en force de chose jugée par l'application combinée des articles R. 821-1, R. 821-2, R. 811-5 et R. 421-7 du code de justice administrative. Or M. A a présente une demande indemnitaire préalable le 22 octobre 2021. Il s'ensuit que le délai de prescription quadriennale de la créance dont l'Université de La Réunion se prévaut n'ayant pas atteint son terme, l'exception de prescription ne saurait, dès lors, être accueillie.

Sur la faute de l'université :

5. Par l'arrêt susvisé du 26 octobre 2017, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé la décision d'ajournement du 13 novembre 2015 en ce que sept personnes composaient le jury lors de l'épreuve portant sur la protection des libertés et des droits fondamentaux dite " grand oral ", alors que l'article 53 du décret du 27 novembre 1991 organisant la profession d'avocat prévoit seulement la présence de trois examinateurs. Toute décision illégale étant fautive, la responsabilité de l'Université de La Réunion se trouve engagée à l'égard de M. A pour ce motif.

Sur le lien de causalité et les préjudices :

6. Il résulte de l'instruction que M. A avait, lors des résultats proclamés le 13 novembre 2015, une moyenne individuelle de 9,53 sur 20, inférieure au seuil requis de 10 sur 20, compte tenu notamment de la note de 6,5 sur 20 retenue pour le " grand oral ", dont la note est affectée d'un coefficient 3. Dès lors, ce n'est qu'avec une note minimale de 8,75 sur 20 à cette épreuve qu'il aurait été déclaré admis au CRFPA. Or le requérant ne produit pas les résultats qu'il a obtenus lors de ses études de droit ni ceux obtenus pour l'obtention du certificat d'aptitude à la profession d'avocat (CAPA). Il résulte par ailleurs de l'instruction que, lors de la session 2016 du CRFPA, M. A n'a été admis que 15e sur les 19 candidats admissibles. Dès lors, M. A ne démontre pas que la composition illégale du jury, dont il n'est pas contesté qu'elle a concerné l'ensemble des candidats, l'aurait privé d'une chance sérieuse d'être déclaré admis.

7. Il résulte de ce qui précède que le requérant ne peut prétendre à l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de cette illégalité.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Université de La Réunion une somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au président de l'Université de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Duvanel, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le rapporteur,

F. DUVANEL

Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au ministre chargé de l'enseignement supérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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