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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200233

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200233

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200233
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCAUCHEPIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Moellonnage Bâtiments Travaux Publics (MBTP), représentée par Me Cauchepin, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté pris le 21 décembre 2021 par lequel le préfet de La Réunion a prononcé à son encontre une amende administrative d'un montant de 15 000 euros et une astreinte journalière d'un montant de 500 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire le montant de l'amende et de l'astreinte à de plus justes proportions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement en ce que l'amende administrative ne pouvait être prononcée plus de trois ans après le constat des premiers manquements ;

- il méconnaît ces mêmes dispositions en ce que les montants de l'amende et de l'astreinte prononcées sont disproportionnés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SARL MBTP ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 septembre 2024 :

- le rapport de M. Duvanel, premier conseiller,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- et les observations de Me Cauchepin pour la SARL MBTP.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Moellonnage Bâtiments Travaux Publics (MBTP) exerçait une activité de concassage sur les parcelles cadastrées AI n° 4 et 977, devenues 1538 et 1540, sur le territoire de la commune de Saint-André. Le 18 octobre 2016, les agents de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL) de La Réunion y ont constaté des matériaux à la provenance inconnue et de nombreux déchets. Par un arrêté du 13 janvier 2017, le préfet de La Réunion a mis en demeure l'exploitant de régulariser sa situation administrative et de procéder à la mise à l'arrêt définitif de ses installations, ainsi qu'à la remise en état du site. A la suite d'un nouveau rapport de la DEAL, faisant état de l'inadéquation du régime déclaratif de la SARL MBTP à la nature des déchets stockés, le préfet de La Réunion a pris le 21 octobre 2019 un nouvel arrêté par lequel il a enjoint à l'exploitant de procéder à la mise à l'arrêt définitif de son activité, au démantèlement et à la suppression des installations classées pour la protection de l'environnement présentes sur le site, dans un délai maximal de trois mois. En l'absence d'exécution des précédentes mises en demeure et à la suite de nouvelles constatations de la DEAL en date du 29 avril 2021, le préfet, en vertu d'un arrêté du 21 décembre 2021 dont la société requérante demande l'annulation, a d'une part prononcé une amende administrative d'un montant de 15 000 euros pour non-respect de la mise en demeure du 21 octobre 2019, et d'autre part prononcé une astreinte journalière d'un montant de 500 euros.

2. Aux termes du II de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté contesté : " S'il n'a pas été déféré à la mise en demeure à l'expiration du délai imparti, ou si la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification est rejetée, ou s'il est fait opposition à la déclaration, l'autorité administrative ordonne la fermeture ou la suppression des installations ou ouvrages, la cessation de l'utilisation ou la destruction des objets ou dispositifs, la cessation définitive des travaux, opérations, activités ou aménagements et la remise des lieux dans un état ne portant pas préjudice aux intérêts protégés par le présent code. / Elle peut faire application du II de l'article L. 171-8 aux fins d'obtenir l'exécution de cette décision ". Selon ces dernières dispositions, " Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré () aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : / () / 4° Ordonner le paiement d'une amende administrative au plus égale à 15 000 €, recouvrée comme en matière de créances de l'Etat étrangères à l'impôt et au domaine, et une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de la mise en demeure ou de la mesure ordonnée. Les deuxième et dernier alinéas du même 1° s'appliquent à l'astreinte. / Les amendes et les astreintes sont proportionnées à la gravité des manquements constatés et tiennent compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement. / L'amende ne peut être prononcée au-delà d'un délai de trois ans à compter de la constatation des manquements () ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par un arrêté n° 2019-3291 du 21 octobre 2019, le préfet de La Réunion a, ainsi qu'il a été dit au point 1, ordonné la mise à l'arrêt définitif, le démantèlement et la suppression des installations classées pour la protection de l'environnement exploitées par la SARL MBTP chemin Bel Ombre à Saint-André. L'inspection des installations classées a constaté le non-respect de ces prescriptions lors de son contrôle effectué sur place le 29 avril 2021. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué, daté du 21 décembre 2021, prononce une amende en méconnaissance des dispositions précitées du II de l'article L. 171-8 du code de l'environnement manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 171-8 du code de l'environnement que la fixation du montant des amendes et astreintes est proportionnée à la gravité des manquements constatés et tient compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement. En application de ces mêmes dispositions, l'amende prononcée peut s'élever jusqu'à 15 000 euros, et l'astreinte journalière jusqu'à 1 500 euros.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le site litigieux a fait l'objet d'un premier contrôle inopiné le 18 octobre 2016, l'agent de la DEAL constatant dès cette date la présence de nombreux déchets polluants, en dehors de toute autorisation à cette fin, ainsi que la réalisation d'opérations de maintenance de pelles hydrauliques hors de toute aire de rétention et sans mesure de protection des sols et des eaux souterraines. Ce rapport a conduit le préfet de La Réunion à prendre un premier arrêté le 13 janvier 2017, imposant à la SARL MBTP de régulariser sa situation administrative dans un délai de deux mois et, dans l'attente, de suspendre ses activités sur le site, l'exploitant ne pouvant y apporter de nouveaux déchets. Cependant, un nouveau contrôle réalisé le 30 août 2019, soit plus de deux années après le précédent arrêté, permettait de constater l'accroissement de la quantité de déchets, dont certains potentiellement dangereux (batteries, fûts d'huile, pneus usagés, cuve à gasoil, véhicules), l'approvisionnement en fluides des différents engins de chantier sur place se faisant toujours en dehors de toute mesure destinée à protéger l'environnement. C'est dans ces conditions que le préfet de La Réunion, prenant acte du non-respect de sa précédente décision, a pris l'arrêté du 21 octobre 2019 enjoignant la SARL MBTP à démanteler et supprimer les installations classées présentes sur le site et à remettre celui-ci en état dans un délai de trois mois. Pour autant, un nouveau contrôle effectué le 29 avril 2021 permettait de vérifier qu'aucune des injonctions contenues dans l'arrêté du 21 octobre 2019 n'avait, un an et demi après sa notification, été respectée.

6. Pour sa part, la SARL MBTP, qui ne conteste pas la réalité des constatations réalisées à plusieurs reprises par la DEAL, fait valoir qu'elle a rapidement arrêté son activité de concassage, mais a continué d'utiliser ces parcelles pour stocker matériel et engins de chantier dans l'attente de trouver et d'aménager un autre terrain, signant à cet effet un compromis de bail à construction, dès le 25 janvier 2018, et créant une société civile immobilière (SCI) par acte notarié du 6 avril 2018, SCI à l'origine d'une demande de permis de construire en mars 2019, permis délivré le 29 mai 2019. Un bail à construction a finalement pu être signé les 20 et 30 août 2021, projetant la construction d'un " hangar destiné à son activité de travaux public[s] et maçonnerie ".

7. Or, d'une part, et contrairement à ce qu'affirme la SARL MBTP, elle n'a pas, dès l'arrêté du 13 janvier 2017, utilisé le site litigieux pour le seul entreposage du matériel et des engins de chantier puisqu'il ressort du rapport établi en 2019 que l'installation de concassage était toujours présente et, aux dires mêmes du représentant de la société présent lors du contrôle, des apports de matériaux y étaient quotidiennement réalisés. D'autre part, s'il est vrai que la SARL MBTP a mis en œuvre, dans les mois suivant directement le premier contrôle de la DEAL, des démarches en vue de déplacer son site d'exploitation, notamment en obtenant dès le 4 mai 2017 un avis favorable de la commission du développement économique relatif à son projet de " mener à bien un projet d'installation de son atelier et de ses bureaux pour activité de travaux publics au sein de la zone d'activité de Paniandy, sur la commune de Bras-Panon ", il n'est pas sérieusement contestable qu'elle a, pour l'ensemble des démarches subséquentes, pris un retard sans commune mesure avec les délais imposés par l'autorité préfectorale, notamment en laissant s'écouler deux années entre l'obtention d'un permis de construire et la signature d'un bail à construction. Compte tenu de cette inertie pendant une période de plus de cinq années, du nombre de manquements constatés, de l'aggravation de certains de ces manquements et de l'importance du trouble causé à l'environnement, l'invocation par la SARL MBTP de sa " bonne foi " ne suffit pas pour caractériser une disproportion justifiant, à la date du présent jugement, que le juge se substitue à l'autorité administrative pour réformer les sanctions en litige en réduisant le montant de l'amende et de l'astreinte journalière comme le demande la société requérante.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la SARL MBTP tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2021 du préfet de La Réunion doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions tendant au règlement des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL MBTP est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Moellonnage Bâtiments Travaux Publics et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Duvanel, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. DUVANEL

Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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