mercredi 23 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200282 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | RABEARISON VALÉRIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 février 2022 et le 24 mars 2022, Mme B E, représentée par Me Rabearison, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions, contenues dans l'arrêté n° 2021/138 du 13 décembre 2021, par lesquelles le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer le titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qu'elle sollicitait et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de La Réunion, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous les mêmes conditions d'astreinte et de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la signataire des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français n'a pas reçu de délégation pour ce faire ;
- ces décisions sont entachées d'erreur de droit au regard de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'instruction ministérielle du 23 décembre 2021 et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2022.
Par un mémoire enregistré le 20 mai 2022, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Une ordonnance du 30 août 2022 a porté clôture immédiate de l'instruction en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Rabearison,
- le préfet de La Réunion n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante malgache née le 2 juillet 1991, s'est mariée avec M. C, ressortissant français, à Madagascar le 13 juillet 2018, cette union ayant été retranscrite sur les registres d'état civil français. Elle est entrée sur le territoire national le 15 octobre 2020 sous couvert d'un visa long séjour en qualité de conjointe de français, valable du 2 mars 2020 au 3 mars 2021. Le 15 février 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en faisant valoir la rupture de la communauté de vie du fait de violences conjugales subies de la part de son époux. Par un arrêté du 13 décembre 2021, le préfet de La Réunion a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Mme E demande l'annulation des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français contenues dans cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Par un arrêté n° 1732 du 1er septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de La Réunion a donné délégation à Mme Régine Pam, secrétaire générale de la préfecture de La Réunion, à l'effet de signer l'ensemble des actes relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'un certain nombre d'actes dont ne font pas partie les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de ces décisions doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 423-3 du même code : " Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales () ". Ces dispositions créent un droit particulier au séjour au profit d'un conjoint de ressortissant français, en raison de violences conjugales ou familiales ayant conduit à la rupture de la vie commune. Dans ce cas, le renouvellement du titre de séjour d'un étranger conjoint de ressortissant français n'est pas conditionné au maintien de la vie commune.
4. L'arrêté contesté cite les articles L. 423-1 et L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se fonde sur un dépôt de plainte du 6 novembre 2020 de Mme E, une ordonnance de non conciliation du 7 juillet 2021 et les déclarations de l'intéressée pour considérer qu'elle n'était plus en mesure de justifier d'une communauté de vie avec son époux dix-sept jours après son entrée en France et indique que si elle a déposé plainte contre son époux pour violences conjugales, un classement sans suite a été prononcé par le procureur de la République du tribunal judiciaire de Saint-Denis de La Réunion au motif que l'infraction était insuffisamment caractérisée. Dans ces conditions, quoique l'arrêté litigieux, qui a pris en considération les faits de violences conjugales dont la requérante se disait victime, mentionne seulement, pour écarter la matérialité des violences alléguées, le classement sans suite de la plainte par le procureur de la République, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de La Réunion se serait à tort crû en situation de compétence liée par ce classement sans suite pour rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme E sur le fondement des dispositions des articles L. 423-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent. A cet égard, la requérante ne peut utilement se prévaloir de l'instruction du 23 décembre 2021 du ministère de l'intérieur relative à la délivrance des titres pour les victimes de violences conjugales et familiales qui est dépourvue de caractère impératif. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, dès lors, être écarté.
5. Mme E soutient que la rupture de la vie commune est imputable à des faits de violences conjugales commises par son conjoint. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a porté plainte pour de telles violences et viol le 6 novembre 2020 et que cette plainte a été classée sans suite pour infraction insuffisamment caractérisée le 31 mai 2021, de même qu'une autre plainte pour appels téléphoniques malveillants du 13 mai 2021. Si Mme E produit, notamment, un certificat médical du 3 novembre 2020 du docteur D retenant une incapacité temporaire totale de dix jours en raison d'une anxiété aiguë, d'une attitude antalgique et d'une douleur rachidienne, une note psychologique du 3 mars 2021 du collectif pour l'élimination des violences intrafamiliales, une attestation du 25 février 2022 de prise en charge régulière par ce même organisme à compter du 11 février 2021 et des captures d'écran de messages supprimés d'un réseau social par son époux, ces éléments ne suffisent pas à établir que la cessation de la vie commune, intervenue dix-sept jours seulement après l'arrivée de Mme E sur le territoire français, serait imputable aux violences conjugales alléguées, alors qu'en outre son époux est à l'initiative, dès le 20 novembre 2020, de la requête en divorce qui a abouti à une ordonnance de non conciliation du 7 juillet 2021 du juge aux affaires familiales et avait adressé parallèlement au service des étrangers de la préfecture de La Réunion une demande de rapatriement de son épouse à Madagascar en raison de problèmes intraconjugaux. Il suit de là que la décision de refus de renouvellement de titre de séjour prise par le préfet de La Réunion n'est pas entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de la requérante au regard des conditions d'application de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Mme E, est entrée à La Réunion le 15 octobre 2020, à l'âge de 29 ans. Quoiqu'il ressorte des pièces du dossier qu'elle y travaille depuis le 1er septembre 2021, sous couvert d'un contrat à durée déterminée renouvelé jusqu'en février 2022, sa présence en France est récente et Mme E n'y dispose d'aucune attache familiale autre que son époux dont elle s'est séparée dès le mois de novembre 2020. Elle n'établit pas, ni même n'allègue, être dépourvue d'attaches à Madagascar où elle a vécu l'essentiel de son existence. Dans ces conditions, la décision de refus de renouvellement de titre de séjour attaquée n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Les moyens tiré de l'erreur de droit, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui renvoient, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, à ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de renouvellement du titre de séjour sollicité, doivent être écartés, ainsi que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision de refus de renouvellement du séjour, pour les mêmes motifs que précédemment.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme E à fin d'annulation des deux décisions attaquées doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E n'appelle aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent, dès lors, pareillement qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme à verser au conseil de la requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 23 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
- Mme Khater, présidente,
- M. Biget, premier conseiller,
- M. Banvillet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.
Le rapporteur,
O. A
La présidente,
A. KHATER
La greffière,
J. BELENFANT
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
Le greffier,
J. BELENFANTjb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026