mercredi 27 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200290 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre bis |
| Avocat requérant | SCP MOREAU-NASSAR-HAN KWAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 27 février, le 9 novembre et 28 novembre 2022, l'association " One Voice ", représentée par Me Moreau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2022 par lequel le préfet de La Réunion a fixé les périodes d'ouverture et de fermeture de la chasse dans le département de La Réunion pour la saison cynégétique 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure lié à l'insuffisance de la consultation publique organisée sur le fondement des dispositions de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement en ce que la note explicative mise à disposition du public est insuffisamment détaillée et que le préfet n'a pas pris en compte les observations et propositions du public ainsi que le révèle l'absence de publication de synthèse de ces observations ;
- il est entaché d'un vice de procédure en ce que le préfet ne démontre pas avoir convoqué les membres de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage dans le délai, prévu à l'article R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration, et leur avoir transmis les informations adéquates ;
- l'arrêté méconnaît le principe de précaution et d'utilisation durable énoncé par l'article 6 de la Charte de l'environnement, et mis en œuvre par les articles L. 110-1, L. 110-2, L. 420-1 et L. 420-2 du code de l'environnement, dès lors qu'il a ouvert la chasse au tangue sans disposer d'aucune estimation fiable de la population à l'échelle locale, alors même qu'il apparaît que cette population est d'ores-et-déjà en déclin et qu'elle subit une contrainte excessive du fait des actes de braconnage ;
- il méconnaît l'article R. 425-5 du code de l'environnement qui interdit les périodes de vènerie sous terre après le 15 janvier, dès lors que, telle qu'elle est pratiquée à La Réunion, la chasse au tangue s'apparente à une telle chasse puisque les tangues sont débusqués à l'aide de chiens, puis déterrés et attrapés vivants ;
- l'arrêté litigieux, tout comme l'article R. 424-12 du code de l'environnement pour l'application duquel il intervient et qui autorise l'ouverture de la chasse au tangue à compter du 15 févier, méconnaissent les dispositions de l'article L. 424-10 du même code qui interdisent de détruire les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée, dès lors qu'il est établi que la présence au terrier des petits de tangue dure jusqu'à cinquante-cinq jours après leur naissance qui intervient de novembre à janvier et peut même aller jusqu'à mars.
Par des mémoires en intervention enregistrés les 21 mars et 21 novembre 2022, la fédération départementale des chasseurs de La Réunion, représentée par Me Antelme, conclut dans le dernier état de ses écritures, à titre principal au non-lieu de statuer sur les conclusions de la requête et à titre subsidiaire au rejet de la requête et, en tout état de cause, à ce que soit mis à la charge de l'association requérante la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est dépourvue d'objet dès lors que l'arrêté litigieux a produit tous ses effets ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2022, le préfet de La Réunion, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte de l'environnement ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- et les observations de Me Antelme, représentant de la fédération départementale des chasseurs de La Réunion.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 13 janvier 2022 le préfet de La Réunion a fixé les périodes d'ouverture et de fermeture de la chasse dans le département de La Réunion pour la saison cynégétique 2022 en ce qui concerne un certain nombre de gibiers, tels que le cerf de Java, le lièvre à collier noir et le petit gibier à plumes du 1er janvier au 31 décembre 2022. Par la présente requête, l'association " One Voice " demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'étendue du litige :
2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux autorise également la chasse du tenrec ecaudatus, plus connu sous le nom de hérisson malgache ou tangue, sur la période du 16 février au 13 avril. Les moyens de la requête ne concernant que la chasse à ce petit mammifère, l'association requérante doit être regardée comme demandant uniquement l'annulation de l'arrêté préfectoral en tant qu'il autorise la chasse au tangue.
Sur l'intervention de la fédération départementale des chasseurs de La Réunion :
3. La fédération départementale des chasseurs de La Réunion a intérêt au maintien de l'arrêté litigieux. Par suite, son intervention est admise.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
4. La circonstance que l'arrêté litigieux n'est plus applicable à la date du présent jugement n'a pas pour effet de priver le litige de son objet. Par suite, la fédération départementale des chasseurs de La Réunion n'est pas fondée à soutenir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 7 de la Charte de l'environnement : " Toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi, d'accéder aux informations relatives à l'environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l'élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l'environnement. ". Aux termes de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement : " I.- Le présent article définit les conditions et limites dans lesquelles le principe de participation du public, prévu à l'article 7 de la Charte de l'environnement, est applicable aux décisions, autres que les décisions individuelles, des autorités publiques ayant une incidence sur l'environnement lorsque celles-ci ne sont pas soumises, par les dispositions législatives qui leur sont applicables, à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration. / () / Ne sont pas regardées comme ayant une incidence sur l'environnement les décisions qui ont sur ce dernier un effet indirect ou non significatif. II.- Sous réserve des dispositions de l'article L. 123-19-6, le projet d'une décision mentionnée au I, accompagné d'une note de présentation précisant notamment le contexte et les objectifs de ce projet, est mis à disposition du public par voie électronique et, sur demande présentée dans des conditions prévues par décret, mis en consultation sur support papier dans les préfectures et les sous-préfectures en ce qui concerne les décisions des autorités de l'Etat, y compris les autorités administratives indépendantes, et des établissements publics de l'Etat, ou au siège de l'autorité en ce qui concerne les décisions des autres autorités. Lorsque le volume ou les caractéristiques du projet de décision ne permettent pas sa mise à disposition par voie électronique, la note de présentation précise les lieux et horaires où l'intégralité du projet peut être consultée. "
6. Il ressort des pièces du dossier qu'une note de présentation ainsi que le projet d'arrêté en litige ont été mis à disposition du public sur les sites internet de la préfecture et de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement de La Réunion entre le 17 décembre 2021 et le 7 janvier 2022. Cette note de présentation se borne à indiquer que le projet d'arrêté fixe les périodes d'ouverture et de fermeture, ainsi que " certaines modalités spécifiques ", de la chasse pour les différentes espèces de gibier autorisées à être chassées. Cette note précise que la fixation de la période d'ouverture et de fermeture de la chasse est définie " en conformité avec les textes réglementaires nationaux ". Ainsi, cette note, particulièrement sommaire, si elle mentionne l'objet du projet d'arrêté en paraphrasant son titre, ne précise pas son objectif à savoir autoriser la chasse de certaines espèces durant une période délimitée dans un but de régulation des espèces chassables et dans le respect des intérêts énoncés à l'article L. 420-1 du code de l'environnement. En outre, cette note n'apporte aucun élément relatif au contexte du projet. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que le tangue est une espèce qui ne fait pas l'objet d'une protection particulière au niveau national et international, qu'elle n'est pas endémique de La Réunion, qu'elle est potentiellement envahissante en l'absence de régulation et peut être vecteur de certaines maladies comme la leptospirose et la salmonellose. Toutefois, à La Réunion, les campagnes de chasse montrent depuis 2016 une baisse importante de l'ordre de 38% du nombre tangues prélevés malgré un meilleur retour des carnets de chasse par les chasseurs licenciés, permettant une évaluation des prélèvements, et un nombre d'actions de chasse en augmentation. Le projet d'arrêté litigieux ne comporte pas lui-même de précision sur son contexte et ses objectifs. Dans ces conditions, le public a été privé d'une garantie. Par suite, l'arrêté du 13 janvier 2022 a été pris à la suite d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions précitées du code de l'environnement.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 424-10 du code de l'environnement : " (). Il est interdit de détruire, d'enlever, de vendre, d'acheter et de transporter les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée, sous réserve des dispositions relatives aux animaux susceptibles d'occasionner des dégâts. ". Aux termes de l'article R. 424-12 du même code : " Dans le département de La Réunion, les périodes de chasse doivent être comprises entre les dates suivantes : () Tangue / Date d'ouverture spécifique au plus tôt le : 15 février / Date de clôture spécifique au plus tard le : 15 avril ".
8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport de décembre 2022 intitulé " Rythmes d'activités du Tangue à La Réunion " établi par la fédération départementale, l'Office français de la biodiversité et un enseignant-chercheur de l'université de La Réunion, que la gestation de la femelle tangue est de soixante jours, que le pic des naissances des tangues de La Réunion se situe au mois de janvier et que les nouveaux nés, qui restent dans le terrier pendant les vingt premiers jours de vie, sont sevrés approximativement cinquante-cinq jours après leur naissance. Il résulte de ces éléments qu'en application de l'article R. 424-12 du code de l'environnement la chasse au tangue peut actuellement être autorisée, notamment du 15 février au 15 mars, à une période durant laquelle de nombreuses femelles sont encore en gestation et de nombreux petits tangues ne sont pas encore sevrés. Si à l'instance, la fédération des chasseurs de La Réunion fait valoir que les chasseurs ont pour pratique de ne pas prélever les femelles pleines et les tangues non sevrés, cette circonstance n'apparaît pas suffisante pour assurer une protection adéquate des portées à l'intégrité desquelles peuvent porter atteinte les chiens de chasse ainsi que l'action de déterrage manuel du chasseur. En outre, cet engagement de la fédération des chasseurs ne fait pas obstacle au prélèvement d'une mère tangue de petits non-sevrés. Ainsi, en habilitant le préfet de La Réunion à autoriser la chasse au tangue entre le 15 février et le 15 mars, l'article R. 424-12 du code de l'environnement méconnaît l'objectif fixé par l'article L. 424-10 du code de l'environnement lequel s'applique à cette espèce, dès lors qu'elle ne fait pas l'objet d'une règlementation particulière au titre des espèces nuisibles. Il s'ensuit que l'arrêté litigieux est fondé sur des dispositions du code de l'environnement illégales en tant qu'elles autorisent le préfet de La Réunion à ouvrir la chasse sur la période du 15 février au 15 mars. En revanche, au regard des rythmes d'activités du tangue tels que décrits précédemment, en autorisant une ouverture possible de la chasse au tangue entre le 15 mars et le 15 avril, l'article R. 424-12 du code n'apparaît pas contraire à la règle énoncée à l'article L. 424-10 du même code.
9. Les dispositions de l'arrêté litigieux relatives au tangue sont divisibles du reste de l'arrêté. Ainsi, il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'association " One Voice " est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 janvier 2022 en tant qu'il autorise la chasse au tangue.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la fédération des chasseurs de La Réunion réclame au titre des frais liés au litige. En tout état de cause, la fédération des chasseurs de La Réunion, en tant qu'intervenant volontaire en défense, n'a pas la qualité de partie au litige.
11. Il y a lieu, en revanche et dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à l'association, au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de la fédération départementale des chasseurs de La Réunion est admise.
Article 2 : L'arrêté du préfet de La Réunion du 13 janvier 2022 est annulé en tant seulement qu'il autorise la chasse au tangue.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à l'association " One Voice ", au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la fédération départementale des chasseurs de La Réunion présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association " One Voice " et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de La Réunion et à la fédération des chasseurs de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 27 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Felsenheld, premier conseiller,
- Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2023.
Le rapporteur,Le président,
R. FELSENHELDCh. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026