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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200315

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200315

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantKARJANIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés les 3 mars, 29 juin, 29 août 2022 et le 9 avril 2024, M. D B, représenté par Me Karjania, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision de rejet née du silence gardé par la directrice de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de La Réunion sur ses courriers des 23 et 29 novembre 2021, tendant à l'annulation de la validation, le 8 décembre 2021, de la session d'examen du titre professionnel " conducteur travaux - bâtiment génie civil " ;

2°) d'enjoindre à la direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de La Réunion de convoquer les candidats à une nouvelle session d'examen en respectant la règlementation en vigueur ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler la session de novembre 2021 de l'examen du titre professionnel de conducteur de travaux du bâtiment et du génie civil, en ce qui le concerne, et d'enjoindre la direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de La Réunion de le convoquer à une nouvelle session d'examen en respectant la règlementation en vigueur ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive, dès lors qu'elle est dirigée contre la décision implicite de refus opposée à sa réclamation, et non directement contre la notification des résultats, et qu'en tout état de cause le délai de recours de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ne lui est pas opposable ;

- il n'est pas démontré que le responsable de la session ait été désigné à cette fin ;

- il a tardivement été convoqué à la session d'examen ;

- les plis contenant les sujets de l'épreuve du 22 novembre 2021 n'étaient pas cachetés et aucun candidat n'a été sollicité par le responsable de session pour le vérifier ;

- le plateau technique ne respectait pas les prescriptions du référentiel d'évaluation ;

- la mise à disposition d'un ordinateur muni d'une connexion à internet a entraîné une rupture d'égalité entre les candidats ;

- il n'a pas bénéficié de cours suffisants préalablement à la session d'examen, en raison d'un arrêt-maladie et de l'annulation de certains cours.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 juin et 11 août 2022, la directrice de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 21 juillet 2016 portant règlement général des sessions d'examen pour l'obtention du titre professionnel du ministère chargé de l'emploi

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 septembre 2024.

- le rapport de M. Duvanel, premier conseiller,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- et les observations de Me Karjania pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B a suivi une formation dispensée par la chambre de commerce et d'industrie de La Réunion pour l'acquisition du titre professionnel de conducteur de travaux du bâtiment et du génie civil. Il s'est rendu le 22 novembre 2021 à l'épreuve d'étude de cas. Par un courrier électronique du 23 novembre 2021 et un courrier recommandé reçu le 29 novembre 2021, il a demandé à la directrice de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de La Réunion d'annuler la session d'examen en raison de plusieurs irrégularités.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 2 du règlement annexé à l'arrêté du 21 juillet 2016 portant règlement général des sessions d'examen pour l'obtention du titre professionnel du ministère chargé de l'emploi : " Préalablement à la tenue de chaque session d'examen, le responsable de session dûment désigné dans la demande d'agrément, s'assure que les conditions matérielles du déroulement des épreuves définies dans le référentiel de certification sont mises à disposition du jury et des candidats () ".

3. Si M. B allègue qu'aucune pièce ne tend à démontrer que M. C A, organisateur effectif de la session en litige, ait effectivement été désigné comme le responsable de session, cette circonstance, à la supposer avérée, ne saurait à elle seule, au regard des missions qui étaient imparties à ce responsable en application du règlement général de la session d'examens rappelées au point précédent, constituer une irrégularité. En outre, le requérant ne soutient ni n'allègue que cette circonstance aurait eu une incidence sur les conditions d'organisation des épreuves subies ce jour-là ainsi que sur leur déroulement. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité dans la désignation du responsable de session doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2.2 du règlement annexé à l'arrêté du 21 juillet 2016 portant règlement général des sessions d'examen pour l'obtention du titre professionnel du ministère chargé de l'emploi et relatif à la convocation des candidats aux sessions d'examen : " Le centre agréé inscrit à la session d'examen les candidats définis à l'article 4 de l'arrêté du 22 décembre 2015 relatif aux conditions de délivrance du titre professionnel du ministère chargé de l'emploi. / Le centre agréé porte à leur connaissance le lieu, la date, l'heure et la nature des épreuves, par lettre remise en mains propres contre décharge ou par lettre recommandée avec AR et, par voie d'affichage sur le site d'examen. La convocation précise que le candidat doit se munir de sa convocation, d'une pièce d'identité et de la tenue professionnelle prévue dans le référentiel de certification. / Ces informations sont communiquées aux candidats au moins un mois avant la tenue des sessions d'examen relatives aux titres professionnels, aux certificats de compétences professionnelles et aux certificats complémentaires de spécialisation. "

5. Il ressort des pièces du dossier que la convocation à la session d'examen en litige a été remise à M. B en mains propres le 10 novembre 2021, soit moins d'un mois avant le début des épreuves, prévu le 22 novembre 2021. Toutefois, cette première épreuve était attendue par M. B, qui s'y était préparé en suivant préalablement une formation idoine. Aussi ce délai de convocation n'a pas privé le requérant d'une garantie ni n'a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière compte tenu du délai dans lequel il a été convoqué aux épreuves doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3.1 du règlement annexé à l'arrêté du 21 juillet 2016 portant règlement général des sessions d'examen pour l'obtention du titre professionnel du ministère chargé de l'emploi : " A l'ouverture des plis, le premier jour de la session d'examen, le responsable de session et un/une candidat(e) inscrit(e) à la session s'assurent que les plis sont cachetés. Dans le cas contraire, la session d'examen est annulée. Le responsable de session consigne cette information dans le procès-verbal. Le responsable de session vérifie que le contenu des plis correspond aux modalités d'évaluation prévues par le référentiel de certification du titre professionnel visé. "

7. Au soutien de son moyen tiré de ce que, lors de l'épreuve du 22 novembre 2021, le responsable de session n'a pas vérifié que les plis contenant les sujets étaient cachetés, et qu'ils ne l'étaient d'ailleurs pas, le requérant produit l'attestation d'un autre candidat selon lequel, " lors de l'examen final, les épreuves n'étaient pas sous pli ". Or l'épreuve d'étude de cas du 22 novembre 2021, dont la régularité est contestée par M. B, ne constituait pas " l'examen final " de cette session, mais au contraire la première épreuve. Ce moyen sera donc écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 2 du règlement annexé à l'arrêté du 21 juillet 2016 portant règlement général des sessions d'examen pour l'obtention du titre professionnel du ministère chargé de l'emploi : " Préalablement à la tenue de chaque session d'examen, le responsable de session dûment désigné dans la demande d'agrément, s'assure que les conditions matérielles du déroulement des épreuves définies dans le référentiel de certification sont mises à disposition du jury et des candidats, à savoir : / - des locaux appropriés pour l'ensemble des épreuves ; des matériaux, matériels, équipements, outils et accessoires nécessaires à la mise en situation professionnelle ; / - les documents requis par le référentiel de certification de chaque spécialité du titre professionnel, servant à l'appréciation des candidats par le jury. "

9. Si M. B soutient que le matériel de bureau et les formats des documents et annexes remis aux candidats n'étaient pas conforme au référentiel d'évaluation du titre professionnel de conducteur de travaux du bâtiment et du génie civil, il n'apporte aucun élément de nature à établir que ces circonstances, à les supposer établies, ont eu une incidence sur l'appréciation portée sur ses compétences, ni qu'elles ont pu entraîner une rupture d'égalité entre les candidats.

10. En cinquième lieu, le référentiel d'évaluation du titre professionnel de conducteur de travaux du bâtiment et du génie civil, produit par le requérant et librement accessible, prévoit en son annexe 1 que le plateau technique d'évaluation comprend, sur la table de chaque candidat, un poste informatique déconnecté de l'internet.

11. Pour justifier d'une rupture d'égalité entre les candidats, M. B soutient que les candidats avaient à leur disposition un ordinateur connecté à l'internet, et produit à cet effet les captures d'écran de deux courriers électroniques qu'il a envoyés au responsable de session à 11h44 et 16h46, soit, du moins pour le premier d'entre eux, durant le temps de l'épreuve d'étude de cas du 22 novembre 2021. Toutefois, aussi regrettable que soit cette circonstance, elle n'est pas, en elle-même, de nature à caractériser une rupture d'égalité devant nécessairement conduire à l'annulation de la session d'examen. Ce moyen sera donc écarté.

12. En sixième et dernier lieu, M. B soutient qu'il n'a pas pleinement bénéficié de la formation destinée à le préparer à la session d'examen en litige, dès lors qu'il a été placé en arrêt-maladie de juin à octobre 2021 et que certains cours ont été annulés, sans être rattrapés, au début du mois de novembre 2021. Or, d'une part, pour voir le tribunal retenir l'irrégularité de cette session d'examen, M. B ne saurait se prévaloir d'une période d'arrêt-maladie qui n'est pas imputable au centre de formation. Au demeurant, il ne justifie pas avoir réclamé, pour combler le retard pris dans le suivi de cette formation, la communication de supports de cours ou une assistance particulière. D'autre part, s'il ressort effectivement des pièces du dossier qu'un cours a été annulé le 2 novembre 2021, en raison de la présence au centre de formation d'un seul stagiaire, cette circonstance ne saurait, à elle-seule, remettre en cause les conditions dans lesquelles s'est déroulée la session d'examen en litige.

13. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant au remboursement des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la ministre du travail et de l'emploi.

Copie en sera adressée pour information à la direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Duvanel, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. DUVANEL

Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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