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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200370

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200370

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire, enregistrés les 11 mars, 4 et 7 mai 2022 et le 12 février 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2021 de la rectrice de l'académie de La Réunion portant avancement au 7ème échelon du grade de professeur des écoles de classe normale en tant qu'il prend effet à compter du 1er mars 2022 à la cadence normale sans report d'ancienneté et non à compter du 1er mars 2021 à la cadence accélérée ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de La Réunion de lui accorder sa promotion d'échelon en accéléré.

Il soutient que :

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l'article 23-3 du décret n°90-680 du 1er août 1990, dès lors qu'il n'a pas pu bénéficier de son premier rendez-vous de carrière ;

- en l'absence de rendez-vous de carrière, l'administration n'a pas pu apprécier sa valeur professionnelle, ce qui lui a fait perdre une chance de bénéficier d'une bonification d'ancienneté d'un an qui lui aurait permis d'être promu au 7ème échelon de son grade au terme de deux ans de carrière, au lieu de trois ans de carrière.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2023, la rectrice de l'académie de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 12 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible d'enjoindre d'office au recteur de l'académie de La Réunion de réexaminer la promotion de M. A au 7ème échelon du grade de professeur des écoles de classe normale après avoir organisé son premier rendez-vous de carrière, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le décret n° 90-680 du 1er août 1990 ;

- l'arrêté du 5 mai 2017 relatif à la mise en œuvre du rendez-vous de carrière des personnels enseignants, d'éducation et de psychologues du ministère chargé de l'éducation nationale ;

- l'arrêté du 13 mai 2020 relatif à l'aménagement des rendez-vous de carrière des personnels enseignants, d'éducation et de psychologues du ministère chargé de l'éducation nationale réalisés au titre de l'année scolaire 2019-2020 du fait de la crise sanitaire née de l'épidémie de covid-19 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Merlus,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de M. A,

- le recteur de l'académie de La Réunion n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, professeur des écoles de classe normale, a été affecté à La Réunion à compter du 1er septembre 2019. Par un arrêté de la rectrice de l'académie de La Réunion du 8 novembre 2021, il a été promu au 7ème échelon de son grade à la cadence normale, à compter du 1er mars 2022. Par la présente requête, il demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 23-3 du décret n°90-680 du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles : " Le professeur des écoles bénéficie de trois rendez-vous de carrière dont l'objectif est d'apprécier la valeur professionnelle des intéressés. Ils ont lieu lorsque au 31 août de l'année scolaire en cours : / 1° Pour le premier rendez-vous, le professeur des écoles est dans la deuxième année du 6e échelon de la classe normale ; () / Pour les professeurs des écoles exerçant une fonction d'enseignement, le rendez-vous de carrière comprend une inspection, un entretien avec l'inspecteur qui a conduit l'inspection. () ". Aux termes de l'article 23-4 du même décret : " Pour les professeurs des écoles mentionnés à l'article précédent, le rendez-vous de carrière donne lieu à l'établissement d'un compte rendu. L'appréciation finale de la valeur professionnelle qui figure au compte rendu est arrêtée par le recteur d'académie. ". Aux termes de l'article 24 de ce décret : " () Le recteur d'académie prononce, pour chaque année scolaire, les promotions des professeurs des écoles. / II.- Les anciennetés détenues dans les 6e et 8e échelons de la classe normale peuvent être bonifiées d'un an. Le recteur d'académie établit dans chaque département, pour chaque année scolaire, d'une part, la liste des professeurs des écoles qui sont dans la deuxième année du 6e échelon de la classe normale, d'autre part, la liste des professeurs des écoles qui justifient d'une ancienneté dans le 8e échelon de la classe normale comprise entre 18 et 30 mois. Le recteur d'académie attribue les bonifications d'ancienneté à hauteur de 30 % de l'effectif des professeurs des écoles inscrits sur chacune de ces deux listes. Pour chaque liste, lorsque le nombre de bonifications attribuées n'est pas un entier, la décimale est ajoutée au nombre calculé au titre de l'année suivante. Le nombre de bonifications attribuées au cours de ces deux années ne peut dépasser 30 % de l'effectif des professeurs des écoles inscrits sur la liste au cours de cette même période. / () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 5 mai 2017 relatif à la mise en œuvre du rendez-vous de carrière des personnels enseignants, d'éducation et de psychologues du ministère chargé de l'éducation nationale : " L'agent est informé individuellement, avant le début des vacances d'été, de la programmation d'un rendez-vous de carrière pour l'année scolaire à venir. Une notice présentant les enjeux et le déroulé du rendez-vous de carrière est jointe à cette information. Le calendrier du rendez- vous de carrière est notifié à l'agent au plus tard quinze jours calendaires avant la date de celui-ci. Ce délai de notification ne peut être compris dans une période de vacance de classe. () ". Et l'article 3 de l'arrêté du 13 mai 2020 relatif à l'aménagement des rendez-vous de carrière des personnels enseignants, d'éducation et de psychologues du ministère chargé de l'éducation nationale réalisés au titre de l'année scolaire 2019-2020 du fait de la crise sanitaire née de l'épidémie de covid-19 prévoit que " Le rendez-vous de carrière () peut être réalisé jusqu'au terme de l'année civile 2020. () ".

3. D'autre part, aux termes du 1. du II. de l'annexe 1 des lignes directrices de gestion de l'académie de La Réunion relatives à la promotion et à la valorisation des parcours des personnels enseignants des premier et second degrés, des personnels d'éducation et des PsyEN, en vigueur le 24 mars 2021 : " Pour l'avancement bonifié (), l'autorité compétente s'appuie sur l'appréciation finale issue des rendez-vous de carrière. ".

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article 23-3 du décret susvisé du 1er août 1990 et de l'article 3 de l'arrêté du 13 mai 2020 que M. A, promu au 6ème échelon du grade de professeur des écoles de classe normale le 1er mars 2018, devait bénéficier de son premier rendez-vous de carrière avant le terme de l'année 2020 dont l'objet est d'apprécier la valeur professionnelle d'un professeur.

5. En l'occurrence, il est constant que M. A n'a pas bénéficié de ce premier rendez-vous de carrière. La rectrice de l'académie de La Réunion fait valoir en défense que lors de l'initialisation de la campagne des rendez-vous de carrière pour l'année 2019-2020, intervenue au mois de juillet 2019, M. A n'a pas pu être identifié parmi les agents éligibles au rendez-vous de carrière au motif qu'il n'était pas affecté à La Réunion à cette date. Toutefois, si l'intéressé a été affecté dans le département à compter du 1er septembre 2019, l'arrêté d'affectation du recteur de l'académie de La Réunion date du 13 mars 2019 et l'administration pouvait toujours l'informer à partir de la rentrée scolaire au mois de septembre, le calendrier de rendez-vous de carrière devant seulement être notifié à l'agent au plus tard quinze jours calendaires avant la date de celui-ci, en application des dispositions précitées de l'article 3 de l'arrêté du 5 mai 2017. En outre, la circonstance invoquée par l'administration qu'elle n'a pas pu organiser son rendez-vous de carrière en raison de la crise sanitaire, malgré l'allongement du délai dans lequel les rendez-vous de carrière doivent être réalisés en application des dispositions précitées de l'article 3 de l'arrêté du 13 mai 2020, n'a aucune incidence sur le non-respect de l'obligation qui lui incombait. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui n'a pas été précédée d'un rendez-vous de carrière, en méconnaissance des dispositions de l'article 23-3 du décret du 1er août 1990, est entachée d'un vice de procédure.

6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. Il résulte des dispositions précitées du 1. du II. de l'annexe 1 des lignes directrices de gestion de l'académie de La Réunion que l'appréciation issue du rendez-vous de carrière est un élément sur lequel l'autorité compétente s'appuie pour apprécier le droit d'un agent à bénéficier d'une bonification d'ancienneté. Au demeurant, si l'administration fait valoir en défense que l'appréciation " très satisfaisant " a quand même été attribuée au requérant malgré l'absence de rendez-vous de carrière, ainsi qu'elle l'a indiqué à M. A dans sa décision de rejet de son recours gracieux du 12 janvier 2022, et qu'une telle appréciation ne l'excluait pas de la possibilité de bénéficier d'une bonification d'ancienneté, il ressort toutefois des pièces du dossier que cette appréciation ne se trouvait pas dans le dossier administratif de l'intéressé. Ainsi, son existence n'est en tout état de cause nullement établie. Dans ces conditions, dès lors que M. A n'a pas bénéficié de son premier rendez-vous de carrière prévu par les dispositions précitées de l'article 23-3 du décret du 1er août 1990 permettant à l'inspecteur de porter une appréciation sur sa valeur professionnelle, laquelle constitue l'élément à partir duquel l'autorité administrative apprécie le droit de l'agent au bénéfice d'une bonification de carrière, ce vice a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision et a privé l'intéressé d'une garantie.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2021 de la rectrice de l'académie de La Réunion portant avancement au 7ème échelon du grade de professeur des écoles de classe normale en tant qu'il prend effet à compter du 1er mars 2022 à la cadence normale et non à compter du 1er mars 2021 à la cadence accélérée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Et aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. "

10. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de toute modification de droit ou de fait, qu'il soit enjoint d'office au recteur de l'académie de La Réunion de réexaminer la promotion de M. A au 7ème échelon du grade de professeur des écoles de classe normale après avoir organisé son premier rendez-vous de carrière, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

11. En revanche, dès lors qu'il n'est pas certain que M. A aurait obtenu la bonification d'ancienneté s'il avait bénéficié d'un rendez-vous de carrière, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant à enjoindre à la rectrice de l'académie de La Réunion de lui accorder sa promotion d'échelon en accéléré.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 novembre 2021 de la rectrice de l'académie de La Réunion portant avancement au 7ème échelon du grade de professeur des écoles de classe normale est annulé en tant qu'il prend effet à compter du 1er mars 2022 à la cadence normale et non à compter du 1er mars 2021 à la cadence accélérée.

Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de La Réunion de réexaminer la promotion de M. A au 7ème échelon du grade de professeur des écoles de classe normale après avoir organisé son premier rendez-vous de carrière, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au recteur de l'académie de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Le Merlus, conseiller,

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 30 avril 2024.

Le rapporteur,

T. LE MERLUS

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports, des jeux olympiques et paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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