lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200420 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ENARD-BAZIRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Colliou, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions implicites de rejet nées du silence gardé par la société Sudéau et par la commune de Saint-Joseph sur ses demandes présentées le 24 janvier 2022 et tendant à la réparation de la fuite à l'origine d'infiltrations d'eau sur le mur moellon jouxtant sa propriété ;
2°) de condamner solidairement la commune de Saint-Joseph et la société Sudéau à lui verser la somme de 15 000 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation de ses préjudices dus aux infiltrations d'eau sur le mur moellon jouxtant sa propriété ;
3°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Joseph ou à la société Sudéau de procéder aux travaux nécessaires à la réparation de la fuite à l'origine des nuisances sur sa propriété et de faire cesser tout désordre susceptible d'affecter sa propriété ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Joseph et de la société Sudéau la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions par lesquelles la commune de Saint-Joseph et la société Sudéau ont refusé de réparer la fuite d'eau sont illégales, dès lors que le maire aurait dû faire usage de ses pouvoirs de police générale, que l'inertie de la commune et de la société porte une atteinte grave à son droit de vivre dans un environnement respectueux de la santé protégé par l'article 1er de la Charte de l'environnement, que le maire aurait dû faire usage de ses pouvoirs de police spéciale de la sécurité et de la salubrité des immeubles, et que la commune a l'obligation d'entretenir les voies communales ;
- la responsabilité pour faute de la commune de Saint-Joseph et de la société Sudéau est engagée du fait de l'illégalité des décisions de refus d'entreprendre les travaux de réparation de la fuite ;
- leur responsabilité pour faute est engagée en raison de la carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police ;
- leur responsabilité pour faute est engagée du fait de leur inaction fautive pendant plus d'un an et demi ;
- la responsabilité sans faute de la société Sudéau est engagée du fait de sa qualité de maître d'ouvrage de la canalisation d'eau à l'origine de la fuite ;
- la responsabilité sans faute de la commune de Saint-Joseph est engagée du fait de sa qualité de maître d'ouvrage du mur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, la commune de Saint-Joseph, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est mal dirigée, dès lors que la gestion de l'eau a été transférée à la communauté d'agglomération du Sud (CASUD) ;
- l'existence d'un préjudice n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, la société Sudéau, représentée par Me Lagourgue, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- sa responsabilité ne peut être engagée dès lors que la fuite se situe sous le chemin communal dans une canalisation d'alimentation d'un lotissement privé, de sorte que seules la commune ou la société propriétaire de la canalisation peuvent intervenir ;
- l'existence d'un préjudice n'est pas établie.
Par une ordonnance du 14 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 octobre 2022.
Une pièce a été transmise par Mme A en août 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A est propriétaire d'un terrain situé au n°10 du chemin Isautier à Saint-Joseph. Depuis octobre 2020, elle fait état d'importantes infiltrations d'eau sur le mur moellon séparant sa propriété du chemin communal. Par deux courriers reçus le 24 janvier 2022, elle a demandé à la commune de Saint-Joseph et à la société par actions simplifiée (SAS) Sudéau, gestionnaire de la production et de la distribution d'eau, d'une part, de procéder aux travaux de réparation de la fuite d'eau dans la canalisation à l'origine de ces infiltrations, et, d'autre part, de lui verser la somme de 15 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de ces infiltrations. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal, d'une part, l'annulation des décisions implicites par lesquelles la commune de Saint-Joseph et la société Sudéau ont refusé de procéder aux travaux, et, d'autre part, de les condamner à l'indemniser et de leur enjoindre de réaliser les travaux de réparation de la fuite.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus de procéder aux travaux :
2. Les conclusions à fin d'indemnisation des dommages résultant de la fuite et d'injonction de procéder aux travaux nécessaires à la réparation de la fuite présentées par la requérante relèvent de l'office du juge du plein contentieux, chargé de l'indemnisation et, le cas échéant, de l'injonction. Les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites de rejet de sa demande de procéder aux travaux revêtent par suite un caractère superfétatoire, et n'appellent pas de réponse distincte.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
Quant à la responsabilité pour faute du fait de l'illégalité des décisions refusant de procéder aux travaux de réparation de la fuite :
3. En premier lieu, il résulte de l'arrêté préfectoral du 30 décembre 2009, et en tout état de cause des articles L. 5216-5 et L. 2224-7 du code général des collectivités territoriales, que la communauté d'agglomération du sud de La Réunion (CASUD) exerce depuis le 1er janvier 2010 la compétence en matière d'eau au lieu et place de la commune de Saint-Joseph. Par suite, à supposer même que la fuite se trouve sur une canalisation publique, il n'appartenait pas à la commune de Saint-Joseph de procéder aux travaux de réparation de la fuite dans la canalisation. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune, par son refus de procéder aux travaux sur la canalisation, aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
4. En second lieu, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision par laquelle la société Sudéau a refusé de réaliser les travaux de réparation de la fuite serait illégale du fait de la carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police générale et spéciale et de l'obligation de la commune d'entretenir les voies communales. En outre, dès lors que l'article 1er de la Charte de l'environnement ne créé, par lui-même, aucun droit invocable par les particuliers, elle n'est pas non plus fondée à soutenir que la décision de la société refusant de procéder aux travaux méconnaitrait cet article. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la société Sudéau, par son refus de procéder à la réparation de la fuite, aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
Quant à la responsabilité pour faute du fait de la carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police :
5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / () / 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, les inondations, les ruptures de digues, les éboulements de terre ou de rochers, les avalanches ou autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties, de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure ; / () ". Aux termes de l'article L. 2212-4 du même code : " En cas de danger grave ou imminent, tel que les accidents naturels prévus au 5° de l'article L. 2212-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances. / () ".
6. Si la requérante fait valoir que les infiltrations sont à l'origine d'eaux stagnantes qui constituent un risque majeur de développement de la dengue et qu'elles risquent d'entraîner l'écroulement du mur moellon, ces risques pour la salubrité et la sécurité publiques ne sont pas suffisamment établis. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le maire de la commune de Saint-Joseph aurait commis une carence fautive en s'abstenant d'exercer les pouvoirs de police qu'il détient des dispositions précitées de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales.
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 2213-24 du code général des collectivités territoriales : " Le maire prescrit la réparation ou la démolition des murs, bâtiments, édifices ou monuments funéraires menaçant ruine dans les conditions prévues au chapitre Ier du titre Ier du livre V du code de la construction et de l'habitation. ".
8. A supposer que la requérante ait entendu soulever la carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police spéciale de sécurité et de salubrité des immeubles, il ne résulte pas de l'instruction que le mur moellon menacerait ruine.
9. En second lieu, la requérante n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité pour faute de la société Sudéau du fait de la carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police.
Quant à la responsabilité pour faute du fait de " l'inaction fautive " de la commune et de la société Sudéau :
10. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que la commune de Saint-Joseph et la société Sudéau auraient, par leur inaction, commis une faute de nature à engager leur responsabilité.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
11. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
12. La circonstance qu'un ouvrage n'appartienne pas à une personne publique ne fait pas obstacle à ce qu'il soit regardé comme une dépendance d'un ouvrage public s'il présente, avec ce dernier, un lien physique ou fonctionnel tel qu'il doive être regardé comme un accessoire indispensable de l'ouvrage.
Quant à l'engagement de la responsabilité sans faute de la société Sudéau :
13. Si la requérante fait valoir que la responsabilité de la société Sudéau est engagée du fait de sa qualité de maître d'ouvrage de la canalisation, il ne résulte pas de l'instruction que cette société serait maître d'ouvrage de cette canalisation. Par suite, la requérante n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité de la société Sudéau sur ce fondement.
Quant à l'engagement de la responsabilité sans faute de la commune :
14. Il n'est pas contesté que le mur moellon, situé entre la propriété de Mme A et le chemin Isautier, constitue un mur de soutènement du chemin Isautier, voirie communale. Dans ces conditions, le mur litigieux constitue un ouvrage public. Toutefois, si Mme A entend engager la responsabilité de la commune de Saint-Joseph en sa qualité de maître d'ouvrage du mur, il résulte de l'instruction, et notamment de l'expertise du 10 juin 2021, que les dommages causés par les infiltrations d'eau ne sont pas liés à l'existence ou au fonctionnement du mur, mais à une fuite dans une canalisation située sous le chemin communal. Par suite, Mme A n'est pas fondée à engager la responsabilité sans faute de la commune en sa qualité de maître d'ouvrage du mur.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'indemnisation présentées par Mme A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que Mme A n'est pas fondée à engager la responsabilité de la commune de Saint-Joseph et de la société Sudéau. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Saint-Joseph et de la société Sudéau, qui n'ont pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
18. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la commune de Saint-Joseph et par la société Sudéau au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 par la commune de Saint-Joseph et par la société Sudéau sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la commune de Saint-Joseph et à la société Sudéau.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Duvanel, premier conseiller,
- Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024
La rapporteure,
J. BEDDELEEM
Le président,
Ch. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
Le greffier,
D. CAZANOVE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026