jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200433 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DUGOUJON & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 31 mars, 14 octobre et 15 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Dugoujon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 février 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a implicitement rejeté sa demande de mutation au centre pénitentiaire de Saint-Pierre ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice de procéder à sa mutation au centre pénitentiaire de Saint-Pierre dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou le cas échéant, de réexaminer sa demande de mutation pour raison thérapeutique ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 60 de la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;
- elle constitue une discrimination fondée sur son état de santé et son handicap.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.
Le Défenseur des droits, en application des dispositions de l'article 33 de la loi organique du 29 mars 2011 relative au Défendeur des droits, a présenté des observations, enregistrées le 8 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi organique n°2011-333 du 29 mars 2011 ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Merlus, conseiller,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- les observations de Me Dugoujon, représentant M. A,
- le garde des sceaux, ministre de la justice, n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux courriers des 24 et 26 novembre 2021, réceptionnés le 6 décembre 2021, M. B A, surveillant pénitentiaire principal affecté au centre pénitentiaire de Domenjod à Saint-Denis, a présenté une demande de changement d'affectation au centre pénitentiaire de Saint-Pierre, commune dans laquelle se trouve son domicile. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction applicable au présent litige et depuis lors codifié aux articles L. 512-18 à L. 512-22 du code général de la fonction publique : " I. - L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. II. - Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées à l'article 62 bis, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée : 1° Au fonctionnaire séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles, ainsi qu'au fonctionnaire séparé pour des raisons professionnelles du partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité s'il produit la preuve qu'ils se soumettent à l'obligation d'imposition commune prévue par le code général des impôts ; 2° Au fonctionnaire en situation de handicap relevant de l'une des catégories mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11 de l'article L. 5212-13 du code du travail () 4° Au fonctionnaire qui justifie du centre de ses intérêts matériels et moraux dans une des collectivités régies par les articles 73 et 74 de la Constitution ou en Nouvelle-Calédonie ; () ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'application de la priorité de mutation dont sont susceptibles de bénéficier certains fonctionnaires en raison de leur situation familiale ou de leur handicap demeure subordonnée à la compatibilité de leur mutation avec l'exigence de bon fonctionnement du service. En outre, un fonctionnaire n'a pas droit à obtenir une mutation du seul fait qu'il l'ait demandé.
4. M. A soutient que son handicap aurait dû lui permettre d'obtenir sa mutation au centre pénitentiaire de Saint-Pierre. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir été victime d'un accident de trajet en mai 2019, qui a été reconnu imputable au service, M. A a obtenu la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du 17 janvier 2019 au 31 décembre 2022. Toutefois, les dispositions précitées de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 ne subordonnent pas la légalité des mutations prononcées au respect absolu d'un régime de priorité. Dès lors, la circonstance que M. A bénéficiait d'un motif de priorité en raison de son handicap n'est pas en elle-même de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée. Au demeurant, afin de prendre en compte sa situation, la direction de l'administration pénitentiaire lui a proposé, par un courrier du 24 février 2022 une reprise à mi-temps thérapeutique, assortie d'une prise en charge de son trajet par un transporteur ainsi que la mise à disposition d'une chambre de passage. Si M. A soutient également être en droit d'obtenir sa mutation au motif que sa conjointe travaille dans le sud de l'île de La Réunion, il résulte des dispositions précitées de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 que la séparation pour raisons professionnelles entre conjoints doit être effective afin que l'agent sollicitant sa mutation sur ce fondement puisse en bénéficier. M. A et sa conjointe résidant dans le même département, il n'est pas fondé à se prévaloir d'un droit au rapprochement de conjoint pour contester la décision attaquée, pas plus qu'il n'est fondé à se prévaloir de la présence du centre de ses intérêts matériels et moraux à La Réunion dès lors qu'il demande sa mutation au sein d'une même collectivité. En outre, le refus de sa demande de changement d'affectation au centre pénitentiaire de Saint-Pierre présentée le 6 décembre 2021 ne s'inscrivant pas dans le cadre du mouvement de mutations au titre de l'année 2020, il ne peut utilement soutenir que sa candidature aurait été dû être préférée à celle des candidats ayant été retenus au titre de ce mouvement. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date à laquelle M. A a présenté sa demande de changement d'affectation, un poste aurait été vacant au centre pénitentiaire de Saint-Pierre. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation des dispositions précitées de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984.
5. En second lieu, aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race. () ".
6. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
7. Le requérant soutient que la décision attaquée constitue une discrimination au motif que sa candidature a été refusée en raison de son handicap. En l'occurrence, M. A, qui bénéfice de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé depuis le 17 janvier 2019, justifie souffrir d'anxiété et de dépression en rapport avec un état de stress post-traumatique à la suite d'un accident de trajet survenu en mai 2019, l'empêchant de conduire un véhicule sur des trajets trop longs. Toutefois, bien que la Défenseure des droits, dans ses observations du 4 juillet 2022, a reconnu que M. A a été victime d'une discrimination eu égard au refus de changement de résidence qui lui a été opposé depuis avril 2021, les pièces qu'il produit dans la présente instance ne permettent pas de faire présumer que le refus de l'administration de faire droit à sa demande de changement d'affectation présentée le 6 décembre 2021 constituerait une discrimination fondée sur son état de santé ou son handicap, alors, au demeurant, d'une part, que cette demande ne s'inscrivait pas dans le cadre d'un mouvement de mutation et, d'autre part, que la direction de l'administration pénitentiaire, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, dans un courrier du 24 février 2022, lui a proposé, conformément à l'avis de la commission de réforme du 27 janvier 2022, un mi-temps thérapeutique accompagné d'un trajet domicile/travail pris en charge par un transporteur, selon un planning adapté avec mise à disposition d'une chambre de passage, démontrant ainsi lui avoir offert une solution adaptée prenant en compte son handicap. Par suite, le moyen tiré du caractère discriminatoire de la décision attaquée doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de mutation de M. A présentée le 6 décembre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la justice.
Copie en sera adressée au Défenseur des droits.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
- Mme Khater, présidente,
- M. Le Merlus, conseiller,
- Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024
Le rapporteur,La présidente,
T. LE MERLUSA. KHATER
La greffière,
E. POINAMBALOM
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2200433
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026