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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200544

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200544

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200544
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELAS LLC & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 avril et 21 octobre 2022, la société civile de construction vente (SCCV) La Montagne A, représentée par Me Lefort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel la maire de Saint-Denis a refusé de lui délivrer une autorisation d'urbanisme pour la construction d'une résidence pour personnes âgées ;

2°) d'enjoindre au maire de lui délivrer le permis demandé dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il n'est pas suffisamment motivé en méconnaissance des dispositions de l'article

L. 424-3 du code de l'urbanisme ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article Um 10 du règlement du plan local d'urbanisme est infondé ;

- le motif tiré de la méconnaissance du paragraphe 15 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme est infondé ;

- les motifs tirés de la méconnaissance des règles applicables à la zone R1 du plan de prévention des risques naturels prévisibles, concernant un mur de soutènement, la collecte et l'évacuation des eaux pluviales et l'irrégularité de l'étude technique produite, sont infondés ;

- le motif tiré de l'incohérence du dossier de permis de construire en ce qui concerne l'implantation du projet incluant la parcelle BZ 1645 est infondé ;

- le motif tiré de la méconnaissance du paragraphe IX relatif aux dessertes et accès des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme est infondé ;

- l'arrêté litigieux procède au retrait du permis de construire tacite dont elle est bénéficiaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2022, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Sadassivam, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- et les observations de Me Sadassivam, représentant de la commune de Saint-Denis.

Considérant ce qui suit :

1. Par une demande de permis de construire déposée le 12 octobre 2021, la société civile de construction vente (SCCV) La Montagne A a sollicité du maire de Saint-Denis une autorisation d'urbanisme pour la construction d'une résidence pour personnes âgées comportant quatre-vingt-quinze logements sur un terrain situé au n°49 du chemin du Docteur A sur des parcelles cadastrées BZ 206, 207 et 487. Par la présente requête, la SCCV La Montagne A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel la maire de Saint-Denis a refusé de lui délivrer ce permis de construire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté du 22 juillet 2020, régulièrement publié et transmis au contrôle de légalité, la maire de Saint-Denis a donné délégation à M. B C, onzième adjoint au maire et signataire de l'arrêté litigieux, lui permettant de signer tous les actes relatifs à l'aménagement et l'urbanisme et notamment de traiter les demandes de permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / () ".

4. L'arrêté litigieux, qui vise notamment les règles relatives à la zone Um du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, ainsi que le plan de prévention des risques naturels prévisibles applicable, mentionne les sept motifs pour lesquels la maire a rejeté la demande présentée par la société pétitionnaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté litigieux doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 423-28 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction prévu par le b et le c de l'article R. 423-23 est porté à : / () / b) Cinq mois lorsqu'un permis de construire porte sur des travaux relatifs à un établissement recevant du public et soumis à l'autorisation prévue à l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation () ".

6. En l'espèce, la demande de permis de construire en litige, qui porte sur des travaux relatifs à un établissement recevant du public soumis à autorisation au titre du code de la construction et de l'habitation, a été reçue par la commune le 12 octobre 2021. Il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a été informé qu'en application des dispositions citées au point précédent le délai d'instruction de sa demande était porté à cinq mois. Ainsi, à la date de l'arrêté litigieux, pris le 10 mars 2022, le pétitionnaire n'était pas bénéficiaire d'un permis de construire tacite. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux constitue un retrait illégal d'un permis de construire tacite dont elle est bénéficiaire.

En ce qui concerne les moyens relatifs aux motifs du rejet de la demande de permis de construire :

7. En premier lieu, aux termes de l'article Um 10 du règlement du plan local d'urbanisme : " La hauteur des constructions n'excèdera pas : 10 mètres pour la hauteur maximal H. / () ". Aux termes du paragraphe XI des dispositions générales du même règlement : " La hauteur maximale H de la construction est mesurée depuis le niveau du terrain initial avant tous travaux jusqu'au sommet de la construction (). La hauteur s'apprécie au droit de la construction. "

8. Il ressort des pièces du dossier qu'en retenant que la coupe transversale C du bâtiment Est, la coupe de façade Est dans sa partie nord du bâtiment Ouest, le plan de façade Est du bâtiment Est, le plan de façade Nord du bâtiment Ouest et le plan de façade Sud du bâtiment Est révèlent une méconnaissance de la hauteur maximale de 10 mètres, la commune a porté une appréciation erronée sur les plans annexés au dossier de demande de permis de construire, dès lors qu'elle n'a pas procédé à la mesure de la hauteur à partir du niveau du terrain initial avant travaux appréciée au droit de la construction. En revanche, elle a fait une exacte appréciation du dossier en retenant que la hauteur de la façade Sud du bâtiment Ouest méconnaît la règle de hauteur maximale fixée à 10 mètres, ainsi qu'il en résulte du plan PC5.1. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que l'arrêté méconnaît les dispositions précitées seulement dans la limite de ce qui vient d'être précisé.

9. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe XV des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme : " Il n'est pas autorisé de constructions créant de la surface de plancher, 3 mètres en dessous du terrain initial avant tous travaux. "

10. Il ressort des pièces du dossier que le plan de coupe façade E " élévation Est bâtiment Ouest " (PC3.3) fait apparaître une surface de plancher créée 3 mètres en dessous du terrain initial avant travaux. A l'instance, la société requérante fait valoir qu'il s'agit d'une erreur matérielle qui n'a pas eu pour effet de fausser l'appréciation du service instructeur dès lors que le dossier comporte une pièce PC5.1 de laquelle il ressort qu'aucune surface de plancher n'est créée en dessous de cette la limite précédemment énoncée. Toutefois, les mentions portées sur le plan PC5.1 représentant la façade Ouest du bâtiment Ouest ne permettent pas de conclure qu'une telle surface n'est pas créée par le projet. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que le service instructeur aurait pu se fonder sur un critère objectif pour écarter la pièce PC3.3 au profit de la pièce PC5.1. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées n'est pas fondé.

11. En troisième lieu, aux termes des articles 4.1 et 4.2 du plan de prévention des risques naturels prévisibles applicable en zone R1 : " Sont interdits : / () / les talus et soutènements autres que ceux autorisés dans les travaux visant à réduire les conséquences des risques. / () / Sont autorisés : / () / Les travaux, ouvrages et aménagements destinés à réduire les conséquences des différents risques recensés (travaux de protection des berges, murs de soutènements, () afin notamment de protéger des zones déjà construites ou aménagées et sous réserve de mener une étude technique préalable qui précisera les conditions dans lesquelles le projet sera rendu compatible avec l'aléa considéré / () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que la partie sud du terrain d'assiette est traversée par une bande incluse dans le zonage R1 du plan de prévention des risques. Le projet prévoit la réalisation d'un cheminement piéton permettant l'accès au chemin de la ravine des Bananiers, ainsi que d'un mur de soutènement situé au sein de la zone R1. A l'instance, la société requérante fait valoir que le mur de soutènement vise à stabiliser la cour de l'école située en mitoyenneté. Toutefois, si la société requérante se prévaut d'une étude de gestion des eaux de pluie qu'elle a réalisée, cette étude ne traite pas précisément de la construction du mur de soutènement et ne permet pas de confirmer ses allégations selon lesquelles la construction de ce mur aurait vocation à stabiliser la cour de l'école. En outre, l'attestation produite en PC13 ne permet pas plus de conclure que la construction du mur de soutènement est destinée à réduire les risques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4.3 du plan de prévention des risques applicable : " () / Les constructions et ouvrages futurs autorisés devront être réalisés selon les prescriptions suivantes : les eaux de ruissellement et les eaux de toiture devront être collectées et évacuées par l'intermédiaire de réseaux étanches jusqu'à un exécutoire approprié et protégé contre l'érosion régressive. / () ".

14. A l'appui de sa demande de permis de construire le pétitionnaire se prévaut d'une étude de gestion des eaux de pluie réalisée par un cabinet d'ingénieurs qui propose, après calculs opérés au regard des données de pluviométrie, un dispositif de gestion des eaux de pluie consistant en la mise en place de deux ouvrages de rétention avec, d'une part, un bassin de temporisation et d'infiltration avec un dispositif de régulation de débit de fuite et un rejet en direction de l'ouvrage canalisant le talweg et, d'autre part, une noue de rétention et d'infiltration avec un dispositif de vidange et le rejet diffus sur l'ensemble de la limite Est de la parcelle. Par suite, l'arrêté en litige ne pouvait se borner à retenir que le projet prévoit le rejet des eaux pluviales dans la ravine sans définir aucune mesure. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le motif de rejet de sa demande tiré de la méconnaissance des règles précitées du plan de prévention des risques relatives à la collecte et l'évacuation des eaux pluviales est infondé.

15. En cinquième lieu, aux termes de l'article 4.3 du plan de prévention des risques applicable : " () / Pour les travaux de construction autorisés dans la zone, de type d'infrastructures routières, ouvrages hydrauliques et de soutènements ou d'utilité publique, une étude technique préalable sera obligatoire. Réalisée par un homme de l'art, elle sera destinée à préciser les risques et la stabilité des ouvrages projetés. Les profondeurs de fondations, la conception des soutènements et la maîtrise des eaux seront notamment précisés par cette étude. "

16. Pour rejeter la demande présentée par le pétitionnaire, la commune a retenu que l'attestation de l'étude technique réalisée (PC13) précisait à tort que le projet serait implanté à distance de la zone R1. En tout état de cause, quelles que soient les mentions portées sur l'attestation, il résulte de ce qui précède que l'étude technique préalable produite à l'instance est insuffisante en ce qui concerne la construction d'un mur de soutènement en zone R1. En revanche, il résulte également de ce qui précède que le dispositif de gestion des eaux de pluie proposé par cette étude est conforme aux prescriptions du plan de prévention des risques. Par suite, le motif retenu par la commune apparait sans influence sur la légalité de la demande de permis de construire.

17. En sixième lieu, pour rejeter la demande présentée par la société pétitionnaire, la commune a retenu également que " l'implantation du projet telle que présentée dans le plan de masse inclut la parcelle BZ 1645, alors que cette parcelle n'est pas référencée dans la demande de permis de construire ". En effet, il ressort des pièces du dossier que le formulaire Cerfa de demande précise que les parcelles composant le terrain d'assiette sont cadastrées BZ 206, 207 et 487. Le plan de situation présent au dossier fait apparaître une parcelle BZ 1645 sans mentionner de parcelle BZ 206 et alors même que la superficie de la parcelle BZ 206 indiquée dans le formulaire ne correspond pas aux proportions de la parcelle BZ 1645 figurant sur le plan de situation. Au surplus, selon la notice architecturale, le projet ne porterait que sur les parcelles BZ 207 et 487. Cette même notice mentionne des superficies qui ne correspondent pas à celles figurant sur le formulaire Cerfa. Dans ces conditions la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune lui a opposé à tort l'incohérence des informations relatives à l'identification précise du terrain d'assiette du projet dans le dossier.

18. En dernier lieu, aux termes du paragraphe IX des règles générales du règlement du plan local d'urbanisme : " Les accès et voiries doivent présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences : / - de la sécurité des usagers, / - de la défense contre l'incendie et de l'utilisation des moyens de secours, / - liées à l'importance et à la destination de la construction ou de l'ensemble des constructions. / () ".

19. En l'espèce, l'accès au terrain d'assiette se fait à partir de la rue du Docteur A sur laquelle la parcelle cadastrée BZ 487 donne directement et le projet prévoit la réalisation de soixante-seize places de stationnement. Pour rejeter la demande présentée par le pétitionnaire, la commune a retenu que la voie de desserte interne donnant sur la rue du Docteur A présente une pente à 15% donnant sur un carrefour en " T ", que la visibilité en sortie de projet est insuffisante et que le projet ne prévoit pas de séparation des flux des piétons et des véhicules. Toutefois, il ressort de l'étude réalisée par le pétitionnaire que la circulation sur la rue du Docteur A est faible. En outre, il ressort des pièces du dossier que cette rue est d'une largeur de 5,5 mètres, que la pente de la voie de desserte interne donnant sur le carrefour présente une déclivité largement inférieure à celle retenue par le maire et que la visibilité au niveau du carrefour n'apparait pas insuffisante. Ainsi, alors même que la commune a justement retenu que le projet ne prévoyait pas de séparation des flux des piétons et des véhicules, la société requérante est fondée à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur d'appréciation en ce qu'il retient que l'accès et la voie de desserte du projet ne présentent pas les caractéristiques permettant de satisfaire à la sécurité des usagers.

20. S'il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté attaqué contient des motifs illégaux, la maire de Saint-Denis aurait pu fonder son refus sur les seuls motifs légaux qu'elle a retenus. Il s'ensuit que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés à l'instance :

22. Les conclusions présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCCV la Montagne A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Denis présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV la Montagne A et à la commune de Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

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