samedi 29 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200610 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | AMADEUS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 mai 2022, le 16 novembre 2022 et le 9 août 2023, M. C A, représenté par Me Marty, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 15 décembre 2021 par laquelle la présidente de la région Réunion a refusé de lui attribuer une allocation régionale de recherche de doctorat, ainsi que la décision du 14 mars 2022 rejetant implicitement son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la région Réunion une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions litigieuses sont illégales, dès lors qu'elles se fondent sur la délibération de la commission permanente de la région Réunion du 13 avril 2021 qui, en prévoyant une condition d'âge fixée à moins de vingt-huit ans, méconnaît le principe d'égalité, le principe général du droit de l'Union européenne d'interdiction des discriminations en fonction de l'âge, la loi du 16 novembre 2001 et les articles 225-1 et suivants du code pénal ;
- la délibération de la commission permanente de la région Réunion du 13 avril 2021, en prévoyant une limite d'âge plus élevée pour les étudiants étrangers que pour les étudiants français, instaure une discrimination à rebours ;
- il remplit les autres conditions d'attribution de l'allocation régionale de recherche de doctorat.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 août 2022, le 13 février 2023 et le 19 septembre 2023, la région Réunion conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la délibération du 13 avril 2021 est irrecevable et inopérant ;
- les moyens ne sont pas fondés ;
- le requérant ne remplissait en tout état de cause pas les autres conditions d'attribution de la subvention.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- la loi n° 2001-1066 du 16 novembre 2001 relative à la lutte contre les discriminations ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- et les observations de Mme B, représentant la région Réunion.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, né le 15 juin 1989, a déposé auprès de la région Réunion une demande d'" allocation régionale de recherche de doctorat " pour la session 2021, pour un projet de thèse sur les matériaux photovoltaïques. Par une décision du 15 décembre 2021, la présidente de la région Réunion lui a refusé le bénéfice de cette aide financière, au motif qu'il ne remplissait pas la condition d'âge pour pouvoir en bénéficier. M. A a formé un recours gracieux contre cette décision le 14 janvier 2022, qui a été implicitement rejeté le 14 mars 2022. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de la décision du 15 décembre 2021 refusant de lui attribuer l'allocation régionale de recherche de doctorat, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la délibération de la commission permanente du conseil régional de La Réunion du 13 avril 2021 a fixé les critères d'attribution de l'allocation régionale de recherche de doctorat pour la session 2021. En particulier, cette délibération prévoit, s'agissant des allocations cofinancées par le fonds européen pour le développement régional (FEDER) et le fonds social européen (FSE+), que les étudiants doivent être âgés de moins de 28 ans au 31 décembre de l'année N. S'agissant des allocations cofinancées par le fonds européen pour le développement régional interrégional (FEDER INTERREG), cette même délibération prévoit que les étudiants français ou ressortissants de l'Union européenne doivent être âgés de moins de 28 ans au 31 décembre de l'année N, tandis que les étudiants des autres nationalités doivent être âgés de moins de 32 ans au 31 décembre de l'année N.
3. D'une part, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.
4. D'autre part, une distinction entre des personnes placées dans une situation analogue est discriminatoire si elle n'est pas assortie de justifications objectives et raisonnables, c'est-à-dire si elle ne poursuit pas un objectif d'utilité publique, ou si elle n'est pas fondée sur des critères rationnels en rapport avec les buts poursuivis par la mesure.
5. Il ressort de la délibération du 13 avril 2021 que l'allocation régionale de recherche de doctorat, qui s'inscrit dans le premier pilier du projet " un Passeport Réussite pour chaque jeune réunionnais ", a pour objectif de contribuer à la formation des jeunes étudiants en permettant l'accompagnement de futurs docteurs. Eu égard à cet objectif d'intérêt général qui s'attache à accompagner les jeunes dans leur projet de recherche afin de favoriser leur accès aux carrières d'enseignant-chercheur à l'université ou à des postes de responsabilité au sein des organismes de recherche des collectivités ou des entreprises, la différence de traitement entre les jeunes de moins de vingt-huit ans et les étudiants de plus de vingt-huit ans, qui n'apparaît pas manifestement disproportionnée, ne constitue pas une discrimination illégale. Par ailleurs, la circonstance que cette condition d'âge n'existerait pas dans les dispositifs d'allocation régionale de recherche des autres régions, et qu'aucun critère d'âge ne soit fixé pour l'attribution d'un contrat doctoral, n'a pas pour effet de faire regarder le critère d'âge fixé dans la délibération du 13 avril 2021 comme une mesure discriminatoire. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du principe d'égalité, du principe général du droit de l'Union européenne de non-discrimination à raison de l'âge, de la loi du 16 novembre 2001 et des articles 225-1 et suivants du code pénal doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, si M. A fait valoir que la décision litigieuse est fondée sur une discrimination illégale entre les étudiants étrangers, dont la limite d'âge est fixée à moins de 32 ans, et les étudiants français, dont la limite d'âge est fixée à moins de 28 ans, il ressort des pièces du dossier que M. A était âgé de 32 ans au 31 décembre de l'année 2021 et qu'il ne remplissait pas, en tout état de cause, la condition d'âge fixée pour les étudiants étrangers. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le refus d'attribution de l'aide qui lui a été opposé a un caractère discriminatoire et a méconnu le principe d'égalité.
7. En troisième lieu, dès lors que le refus litigieux a été pris au seul motif que l'intéressé ne remplissait pas la condition d'âge, M. A ne peut utilement soutenir qu'il remplit les autres conditions d'attribution de l'allocation régionale de recherche de doctorat.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la région Réunion, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. C A et à la région Réunion.
Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Felsenheld, premier conseiller,
- Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2024.
La rapporteure,
J. BEDDELEEM
Le président,
Ch. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
Le greffier,
D. CAZANOVE
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