mercredi 26 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200632 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre bis |
| Avocat requérant | MAILLOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 mai 2022 et le 14 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Maillot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 mars 2022 par laquelle le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de La Réunion a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre au SDIS de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter du prononcé du jugement ;
3°) de mettre à la charge du SDIS une somme de 2 173 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée de l'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle porte illégalement retrait de la décision antérieure du 3 mai 2019 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, la protection fonctionnelle prévue à l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique étant de droit, sauf en cas de faute personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il a agi en état de légitime défense.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2022, le président du service départemental d'incendie et de secours de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé ;
- le jugement correctionnel du 18 mars 2021 a révélé des faits qui n'avaient pas été portés à sa connaissance antérieurement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ramin, premier conseiller,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- et les observations de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Recruté par le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de La Réunion en 1991, M. A B, sapeur-pompier professionnel titulaire du grade de lieutenant de 1ère classe depuis 2013, a été affecté en tant que chef de service au groupement formations du 1er février 2018 au 30 septembre 2020. A la suite d'une altercation relativement violente avec un tiers, survenue le 11 avril 2019 pendant son service, il a été placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service. M. B a déposé plainte le 11 avril 2019 à l'encontre de son agresseur et s'est constitué partie civile. Le SDIS s'est constitué également partie civile. Le bénéfice de la protection fonctionnelle lui a été accordé par une décision du 3 mai 2019. Par un jugement du 18 mars 2021, la chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Saint-Denis a relaxé l'agresseur du chef de violence sur un sapeur-pompier suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Ayant interjeté appel de ce jugement, M. B a, le 17 février 2022, sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle pour cette procédure, laquelle lui a été refusée par une décision du 15 mars 2022. Dans le cadre de la présente instance, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision et d'enjoindre au SDIS de lui accorder le bénéfice de la protection sollicitée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'acte :
2. Aux termes de l'article L. 1425-9 du code général des collectivités territoriales : " Les sapeurs-pompiers professionnels, officiers et non officiers, sont recrutés et gérés par le service départemental ou territorial d'incendie et de secours, dans le cadre des dispositions législatives et réglementaires qui leur sont applicables. / () ". Aux termes de l'article L. 1424-24 du même code : " Le service départemental d'incendie et de secours est administré par un conseil d'administration composé de représentants du département, des communes et des établissements publics de coopération intercommunale compétents en matière de secours et de lutte contre l'incendie. / () ". Aux termes de l'article L. 1424-27 de ce code : " Le conseil d'administration est présidé par le président du conseil départemental ou l'un des membres du conseil d'administration désigné par le président du conseil départemental après le renouvellement des représentants du département et celui des représentants des communes et des établissements publics de coopération intercommunale. / () ".
3. Par un arrêté du 17 août 2021, le président du conseil départemental de La Réunion, président de droit du conseil d'administration du SDIS de ce département, a désigné M. D C, maire de la commune de Salazie et administrateur du SDIS, pour en présider le conseil d'administration. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision du 15 mars 2022 doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens tirés de l'absence de faute personnelle et de l'illégalité du retrait de la décision du 3 mai 2019 :
4. Aux termes de l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public () bénéficie, à raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause (), dans les conditions prévues au présent chapitre. ". Aux termes de l'article L. 134-5 du même code : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. / () ".
5. En premier lieu, les dispositions précitées de l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique établissent à la charge de la collectivité publique et au profit des agents publics, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à raison de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. En l'espèce, la décision du 15 mars 2022 refusant à M. B le bénéfice de la protection fonctionnelle a été prise au seul motif qu'au vu des éléments révélés par le jugement du tribunal judiciaire de Saint-Denis du 18 mars 2021, les faits de violence allégués ne pouvaient être regardés comme établis. Il suit de là que M. B ne peut donc se borner à se prévaloir de l'absence de faute personnelle.
6. En second lieu, si le caractère d'acte créateur de droits de la décision accordant la protection prévue par l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique, fait obstacle à ce que l'administration puisse légalement retirer, plus de quatre mois après sa signature, une telle décision, hormis dans l'hypothèse où celle-ci aurait été obtenue par fraude, l'autorité administrative peut mettre fin à cette protection pour l'avenir si elle constate à la lumière d'éléments nouvellement portés à sa connaissance que les conditions de la protection fonctionnelle n'étaient pas réunies ou ne le sont plus, notamment si ces éléments permettent de révéler l'existence d'une faute personnelle ou que les faits allégués à l'appui de la demande de protection ne sont pas établis.
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier ainsi qu'il a été dit au point 1, que, le 10 avril 2019, M. B a eu une altercation verbale avec un tiers, sur le parking public situé devant les locaux du groupement formations du SDIS, sis au n°21 de la rue Monthyon à Saint-Denis, en raison d'un différend à propos du stationnement de leurs véhicules. Le lendemain matin, une nouvelle altercation a eu lieu au même endroit entre M. B et cet individu, et, après de vifs échanges verbaux, ils en sont venus aux mains. La lutte qui s'est alors engagée s'est poursuivie au sol sur lequel les intéressés ont chuté, jusqu'à ce que des passants parviennent à les séparer. M. B a déposé plainte contre son agresseur dès le 11 avril 2019. Il a bénéficié d'une interruption temporaire de travail de deux jours et a été placé en arrêt de travail, pour accident de service reconnu imputable au service. Sur sa demande présentée le même jour en vue d'engager des poursuites, le président du conseil d'administration du SDIS a, par une décision du 3 mai 2019, accordé le bénéfice de la protection fonctionnelle à M. B, dans le cadre du dépôt de plainte consécutif à l'agression déclarée le 11 avril 2019, pour laquelle le SDIS s'est constitué partie civile. Cette décision a ainsi créé des droits au profit de M. B, pour toutes les phases de la procédure contentieuse engagée à l'encontre du tiers en cause.
8. Si dans le compte-rendu qu'il a adressé le 11 avril 2019 à l'autorité hiérarchique et sa demande de protection du même jour, M. B a déclaré que le tiers concerné l'avait provoqué et qu'il n'avait fait que riposter à son attitude agressive en se défendant de manière proportionnée, il ressort du compte rendu d'infraction initial établi à la même date, lequel était joint à sa demande, qu'après avoir été poussé par cet individu, M. B aurait porté le premier coup à son interlocuteur, ce que le SDIS ne pouvait donc ignorer. Toutefois, la confrontation de M. B et de son agresseur, qui ont maintenu leurs déclarations contraires devant le juge judiciaire, n'a pas permis, en l'absence de témoin ayant assisté au début de l'altercation, de déterminer qui fut l'auteur des premières provocations, ni si, dans leur lutte, d'autres coups que celui porté par M. B à son adversaire avaient été échangés. En conséquence, par son jugement du 18 mars 2021, la chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Saint-Denis, relevant que les gestes de M. B pouvaient également être qualifiés de violences, a relaxé le prévenu du chef de violence sur un sapeur-pompier suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Au vu de ces éléments nouvellement portés à sa connaissance par cette décision de justice, le SDIS a estimé que, les faits de violence allégués n'étant pas établis, les conditions de la protection fonctionnelle n'étaient pas réunies. M. B n'est donc pas fondé à soutenir que, par sa décision du 15 mars 2022, le SDIS aurait commis une erreur de droit en mettant fin, pour l'avenir, à la protection précédemment accordée.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation :
9. Ainsi qu'il vient d'être dit au point 8, la décision contestée est fondée sur des éléments nouvellement portés à la connaissance du SDIS par le jugement du 18 mars 2021 du tribunal judiciaire de Saint-Denis. Dès lors, M. B ne peut utilement se prévaloir de ce que, sur la base de ses déclarations antérieures, le SDIS aurait reconnu l'accident du 11 avril 2019 imputable au service.
10. Par ailleurs, s'il soutient que la position du SDIS résulte, d'une part, de l'existence d'un contentieux distinct porté devant le tribunal de céans dans le cadre d'un autre litige relatif à l'absence d'évaluation professionnelle et à d'autres manquements reprochés à l'administration, d'autre part, des conséquences de l'irrecevabilité, en la forme, de la constitution de partie civile du SDIS devant le juge judiciaire, ces seuls éléments, qui ne sont pas assortis de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, ne suffisent pas à établir que la décision du SDIS aurait été prise pour des motifs autres que celui expressément opposé à M. B.
11. Enfin, ainsi qu'il a été dit aux points 7 et 8, alors même que l'auteur des premières provocations du 11 avril 2019 n'a pu être clairement identifié, M. B, dont le comportement n'a pas favorisé l'apaisement à l'occasion de cette dispute, reconnaît avoir porté le premier coup à son interlocuteur, sans qu'il soit établi que d'autres coups auraient été échangés avant leur chute au sol, puis au cours de la lutte qui s'y est poursuivie, jusqu'à l'intervention de passants. Dans les circonstances de l'espèce, le SDIS n'a donc pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder à M. B le bénéfice de la protection fonctionnelle, pour la poursuite de la procédure judiciaire devant le juge d'appel.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du président du conseil d'administration du SDIS du 15 mars 2022 lui retirant, pour l'avenir, le bénéfice de la protection fonctionnelle. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du SDIS, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au service départemental d'incendie et de secours de La Réunion.
Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bauzerand, président,
Mme Legrand, première conseillère,
M. Ramin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2023
Le rapporteur,
V. RAMIN
Le président,
Ch. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
Le greffier,
D. CAZANOVE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026