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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200679

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200679

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200679
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre bis

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 23 mai 2022 et 22 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Rabearison, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2022 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de La Réunion de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'avis médical du collège de médecins de l'OFII n'a pas été annexé à l'arrêté attaqué ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance du pouvoir d'appréciation du préfet ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2022.

Vu : les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer les conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Caille, premier conseiller,

- les observations de Me Rabearison, représentant Mme A,

- le préfet de La Réunion n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante comorienne née le 13 février 1993 à Adda Daoueni (Union des Comores), est entrée à La Réunion le 12 mai 2021 depuis Mayotte dans le cadre d'une évacuation sanitaire. Elle a sollicité le 3 novembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Le 9 février 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a émis un avis défavorable sur cette demande. Par arrêté du 18 février 2022, le préfet de La Réunion a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois en fixant le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté en date du 3 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de La Réunion a donné délégation à Mme Régine Pam, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer l'ensemble des actes relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait pour chacune des décisions attaquées et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Selon l'article L. 211-5 du même code, " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Enfin, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

4. Le secret médical interdit aux médecins de donner à l'administration, de manière directe ou indirecte, aucune information sur la nature des pathologies dont souffre l'étranger ayant présenté une demande de titre de séjour en raison de son état de santé. L'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, indique les motifs de droit et de fait sur lesquels il se fonde pour chacune des décisions attaquées. Il est ainsi suffisamment motivé. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de La Réunion n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.

5. En deuxième lieu, si Mme A soutient que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne lui a pas été communiqué, ni le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni aucun autre texte ne prévoient la communication à l'intéressé de cet avis, lequel a par ailleurs été produit par le préfet au cours de l'instruction de la présente requête.

6. En troisième lieu, la motivation du refus de titre de séjour attaqué révèle que le préfet ne s'est pas estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII et s'est livré à un examen complet de la situation de Mme A. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".

8. En vertu des dispositions citées au point précédent, le collège des médecins de l'OFII dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016 de la ministre des affaires sociales et de la santé et du ministre de l'intérieur, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'OFII. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

9. Il ressort de l'avis émis le 9 février 2022 que le collège de médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé de Mme A nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contester le refus de séjour qui lui a été opposé, la requérante fait valoir qu'elle a fait l'objet d'une évacuation sanitaire vers La Réunion en raison de la carence des soins dans son pays d'origine et se prévaut d'un certificat médical établi le 23 mai 2022 qui indique que son état de santé " nécessite sa présence à la Réunion pour un suivi cardiologique trimestriel pour sa valvulopathie mitrale ". Toutefois, si elle démontre que son état de santé nécessite une prise en charge médicale - ce qui n'est au demeurant contesté ni par le collège des médecins de l'OFII, ni par le préfet de La Réunion -, ce certificat, en tout état de cause postérieur à l'arrêté attaqué, est insuffisamment circonstancié pour établir la nécessité d'une présence continue de la requérante sur le territoire français pour y recevoir les soins requis par son état de santé actuel. Ainsi, Mme A ne démontre pas que le défaut de prise en charge de ses pathologies aux Comores pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de La Réunion aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une décision de refus de titre de séjour.

11. En sixième lieu, il appartient à l'autorité compétente, lorsqu'elle est saisie d'une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, de se prononcer au regard des conditions de délivrance de ce titre prévues par les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui se fondent uniquement sur l'état de santé de l'intéressé et figurent au sein d'un chapitre intitulé " Titres de séjour pour motif humanitaire ". Saisie d'une demande présentée sur un fondement déterminé, l'autorité compétente n'est pas tenue de rechercher si la demande de titre de séjour aurait pu être satisfaite sur le fondement d'autres dispositions. Mme A, qui a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut donc utilement se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour attaquée, dès lors que le préfet de La Réunion n'a pas pris l'initiative d'examiner son droit au séjour au regard de sa vie privée et familiale.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision portant refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () " Il résulte de ce qui a déjà été dit au point 9 du présent jugement que l'état de santé de Mme A ne faisait pas obstacle au prononcé d'une obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". Mme A ne démontre pas qu'elle serait exposée à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le préfet de La Réunion, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas méconnu les stipulations précitées.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est née en 1993 aux Comores. Si elle soutient être présente sur le territoire national depuis 2016, elle ne produit aucune pièce de nature à établir qu'elle aurait vécu en France avant son évacuation sanitaire en mai 2021. Si son enfant est né à La Réunion le 30 juin 2021, il est constant qu'il est de nationalité comorienne et pourrait accompagner sa mère aux Comores où la cellule familiale pourrait se reconstituer. Mme A ne fait état d'aucun élément de nature à établir qu'elle aurait noué des liens intenses en France et il n'est ni établi ni même soutenu qu'elle serait isolée en cas de retour dans son pays d'origine où elle a vécu la plus grande partie de sa vie. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de sa présence et des conditions de son séjour en France, le préfet n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels le refus de séjour a été pris. Le préfet n'a pas non plus commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme A doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que ses conclusions présentées au titre des frais de l'instance.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président ;

- M. Caille, premier conseiller ;

- M. Felsenheld, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 7 novembre 2022.

Le rapporteur,

P.-O. CAILLE

Le président,

CH. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

le greffier,

D. CAZANOVE

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