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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200690

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200690

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Maillot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le garde des sceaux, ministre de la justice a refusé de faire droit à sa demande de détachement au sein de la communauté d'agglomération du territoire de la côte ouest ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice de prendre une décision de détachement sous astreinte de 1000 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3268 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de détachement a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est en réalité un avis défavorable à son détachement et non un refus ;

- en l'absence de réponse explicite à sa demande, l'administration a accordé le détachement de manière implicite ;

- elle est fondée sur une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'y a pas de nécessités de service et que le personnel de surveillance de la structure concernée n'est pas en sous-effectif ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lebon,

- les conclusions de M. Felsenheld, rapporteur public,

- les observations de Me Maillot, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A est surveillante pénitentiaire affectée au centre pénitentiaire de Valence. Par un courrier du 17 mars 2022, elle a demandé au garde des sceaux, ministre de la justice, un détachement afin d'exercer les fonctions de policière intercommunale au sein de la brigade intercommunale de l'environnement du Territoire de la Côte Ouest à 1'île de la Réunion. Par un courrier du 15 avril 2022, le sous-directeur des ressources humaines et des relations sociales de l'administration pénitentiaire a adressé au président du Territoire de la Côte Ouest un avis défavorable et a refusé ce détachement. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 14 mars 2022 portant délégation de signature, régulièrement publié au journal officiel de la République française du 18 mars 2022, Mme C, attachée principale d'administration, cheffe du bureau de la gestion des personnels, a reçu délégation à l'effet de signer notamment toutes décisions dans " la limite de leurs attributions, tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets ". Il n'apparaît pas que la décision litigieuse, portant refus de détachement d'un surveillant pénitentiaire, ne ressortirait pas des attributions de ce bureau. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, Mme A estime que l'administration a émis un avis défavorable et non une décision de refus à sa demande de détachement. Par le courrier du 15 avril 2022 adressé à l'administration d'accueil, l'administration employeur de la requérante s'oppose sans équivoque au détachement demandé et mentionne clairement les motifs de ce refus, qui tiennent à la continuité du service public pénitentiaire et au souci de maintenir l'effectif strictement nécessaire à l'accomplissement des missions incombant à l'administration pénitentiaire dans des conditions de sécurité adaptées. Par suite, en dépit de la mention d'un avis défavorable, le courrier du 15 avril 2022 constitue une véritable décision de refus de détachement faisant grief à la requérante.

4. En troisième lieu, en vertu du premier alinéa de l'article L. 511-3 du code général de la fonction publique, le silence de l'administration gardé pendant deux mois à compter de la réception de la demande de détachement du fonctionnaire vaut acceptation de cette demande. Toutefois, en l'espèce, aucune décision implicite d'acceptation du détachement n'a pu apparaître à l'issue du délai de deux mois suivant la demande de détachement présentée le 17 mars 2022 par Mme A, dès lors que, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'administration d'origine s'est expressément prononcée sur cette demande par le courrier du 15 avril 2022, intervenu antérieurement à l'expiration du délai. Par suite, l'administration n'a pas accordé de manière implicite le détachement sollicité par Mme A et le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 511-3 du code général de la fonction publique : " Hormis les cas où le détachement et la mise en disponibilité sont de droit, une administration ne peut s'opposer à la demande de l'un de ses fonctionnaires tendant, avec l'accord du service, de l'administration ou de l'organisme public ou privé d'accueil, à être placé dans l'une des positions mentionnées à l'article L. 511-1 ou à être intégré directement dans une autre administration qu'en raison des nécessités du service ou, le cas échéant, d'un avis rendu par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Elle peut exiger de lui qu'il respecte un délai maximal de préavis de trois mois. Son silence gardé pendant deux mois à compter de la réception de la demande du fonctionnaire vaut acceptation de cette demande. Ces dispositions sont également applicables en cas de mutation ou de changement d'établissement, sauf lorsque ces mouvements donnent lieu à l'établissement d'un tableau périodique de mutations. Les décrets portant statuts particuliers ou fixant des dispositions statutaires communes à plusieurs corps ou cadres d'emplois peuvent prévoir un délai de préavis plus long que celui prévu au premier alinéa, dans la limite de six mois, et imposer une durée minimale de services effectifs dans le corps ou cadre d'emplois ou auprès de l'administration où le fonctionnaire a été affecté pour la première fois après sa nomination dans le corps ou cadre d'emplois ".

6. Pour refuser le détachement demandé par Mme A, l'administration a opposé le motif tiré de l'intérêt du service " tenant à la continuité du service public pénitentiaire et au souci de maintenir l'effectif strictement nécessaire à l'accomplissement des missions incombant à l'administration pénitentiaire dans des conditions de sécurité adaptées ". Si Mme A fait valoir l'avis favorable à son détachement du chef d'établissement du centre pénitentiaire de Valence et allègue que le centre est en sureffectif et qu'il est très attractif du fait de sa " situation géographique ", d'une part, l'avis favorable du chef d'établissement du centre pénitentiaire de Valence ne permet pas de connaître les motifs d'un tel avis, d'autre part, les contraintes d'effectifs de l'administration pénitentiaire s'apprécient sur l'ensemble du territoire et non sur le seul établissement de Valence pour lequel Mme A se contente d'alléguer sans établir qu'il est en sureffectif. En outre, le ministre de la justice précise que le constat d'un sous- effectif est de nature à caractériser " des nécessités du service " susceptibles de justifier un refus de détachement. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre a commis une erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur les nécessités de service et la continuité du service public pénitentiaire pour refuser le détachement de Mme A. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Si Mme A soutient que la décision attaquée méconnaîtrait ces stipulations dès lors qu'elle et son compagnon sont originaires de La Réunion, qu'ils ont en commun trois enfants dont deux sont scolarisés à La Réunion, qu'ils y possèdent une maison depuis 2012 et que le père de son compagnon a un état de santé fragilisé, impliquant son rapprochement à La Réunion, le refus de détachement, pris selon les nécessités de service ne constitue pas une ingérence dans son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En sixième lieu, Mme A ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant pour demander l'annulation de son refus de détachement, dès lors que la décision ne concerne pas ses enfants d'une part et qu'elle ne fait en tout état de cause pas obstacle à ce que ses enfants soient scolarisés à proximité de son lieu de travail d'autre part.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de la décision de refus de détachement de Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Le Merlus, conseiller.

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 12 septembre 2024.

La rapporteure,

L. LEBON

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

E. POINAMBALOM

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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