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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200709

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200709

samedi 15 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200709
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantRAMSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 décembre 2021, 8 septembre 2022 et 20 octobre 2022 sous le n°2101628, la société par actions simplifiée (SAS) Atelier du Port (ADP), représentée par Me Sandrin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2021 par laquelle l'inspectrice du travail de la première unité de contrôle de La Réunion a refusé d'autoriser le licenciement de M. B A ;

2°) de l'autoriser à procéder au licenciement de M. A.

Elle soutient que :

- elle a satisfait à l'obligation de reclassement de son salarié ;

- la demande d'autorisation de licenciement n'a aucun lien avec l'exercice du mandat de M. A.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête doit être regardée comme étant dirigée contre la décision expresse prise par la ministre du travail le 18 juillet 2022, qui annulé la décision du 15 octobre 2021, de telle sorte que les moyens soulevés à l'encontre de la décision de l'inspectrice du travail du 15 octobre 2021 sont inopérants ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 mars et 14 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Ramsamy, conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer, et à titre subsidiaire, au rejet de la requête, ainsi qu'à l'annulation partielle de la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 18 juillet 2022 en tant qu'elle a exclu l'absence de lien entre la demande d'autorisation de licenciement et le mandat de M. A, et à ce que soit mis à la charge de la SAS ADP le versement à M. A de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête, dès lors que la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 18 juillet 2022 a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 15 octobre 2021 ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la Direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DEETS) de La Réunion qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er juin 2022 et 20 octobre 2022 sous le n°2200709, la société par actions simplifiée (SAS) Atelier du Port (ADP), représentée par Me Sandrin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a implicitement rejeté son recours hiérarchique formé le 6 décembre 2021 à l'encontre de la décision du 15 octobre 2021 par laquelle l'inspectrice du travail de la première unité de contrôle de La Réunion a refusé d'autoriser le licenciement de M. B A ;

2°) de l'autoriser à procéder au licenciement de M. A.

Elle soutient que :

- elle a satisfait à l'obligation de reclassement de son salarié ;

- la demande d'autorisation de licenciement n'a aucun lien avec l'exercice du mandat de M. A.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête doit être regardée comme étant dirigée contre la décision expresse prise par la ministre du travail le 18 juillet 2022 qui a retiré la décision implicite née le 6 avril 2022, de sorte que les moyens soulevés à l'encontre de cette décision implicite sont inopérants ;

- les moyens soulevés par la SAS Atelier du Port ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Ramsamy, conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer, et à titre subsidiaire, au rejet de la requête, ainsi qu'à l'annulation partielle de la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 18 juillet 2022 en tant qu'elle a exclu l'absence de lien entre la demande d'autorisation du licenciement et le mandat de M. A, et à ce que soit mis à la charge de la SAS ADP le versement à M. A de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête, dès lors que la décision implicite de rejet née le 6 avril 2022 a été retirée par la décision du 18 juillet 2022 de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

III. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er septembre 2022 et 20 octobre 2022 sous le n° 2201088, la société par actions simplifiée (SAS) Atelier du Port (ADP), représentée par Me Sandrin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 juillet 2022 de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion en tant qu'elle a refusé, en son article 3, d'autoriser le licenciement de M. B A ;

2°) de l'autoriser à procéder au licenciement de M. A.

Elle soutient que :

- elle a satisfait à l'obligation de reclassement de son salarié ;

- la demande d'autorisation de licenciement n'a aucun lien avec l'exercice du mandat de M. A.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SAS Atelier du Port ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Ramsamy, conclut au rejet de la requête, ainsi qu'à l'annulation partielle de la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 18 juillet 2022 en tant qu'elle a exclu l'absence de lien entre la demande d'autorisation du licenciement et le mandat de M. A, et à ce que soit mis à la charge de la SAS ADP le versement à M. A de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles présentées par M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de Me Sandrin, représentant la SAS ADP ;

- et les observations de Me Ramsamy, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, recruté par la société par actions simplifiée (SAS) Atelier du Port (ADP) à compter du 18 juin 2012 en tant qu'assembleur soudeur opérateur machines, a été élu membre titulaire du comité social et économique le 15 octobre 2019. Il a été reconnu travailleur handicapé le 13 décembre 2018. A la suite de plusieurs arrêts et accidents du travail, il a été déclaré inapte à son poste par un avis du 22 juin 2021. Par un courrier du 16 août 2021, reçu le 17 août, la SAS ADP a sollicité l'autorisation de procéder à son licenciement pour inaptitude. Par une décision du 15 octobre 2021, l'inspectrice du travail de la première unité de contrôle de La Réunion a refusé d'autoriser le licenciement de M. B A. La SAS ADP a formé un recours hiérarchique contre cette décision par un courrier reçu le 6 décembre 2021, implicitement rejeté le 6 avril 2022. Par une décision du 18 juillet 2022, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a retiré la décision implicite de rejet du recours hiérarchique née le 6 avril 2022, a annulé la décision de l'inspectrice du travail du 15 octobre 2021 et a refusé le licenciement de M. A. Par trois requêtes, enregistrées sous les n°s2101628, 2200709 et 2201088, la SAS ADP demande l'annulation de la décision du 15 octobre 2021 de l'inspectrice du travail de la première unité de contrôle de La Réunion, l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique née le 6 avril 2022 et l'annulation de la décision du 18 juillet 2022 de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s2101628, 2200709 et 2201088 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur l'exception de non-lieu opposée dans le litige n°2101628 :

3. Lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre compétent doit soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler, puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision. Ainsi, l'annulation, par l'autorité hiérarchique, de la décision de l'inspecteur du travail statuant sur la demande d'autorisation de licenciement ne laisse rien subsister de celle-ci, peu important l'annulation ultérieure par la juridiction administrative de la décision de l'autorité hiérarchique.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'article 2 de la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 18 juillet 2022 a annulé la décision du 15 octobre 2021 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement de M. A. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 octobre 2021 sont devenues sans objet. Par suite, il y a lieu d'accueillir l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense.

Sur l'exception de non-lieu opposée dans le litige n° 2200709 :

5. Si avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai de recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'article 1er de la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 18 juillet 2022 a retiré la décision implicite de rejet du recours hiérarchique née le 6 avril 2022. Cet article est devenu définitif. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet du recours hiérarchique étant devenues sans objet, il y a lieu d'accueillir l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense.

Sur la recevabilité des conclusions reconventionnelles :

7. M. A demande au tribunal d'annuler la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 18 juillet 2022 en tant qu'elle a exclu l'absence de lien entre la demande d'autorisation du licenciement et le mandat de M. A. Toutefois, l'intéressé n'est pas recevable à présenter, en défense aux conclusions d'excès de pouvoir de la société requérante, des conclusions reconventionnelles contre le demandeur. Ses conclusions en ce sens doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 18 juillet 2022 :

8. Aux termes de l'article L. 1226-2 du code du travail : " Lorsque le salarié victime d'une maladie ou d'un accident non professionnel est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4, à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. / Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. / Cette proposition prend en compte, après avis du comité social et économique lorsqu'il existe, les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existantes dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur la capacité du salarié à bénéficier d'une formation le préparant à occuper un poste adapté. / L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en oeuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail. ". Aux termes de l'article L. 1226-10 du même code : " Lorsque le salarié victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4, à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. / Cette proposition prend en compte, après avis du comité économique et social, les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existant dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur l'aptitude du salarié à bénéficier d'une formation le préparant à occuper un poste adapté. / L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en œuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail. / Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. ". Aux termes de l'article L. 4624-4 dudit code : " Après avoir procédé ou fait procéder par un membre de l'équipe pluridisciplinaire à une étude de poste et après avoir échangé avec le salarié et l'employeur, le médecin du travail qui constate qu'aucune mesure d'aménagement, d'adaptation ou de transformation du poste de travail occupé n'est possible et que l'état de santé du travailleur justifie un changement de poste déclare le travailleur inapte à son poste de travail. L'avis d'inaptitude rendu par le médecin du travail est éclairé par des conclusions écrites, assorties d'indications relatives au reclassement du travailleur. ".

9. Dans le cas où la demande de licenciement d'un salarié protégé est motivée par l'inaptitude physique, il appartient à l'administration de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que l'employeur a, conformément aux dispositions de l'article L. 1226-2 et des articles suivants du code du travail, cherché à reclasser le salarié sur d'autres postes appropriés à ses capacités, le cas échéant par la mise en œuvre, dans l'entreprise, de mesures telles que mutations ou transformations de postes de travail ou aménagement du temps de travail. Le licenciement ne peut être autorisé que dans le cas où l'employeur n'a pu reclasser le salarié dans un emploi approprié à ses capacités au terme d'une recherche sérieuse, menée tant au sein de l'entreprise que dans les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel. Lorsqu'après son constat d'inaptitude, le médecin du travail apporte des précisions quant aux possibilités de reclassement du salarié, ses préconisations peuvent, s'il y a lieu, être prises en compte pour apprécier le caractère sérieux de la recherche de reclassement de l'employeur.

10. Dans l'hypothèse où l'employeur recourt, en application des articles L. 1251-1, L. 1251-5 et L. 1251-6 du code du travail, au travail temporaire dans des conditions telles qu'elles révèlent l'existence d'un ou plusieurs postes disponibles dans l'entreprise, peu important qu'ils soient susceptibles de faire l'objet de contrats à durée indéterminée ou déterminée, il lui appartient de proposer ces postes au salarié, pour autant qu'ils soient appropriés à ses capacités.

11. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le médecin du travail a rendu un avis le 22 juin 2021 concluant à une inaptitude de M. A sur son poste actuel d'" assembleur soudeur opérateur machines ". Cet avis contient également des recommandations relatives à son reclassement indiquant " apte à un poste sans port de charges de plus de 20 kg, sans postures contraintes maintenues du rachis. Possibilité d'utilisation de la petite disqueuse, pas d'utilisation du gros modèle de disqueuse. Mise en place d'un siège assis debout et d'un tapis antifatigue spécial soudure pour milieu sec. Ne pas augmenter l'amplitude journalière de travail. ". La société ADP a indiqué à M. A, à l'occasion de la réunion du comité social et économique du 29 juin 2021, qu'aucun poste en adéquation avec ses aptitudes n'était disponible au sein d'ADP. Postérieurement à cette réunion, M. A a demandé à être reclassé au poste de soudeur, à celui de soudeur PRS ou au poste d'assemblage des attaches. Si la société ADP a, par un courriel du 6 juillet 2021, sollicité l'avis du médecin du travail s'agissant d'un reclassement au poste de soudeur et assemblage des attaches, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'a pas attendu la réponse du médecin pour notifier à M. A, par un courrier du 6 juillet 2021, l'exposé des motifs s'opposant à son reclassement. Par ailleurs, si l'employeur fait état des nombreux aménagements de poste ayant eu lieu antérieurement à l'avis d'inaptitude, il lui appartenait de rechercher les possibilités de reclassement postérieurement à cet avis. S'agissant spécifiquement du poste de soudeur, il ressort de l'étude de poste réalisée le 25 juin 2020, ainsi que de l'avis du médecin du travail en date du 20 juillet 2020, que l'état de santé de M. A nécessitait qu'on lui retire les tâches d'assemblage et qu'on ne lui confie que des tâches de soudure. En outre, si le courriel du médecin du travail en date du 8 juillet 2021 indique que le poste de " soudeur et assemblage des tâches " n'est pas compatible avec l'état de santé de l'intéressé, il ne ressort pas des pièces du dossier que le médecin ait émis un avis sur la compatibilité du poste de soudeur avec l'état de santé de l'intéressé. Par ailleurs, il ressort des pièces produites par le ministre du travail que la société requérante a eu recours à trois intérimaires sur ce poste, du 28 septembre 2021 au 29 octobre 2021, du 4 octobre 2021 au 29 octobre 2021, puis du 8 novembre au 24 novembre 2021. Si le recours à des intérimaires ne permet pas, à lui seul, d'établir la disponibilité du poste de soudeur, la société ADP ne produit aucune pièce de nature à démontrer l'absence de disponibilité de ce poste. Ainsi, en se bornant à affirmer, seulement quelques jours après l'avis d'inaptitude, qu'il n'y avait pas d'emploi disponible au sein d'ADP qui soit compatible avec les aptitudes de M. A, et alors que les pièces du dossier ne permettent pas de justifier de l'absence de disponibilité de ces postes ni de leur incompatibilité avec les recommandations du médecin, la société requérante ne justifie pas avoir sérieusement étudié les possibilités de reclassement de son salarié, le cas échéant après mise en œuvre de mesures d'adaptation de poste. Dans ces conditions, la société ADP n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a retenu qu'elle ne justifiait pas avoir respecté son obligation de recherche de reclassement au sein de sa société.

12. En second lieu, si la SAS ADP soutient qu'il n'y a pas de lien entre la demande d'autorisation de licenciement et le mandat exercé par l'intéressé, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à l'inspectrice du travail, la ministre du travail n'a pas retenu l'existence d'un lien entre la demande d'autorisation de licenciement et le mandat exercé par l'intéressé. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la SAS ADP n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 18 juillet 2022 de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SAS ADP la somme de 1 000 euros à verser à M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions des requêtes n° 2101628 et 2200709.

Article 2 : La requête n° 2201088 de la SAS ADP est rejetée.

Article 3 : Les conclusions reconventionnelles présentées par M. A sont rejetées.

Article 4 : La SAS ADP versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Atelier du Port, à M. B A et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie sera adressée à la Direction de l'Economie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités (DEETS) de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 15 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2024.

La rapporteure,

J. BEDDELEEM

Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2101628 - 2200709 - 2201088

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