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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200807

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200807

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHARREL ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée le 29 juin 2022 sous le n° 2200807, la société Transport l'Oiseau Bleu, représentée par Me Rayssac, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres de recette émis à son encontre par la communauté d'agglomération du Territoire de la Côte Ouest (TCO) les 29 avril 2022 et 13 mai 2022, repris dans le bordereau de situation du 31 mai 2022 ;

2°) d'annuler la décision de compensation prise par le comptable public le 19 mai 2022, concernant la somme de 411 684,98 euros dont elle est créancière à l'égard du TCO et la somme de 161 050 euros dont elle est débitrice ;

3°) de mettre à la charge du TCO une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la compensation ne peut concerner que des créances liquides et exigibles et suppose l'émission d'un titre de recette ;

- les pénalités ont été infligées selon une procédure irrégulière ;

- étant disproportionnées, elles doivent être modérées dès lors que les manquements sont imputables au TCO.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques de la Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la procédure de compensation a été mise en œuvre dans des conditions régulières.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2023, le TCO représenté par Me Charrel, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 4 000 euros au titre de l'article L761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la procédure de compensation a été mise en œuvre dans des conditions régulières ;

- les pénalités n'ont pas été contestées dans les formes prévues par l'article 37 du CCAG-FCS.

II - Par une requête enregistrée le 18 août 2022 sous le n° 2201032, la société Transport l'Oiseau Bleu, représentée par Me Rayssac, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres de recette émis à son encontre par le TCO les 20 mai, 23 mai, 25 mai et 3 juin 2022 en vue du recouvrement d'une somme totale de 199 600 correspondants aux pénalités contractuelles mises à sa charge ;

2°) d'annuler les pénalités arrêtées à la date du 27 juin 2022, d'un montant de 87 100 euros ;

3°) de mettre à la charge du TCO une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres exécutoires sont entachés d'irrégularité, leurs montants n'étant pas cohérents,

- une compensation a été pratiquée irrégulièrement,

- les transporteurs auxquels sont imputés des manquements ne sont pas identifiables,

- le TCO ne démontre pas avoir fait procéder aux contrôles par des agents assermentés ;

-les pénalités ne sont ni justifiées ni proportionnées

-les difficultés d'exécution du marché sont imputables au TCO.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les titres exécutoires sont réguliers ;

- aucune compensation n'a été mise en œuvre.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2023, le TCO représenté par Me Charrel, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tomi, première conseillère,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- les observations de Me Sadassivam substituant Me Rayssac, pour la société L'Oiseau Bleu,

- les observations de Me Garnier substituant Me Charrel, pour le TCO.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre du marché de transports scolaires n° 2021DMT034, le groupement d'entreprises Cap Ouest, réunissant les sociétés Transport l'Oiseau Bleu, mandataire, Autocars des Mascareignes et Transports Ponin, a été désigné par le TCO comme attributaire des lots 5, 6, 7, 9, 10, 11, 12 et 13. Des dysfonctionnements majeurs ayant été constatés, le TCO a été amené à adresser au groupement, entre novembre 2021 et mars 2021, plusieurs mises en demeure de respecter ses obligations contractuelles sous peine de résiliation. Parallèlement, il a mis à la charge du groupement des pénalités, pour lesquelles des titres de recette ont été émis les 29 avril et 13 mai 2022. Ces titres ont été récapitulés dans un bordereau de situation établi par le comptable public le 31 mai 2022, dont le montant global a été fixé après mise en œuvre d'une opération de compensation entre la créance résultant des titres de recette et la dette du TCO correspondant aux mandats émis par celui-ci en paiement de factures présentées par le groupement au titre de ses prestations, ledit bordereau étant par lui-même dépourvu de portée décisoire. Par ses requêtes n°2200807 et n° 2201032, qu'il y a lieu de joindre, la société Transport l'Oiseau Bleu, concernée par les pénalités, par les titres de recette et par la décision de compensation en sa double qualité de mandataire du groupement et d'entreprise plus particulièrement responsable des lots 5, 7, 9 et 13, demande au tribunal d'annuler l'ensemble de ces décisions.

Sur la régularité et le bien-fondé des pénalités :

2. Aux termes de l'article 4.3 du CCAP applicable en l'espèce : " Les manquements peuvent être constatés par le pouvoir adjudicateur et/ou un tiers désigné () Ils peuvent être également constatés par le TCO sur la base d'un faisceau d'indices () et/ou sur la base de remontées d'informations concordantes de la part d'usagers, de conducteurs () Les pénalités notifiées par le pouvoir adjudicateur font l'objet d'une émission de titre de recettes () On distingue deux types de manquements : () les manquements donnant lieu à la procédure contradictoire suivante : après constat par le pouvoir adjudicateur d'un manquement, celui-ci le notifie au titulaire () le titulaire dispose d'un délai de réponse de 10 jours pour contester s'il y a lieu, ce manquement () ".

3. Il résulte de l'instruction, d'une part, que les manquements reprochés au groupement Cap Ouest à l'occasion de l'exécution des différents lots qui lui avaient été confiés, ont été constatés selon les modalités prévues au contrat, lequel ne stipulait pas qu'il serait nécessairement fait appel à des agents assermentés, et, d'autre part, que les pénalités mises en œuvre au titre de ces manquements contractuels ont été précédées de courriers adressés à la société Transport l'Oiseau Bleu, mandataire du groupement, qui étaient explicites quant à la consistance des manquements et ont donné lieu à des réponses aux termes desquelles celle-ci n'exprimait pas une réelle contestation à l'égard des anomalies constatées. En outre, il est constant que ces courriers étaient accompagnés de tableaux récapitulatifs des manquements constatés, permettant ainsi, au regard de la désignation des lots mentionnés, d'identifier la société à laquelle pouvait être imputé chaque manquement. Au demeurant, la société requérante ne se prévaut d'aucune convention de répartition qui aurait été conclue entre les sociétés membres du groupement en des termes qui permettraient de rendre la répartition opposable au TCO. Enfin, si la société prétend imputer les manquements litigieux au TCO en raison des contraintes de temps qui lui auraient été imposées, il résulte de l'instruction que le groupement attributaire avait disposé de plusieurs mois avant le début d'exploitation fixé au 25 octobre 2021 pour organiser et mettre en œuvre selon des modalités régulières le service de transport scolaire qui lui était confié.

4. Par ailleurs, la société requérante n'apporte pas d'élément susceptible de démontrer le caractère disproportionné ou excessif des pénalités mises à la charge du groupement, au regard notamment du montant total du marché.

5. Il résulte de ce qui précède que la société Transport l'Oiseau Bleu n'est pas fondée à contester la régularité ou le bien-fondé des pénalités mises à la charge du groupement dont elle était mandataire et que, par voie de conséquence, les titres de recette émis sur la base de ces pénalités doivent être validés.

Sur la compensation :

6. Aux termes de l'article 1347-1 du code civil : " Sous réserve des dispositions prévues à la sous-section suivante, la compensation n'a lieu qu'entre deux obligations fongibles, certaines, liquides et exigibles. Sont fongibles les obligations de somme d'argent, même en différentes devises, pourvu qu'elles soient convertibles, ou celles qui ont pour objet une quantité de choses de même genre ".

7. D'une part, il résulte de l'instruction qu'une compensation a été opérée par le comptable public entre le montant correspondant aux mandats émis en paiement des factures présentées par le groupement, à savoir 411 684,98 euros, et le montant des pénalités mises à la charge du groupement et ayant donné lieu à l'émission, les 29 avril et 13 mai 2022, de titres de recette à hauteur d'une somme totale de 161 050 euros. Il est suffisamment établi que tant ces pénalités que les créances du groupement Cap Ouest ont trait au même marché de transport scolaire, présentant ainsi entre elle un lien de connexité de nature à justifier la compensation, conformément aux dispositions de l'article 1347-1 du code civil précité. Par suite, la décision de compensation prise par le comptable public le 24 mai 2022 n'est pas entachée d'illégalité.

8. D'autre part, il résulte de l'instruction que, contrairement à ce que soutient la société requérante, aucune compensation n'a été effectuée à l'égard des 64 titres exécutoires émis en mai et juin 2022 sous les n° 580 à 594, 614 à 646, 665 à 676 et 713 à 716 pour un montant total de 199 600 euros. Dès lors, les conclusions présentées sur ce point sont sans objet et, par suite, irrecevables.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de la société Transport l'Oiseau Bleu doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de la société requérante une somme de 1 500 euros à verser au TCO au titre des frais que celui-ci a exposés pour sa défense.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2200807 et 2201032 de la société Transport l'Oiseau Bleu sont rejetées.

Article 2 : La société Transport l'Oiseau Bleu versera à la communauté d'agglomération du Territoire de la Côte Ouest (TCO) une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Transport l'Oiseau Bleu, au TCO et au directeur régional des finances publiques de La Réunion.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Aebischer, président,

M. Monlaü, premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.

La rapporteure,

N. TOMI

Le président,

M.-A. AEBISCHERLe greffier,

F.IDMONT

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2200807

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