vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200881 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DUGOUJON & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré enregistré le 15 juillet 2022, le préfet de La Réunion, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de Trois-Bassins a délivré à la commune un permis autorisant la construction d'un complexe hôtelier, composé de vingt-cinq logements dans dix-huit écolodges, sur un terrain situé chemin Notre Dame de Sion sur les parcelles cadastrées AE 309, 310p et 938.
Il soutient que :
- l'arrêté méconnaît l'article L. 181-12 du code rural et de la pêche maritime, dès lors qu'il a fait l'objet d'un avis défavorable de la commission départementale de la préservation des espaces naturels agricoles et forestiers (CDPENAF) ;
- il méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'un avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS).
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2023, la commune de Trois-Bassins, représentée par Me Doulouma, conclut au rejet de la requête, à ce que le tribunal sursoit à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme dans l'attente de la délivrance d'un permis de régularisation et à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les avis rendus par la CDPENAF les 15 décembre 2021 et 22 février 2023 sont irréguliers et infondés ;
- les avis rendus par la CDNPS les 15 mars 2022 et 30 mars 2023 sont irréguliers et infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- et les observations de Me Perraud, représentant de la commune de Trois-Bassins.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 30 décembre 2021 le maire de Trois-Bassins a délivré à la commune un permis l'autorisant à construire un complexe hôtelier, composé de vingt-cinq logements dans dix-huit écolodges, sur un terrain situé chemin Notre Dame de Sion sur les parcelles cadastrées AE 309, 310p et 938. Par le présent déféré, le préfet de La Réunion demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'étendue du litige :
2. En cours d'instance, la commune a déposé une demande de permis de construire modificatif le 22 septembre 2022. Il est constant qu'elle bénéficie d'un permis de construire modificatif tacite en l'absence de notification d'une décision à l'issue du délai d'instruction, soit au plus tard le 22 février 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 181-12 du code rural et de la pêche maritime : " () à La Réunion () tout projet d'élaboration ou de révision d'un document d'aménagement ou d'urbanisme ayant pour conséquence d'entraîner le déclassement de terres classées agricoles, ainsi que tout projet d'opération d'aménagement et d'urbanisme ayant pour conséquence la réduction des surfaces naturelles, des surfaces agricoles et des surfaces forestières dans les communes disposant d'un document d'urbanisme, ou entraînant la réduction des espaces non encore urbanisés dans une commune soumise au règlement national d'urbanisme, doit faire l'objet d'un avis favorable de la commission mentionnée à l'article L. 181-10. / () Dans les délais et conditions définis au code de l'urbanisme, la commission se prononce sur ces projets au regard de l'objectif de préservation des terres agricoles en prenant en compte l'ensemble des critères suivants : / 1° Les objectifs d'intérêt général du projet ; / 2° Les potentialités agronomiques et environnementales des terres agricoles ; / 3° Les réserves de constructibilité existant dans les zones urbaines ou à urbaniser de la commune considérée et des communes limitrophes ; / 4° La possibilité de solutions alternatives. " Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un projet d'urbanisme a pour conséquence de réduire les surfaces naturelles, agricoles ou forestières, l'autorité compétente ne peut en autoriser la réalisation par la délivrance d'un permis de construire qu'après avoir recueilli l'avis favorable de la commission départementale de la préservation des espaces naturels agricoles et forestiers (CDPENAF).
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet, qui implique notamment la construction de 1 015 m2 de surface de plancher en zone naturelle (N) du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, a fait l'objet d'un avis défavorable de la CDPENAF le 15 décembre 2021.
5. Toutefois, pour émettre son avis, la CDPENAF s'est bornée à retenir la motivation suivante : " Le porteur de projet pourra représenter son projet en CDPENAF en précisant l'analyse de la sensibilité écologique du site, les mesures de protection de l'espace naturel et l'intégration paysagère ". Ce faisant la CDPENAF ne s'est pas prononcée au regard de l'objectif de préservation des terres agricoles en prenant en compte les critères énumérés à l'article L. 181-12 précité. Ainsi, la commune est fondée à soutenir que l'avis de la CDPENAF du 15 décembre 2021 est irrégulier. Par suite, le préfet de La Réunion n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté méconnaît les dispositions précitées dès lors que le projet a fait l'objet d'un avis défavorable de la CDPENAF.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. / L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages. " Aux termes de l'article R. 423-60 du code de l'urbanisme : " () le délai à l'issue duquel les commissions qui n'ont pas fait parvenir à l'autorité compétente leur réponse motivée sont réputées avoir émis un avis favorable est porté à deux mois en ce qui concerne la commission régionale du patrimoine et de l'architecture et la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. "
7. En l'espèce, la commune de Trois-Bassins a saisi la commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS) par un courrier daté du 27 décembre 2021. La CDNPS a rendu un avis défavorable sur le projet le 15 mars 2022. Par suite, à la date de l'arrêté litigieux du 30 décembre 2021, la CDNPS n'avait pas encore émis d'avis et le projet n'avait pas fait l'objet d'un avis réputé favorable. Or, compte tenu des caractéristiques du projet, qui porte sur une emprise de 22 000 m2 en zone naturelle du plan local d'urbanisme, implique la création de 1 015 m2 de surface de plancher, vingt-sept places de stationnements, ainsi que la réalisation de voies et réseaux divers, la consultation de la CDNPS constitue une garantie. En outre, ainsi que cela a été dit, il ressort des pièces du dossier que la commune bénéficie d'un permis de construire modificatif né, au plus tard le 22 février 2023, de sa demande déposée le 22 septembre 2022. Toutefois, il ressort également de ces pièces que la CDNPS n'a rendu son avis sur le projet que le 30 mars 2023, alors qu'elle avait été saisie du permis de construire modificatif par la commune le 25 janvier 2023. Par suite, à la date de la naissance du permis de construire modificatif tacite le délai à l'issue duquel les commissions qui n'ont pas fait parvenir à l'autorité compétente leur réponse motivée sont réputées avoir émis un avis favorable n'était pas expiré. Il en résulte que le permis de construire modificatif n'a pas régularisé l'irrégularité du permis de construire initial. Ainsi, le préfet de La Réunion est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions précitées.
Sur la portée de l'annulation :
8. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. "
9. En l'espèce, le vice relevé au paragraphe 7 du présent jugement est susceptible d'être régularisé. Par suite, il est sursis à statuer sur les conclusions de la requête jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Avant de statuer sur les conclusions présentées par le préfet de La Réunion tendant à l'annulation du permis de construire délivré le 30 décembre 2021 à la commune de Trois Bassins, il est sursis à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, dans l'attente de la notification au tribunal d'un permis de construire modificatif régularisant le vice tenant à la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Trois-Bassins et au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Felsenheld, premier conseiller,
- Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le rapporteur,Le président,
R. FELSENHELDCh. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026