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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200900

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200900

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHICAUD & PREVOST - OCEAN INDIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 juillet 2022 et 1er mars 2023, M. A B, représenté par Me Prévost, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 juin 2022 par laquelle le maire de Sainte-Marie a rejeté sa demande de reconstitution de carrière ;

2°) d'enjoindre à la commune, sous astreinte, de le nommer dans un emploi de catégorie B et de procéder à la reconstitution de sa carrière ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Marie une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'irrégularité en ce qu'elle n'est pas suffisamment motivée ;

- il aurait dû bénéficier d'une intégration par équivalence avec le grade dont il était titulaire dans le corps des sous-officiers de gendarmerie et qui se rattache à la catégorie B ;

- l'engagement pris par la commune de l'affecter en priorité sur un emploi de catégorie B n'a pas été respecté alors que deux autres agents ont pu être recrutés dans cette catégorie ;

- il a fait l'objet d'une rétrogradation, ayant été intégré à l'indice majoré 432 alors qu'il aurait atteint l'indice majoré 445 dans son grade d'origine.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 août 2022 et 27 avril 2023, la commune de Sainte-Marie conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2006-1391 du 17 novembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des agents de police municipale ;

- le décret 2008-952 du 12 septembre 2008 portant statut particulier du corps des sous-officiers de gendarmerie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tomi, première conseillère,

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,

- les observations de Me Prévost, avocat du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M A B, gendarme titulaire du grade de maréchal des logis-chef, classé au 4ème échelon, correspondant à un indice brut (IB) 494 et à un indice majoré (IM) 426, a été détaché à sa demande auprès de la commune de Sainte-Marie, pour un an à compter du 1er octobre 2019, dans le cadre d'emplois des agents de police municipale, au grade de brigadier-chef principal, étant alors classé au 7ème échelon, IB 500, IM 431, par arrêté du 19 septembre 2019. Ce détachement a été renouvelé pour la même durée par arrêté du 29 septembre 2020. Par arrêté du 18 juin 2021, il a bénéficié d'une intégration dans le même cadre d'emplois même grade, étant classé à l'IB 501, IM 432, avec une reprise d'ancienneté de 2 ans 7 mois et 22 jours. Le 2 mars 2022 il a formulé une demande de reconstitution de carrière, invoquant un droit à être reclassé dans le grade de chef de service de police municipale au motif que, selon lui son grade d'origine correspondait en équivalence à un emploi de catégorie B. Par lettre du 8 juin 2022, un refus a été opposé par le maire à cette demande, dont M. B demande l'annulation par la présente requête.

2. En premier lieu, la décision de refus de reclassement litigieuse ne figure pas au nombre des décisions qui doivent être obligatoirement motivées en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'acte doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 4139-2 du code de la défense : " I. - Le militaire qui remplit les conditions de grade et d'ancienneté définies par décret en Conseil d'Etat peut, sur demande agréée par l'autorité compétente, être détaché dans un corps ou un cadre d'emplois de fonctionnaire civil relevant d'une administration de l'Etat, d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public (). Le détachement est prononcé pour une période initiale renouvelable (). A l'issue de la période de détachement, le militaire peut être intégré dans le corps ou le cadre d'emplois d'accueil () / III. - Les modalités d'application du I et du II () sont fixées par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l''article L. 4139-4 de ce code : " Durant le détachement prévu aux articles L. 4139-1 à L. 4139-3, le militaire perçoit une rémunération au moins égale à celle qu'il aurait perçue s'il était resté en position d'activité au sein des armées, dans des conditions fixées par décret () ". L'article R. 4138-39 du même code dispose que : I.- Lors du détachement (), le militaire est classé, dans le grade dans lequel il est détaché, à un indice égal ou, à défaut, immédiatement supérieur à l'indice dont il bénéficiait dans son grade d'origine. Le militaire est classé dans l'échelon sommital du grade dans lequel il est détaché si l'indice afférent à cet échelon est inférieur à l'indice qu'il détenait dans son grade d'origine. Il conserve néanmoins à titre personnel, durant la durée de son détachement, l'indice détenu dans son grade d'origine, dans la limite de l'indice afférent à l'échelon sommital du corps ou cadre d'emplois d'accueil () ". Aux termes de l'article R. 4139-20 du même code, pris pour l'application de l'article L. 4139-2 : " L'intégration est prononcée par l'autorité ayant le pouvoir de nomination dans le corps d'accueil. Le militaire est alors radié des cadres ou rayé des contrôles de l'armée active à la date de son intégration. / Le militaire est nommé à l'emploi dans lequel il a été détaché et classé dans le corps, en tenant compte, le cas échéant, des responsabilités correspondant à son emploi d'intégration, à un grade et à un échelon doté d'un indice égal ou à défaut immédiatement supérieur à celui dont il bénéficiait en qualité de militaire ".

4. Par ailleurs, aux termes de l'article 1er du décret n° 2008-952 du 12 septembre 2008 portant statut particulier du corps des sous-officiers de gendarmerie : " Les sous-officiers de gendarmerie participent, sous le commandement des officiers, à la constitution et à l'encadrement des formations () ". Aux termes de l'article 7 du même décret : " Les sous-officiers de gendarmerie des grades de maréchal des logis-chef, adjudant, adjudant-chef et major sont classés dans une échelle de solde spécifique () ".

5. Enfin, aux termes .de l'article 1er du décret n° 2006-1391 du 17 novembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des agents de police municipale : " " Les agents de police municipale constituent un cadre d'emplois de catégorie C au sens de l'article L. 411-2 du code général de la fonction publique. Ce cadre d'emplois comprend le grade de gardien-brigadier et le grade de brigadier-chef principal. Ces grades sont régis par les dispositions du décret n° 2016-596 du 12 mai 2016 relatif à l'organisation des carrières des fonctionnaires de catégorie C de la fonction publique territoriale et par celles du présent décret. Les gardiens-brigadiers prennent l'appellation de " brigadier " après quatre années de services effectifs dans le grade. Le grade de gardien-brigadier relève de l'échelle C2 de rémunération. L'échelonnement indiciaire du grade de brigadier-chef principal est fixé par décret ".

6. Il résulte des dispositions précitées que le grade de brigadier-chef principal de police municipale, dans lequel M. B a été recruté à sa demande par la voie du détachement puis de l'intégration, relève de la catégorie C de la fonction publique territoriale. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne résulte pas des dispositions législatives et réglementaires rappelées ci-dessus que le grade de maréchal des logis-chef qu'il détenait avant son intégration puisse être qualifié d'équivalent à l'un ou l'autre des grades de catégorie B de la fonction publique territoriale. Au demeurant, les conditions de détachement et d'intégration des militaires sont uniquement régies par les dispositions du code de la défense précitées. Si l'intéressé soutient que la commune aurait pris l'engagement de le nommer à un emploi de catégorie B au titre de son intégration dans la police municipale, ses allégations ne sont étayées par aucun commencement de preuve. Quant au moyen tiré de la prétendue rétrogradation dont M. B aurait fait l'objet, il ne saurait être accueilli dès lors que les pièces versées au dossier font apparaître que son intégration dans le grade de brigadier-chef principal a été effectuée à l'IB 501 (IM 432), soit à un indice supérieur à celui qu'il détenait dans son corps d'origine, à savoir l'IB 494 (IM 426). Par suite, l'ensemble des moyens de légalité interne invoqués par le requérant doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par la commune de Sainte-Marie sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Marie sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Sainte-Marie.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Aebischer, président,

M. Monalü, premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La rapporteure,

N. TOMI

Le président,

M.-A. AEBISCHER

Le greffier,

F. IDMONT

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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