lundi 6 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200903 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Galais, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 mai 2022 par laquelle le directeur de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL) de La Réunion a implicitement rejeté sa demande de retrait du titre de perception émis le 23 novembre 2018 ;
2°) d'enjoindre à ce directeur de retirer le titre de perception émis le 23 novembre 2018 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le titre de perception est illégal, dès lors qu'il a été notifié le 4 octobre 2021 accompagné d'un échéancier daté du mois de juin 2021 ; ainsi, il prend effet à une date antérieure à la date à laquelle il devient exécutoire ;
- il est illégal, dès lors que sa notification ne mentionne pas les voies et délais de recours ;
- il est illégal, dès lors qu'il est fondé sur l'arrêté du 24 septembre 2018, lui-même fondé sur des faits inexacts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le moyen tiré de la notification irrégulière du titre de perception est inopérant ;
- l'exception d'illégalité de l'arrêté du 24 septembre 2018 est irrecevable, et, en tout état de cause, n'est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- l'arrêté du 30 juin 1997 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées pour la protection de l'environnement soumises à déclaration sous la rubrique n°2515 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A exerce, sous le nom commercial " LUDO Recyclage Concassage ", plusieurs activités relevant du régime des installations classées pour la protection de l'environnement sur le territoire de la commune du Port. Par un arrêté du 15 octobre 2014, le préfet de La Réunion a enjoint à M. A de cesser et de supprimer toutes activités d'extraction et de stockage de matériaux puis de traitement de véhicules hors d'usage sur les parcelles BK1, BK26, BK35, BK84, BM2, BM43 et BM44. Par un arrêté du 5 septembre 2017, le préfet de La Réunion l'a mis en demeure, pour ses installations de broyage, concassage et criblage, de respecter certaines dispositions de l'arrêté du 30 juin 1997 relatif aux installations classées dans la rubrique n°2515 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement. Par un arrêté du 13 septembre 2017, le préfet de La Réunion a fixé une astreinte journalière de 50 euros pour la cessation définitive des activités constatées par l'arrêté du 15 octobre 2014, ainsi qu'une astreinte journalière de 250 euros pour la suppression des de ces installations. Par un rapport de visite en date du 31 juillet 2018, rédigé suite à une visite de contrôle effectuée le 15 juin 2018, il a été relevé, d'une part, l'exploitation d'un transit de matériaux alluvionnaires d'une surface supérieure ou égale à 5 000 m2, la présence de déchets issus d'installation de traitement de déchets (VHU) et la présence d'installations classées de transit de matériaux alluvionnaires puis de déchets issus de VHU, malgré la cessation et la suppression desdites activités imposée par l'arrêté préfectoral du 15 octobre 2014, et, d'autre part, le non-respect de plusieurs dispositions de l'arrêté ministériel du 30 juin 1997, en dépit de l'arrêté de mise en demeure du 5 septembre 2017. Par un arrêté du 24 septembre 2018, le préfet de La Réunion a ordonné le paiement d'une amende administrative de 5 000 euros, et a ordonné le recouvrement de l'astreinte administrative journalière fixée par l'arrêté du 13 septembre 2017 pour un montant de 12 000 euros. A la suite de cet arrêté, un titre de perception a été émis le 23 novembre 2018, pour un montant de 17 000 euros. Ce titre a été notifié à M. A le 19 novembre 2021. M. A a formé un recours administratif préalable obligatoire contre ce titre par un courriel du 22 novembre 2021, auquel il n'a pas été répondu. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur de l'environnement, de l'aménagement et du logement de La Réunion a rejeté sa demande de retrait du titre de perception émis le 23 novembre 2018.
Sur le cadre du litige :
2. Aux termes de l'article 117 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : / 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; / 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception. / Les contestations du titre de perception ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance. ". Aux termes de l'article 118 de ce décret : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. / Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. / La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent. ".
3. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue en principe à la décision initiale, et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge. Toutefois, lorsque la décision initiale est un titre exécutoire et que l'autorité compétente rejette le recours de l'intéressé en décidant de poursuivre le recouvrement de la créance par le moyen de ce titre, le recours ensuite formé devant le juge doit être regardé comme dirigé contre ces deux décisions.
4. Dès lors, la requête formée par M. A doit être regardée comme dirigée contre le titre de perception émis le 23 novembre 2018 et contre la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, les moyens tirés de ce que le titre de perception aurait été notifié avec un échéancier daté de juin 2021, et de ce que la notification ne comprenait pas la mention des voies et délais de recours, doivent être écartés.
6. En second lieu, le destinataire d'un ordre de versement est recevable à contester, à l'appui de son recours contre cet ordre de versement, et dans un délai de deux mois suivant la notification de ce dernier, le bien-fondé de la créance correspondante, alors même que la décision initiale constatant et liquidant cette créance est devenue définitive, comme le prévoient au demeurant, pour les dépenses de l'Etat, les articles 117 et 118 du décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012.
7. En contestant les faits relevés dans le rapport d'inspection du 31 juillet 2018 et en excipant de l'illégalité de l'arrêté du 24 septembre 2018 à l'appui de son recours contre le titre de perception émis le 23 novembre 2018, M. A doit être regardé comme contestant le bien-fondé de la créance que le titre de perception a pour objet de recouvrer.
8. D'une part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. / (). ". Aux termes de l'article L. 511-2 du même code : " Les installations visées à l'article L. 511-1 sont définies dans la nomenclature des installations classées établie par décret en Conseil d'Etat, pris sur le rapport du ministre chargé des installations classées, après avis du Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques. Ce décret soumet les installations à autorisation, à enregistrement ou à déclaration suivant la gravité des dangers ou des inconvénients que peut présenter leur exploitation. ".
9. D'autre part, aux termes de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. () / S'il n'a pas été déféré à la mise en demeure à l'expiration du délai imparti, ou si la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification est rejetée, ou s'il est fait opposition à la déclaration, l'autorité administrative ordonne la fermeture ou la suppression des installations et ouvrages, la cessation définitive des travaux, opérations ou activités, et la remise des lieux dans un état ne portant pas préjudice aux intérêts protégés par le présent code. / Elle peut faire application du II de l'article L. 171-8, notamment aux fins d'obtenir l'exécution de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 171-8 dudit code : " I. - Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. En cas d'urgence, elle fixe les mesures nécessaires pour prévenir les dangers graves et imminents pour la santé, la sécurité publique ou l'environnement. / II. - Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : / () / 4° Ordonner le paiement d'une amende au plus égale à 15 000 € et une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de la mise en demeure. Les dispositions des deuxième et troisième alinéas du 1° s'appliquent à l'astreinte. () ". En vertu de la rubrique n° 2515 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, les installations de broyage, concassage, criblage sont des installations classées pour la protection de l'environnement. En vertu de la rubrique n° 2517 de cette nomenclature, les stations de transit, regroupement ou tri de produits minéraux ou déchets non dangereux inertes supérieures à 5 000 m2 sont également des installations classées pour la protection de l'environnement.
10. Pour édicter une sanction de 5 000 euros ainsi qu'une astreinte de 12 000 euros, l'arrêté du 24 septembre 2018 a notamment relevé l'exploitation d'un transit de matériaux alluvionnaires d'une surface supérieure ou égale à 5 000 m2 ainsi que la présence d'installations classées de transit de matériaux alluvionnaires, en dépit de l'arrêt définitif et de la suppression de ces activités ordonnés par l'arrêté préfectoral du 15 octobre 2014. Ces faits ont été constatés par le rapport de visite de l'inspection des installations classées pour la protection de l'environnement établi le 31 juillet 2018. Si le requérant soutient que les matériaux exploités proviennent de d'achats réalisés auprès de chantiers routiers en 1988, les pièces qu'il produit ne permettent pas de l'établir. Par ailleurs, s'il produit un procès-verbal d'huissier du 3 décembre 2015 indiquant que " la station de criblage est en cours de démontage " et que le " concasseur est démonté ", ces faits sont contredits par le rapport de visite du 31 juillet 2018, qui relève que les installations de concassage sont toujours présentes sur le site et comporte en annexe des photographies du concasseur. De même, le procès-verbal du 20 juin 2018, établi à la demande de l'intéressé postérieurement à la visite des inspecteurs, n'est pas de nature à remettre en cause les constats effectués par les inspecteurs le 15 juin 2018. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 24 septembre 2018 reposerait sur des faits inexacts.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du titre de perception émis le 23 novembre 2018 ainsi que de la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire formé le 22 novembre 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B A et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche.
Copie sera adressée au préfet de La Réunion et au directeur régional des finances publiques de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 9 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Duvanel, premier conseiller,
- Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2025.
La rapporteure,
J. BEDDELEEM
Le président,
Ch. BAUZERAND
Le greffier,
F. IDMONT
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026