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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200904

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200904

mercredi 26 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre bis

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juillet et 11 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Wandrey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois ;

2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation.

Elle fait valoir que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) s'est fondé sur des documents médicaux anciens et non pertinents ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît l'article L. 611-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 octobre 2022, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu la décision du 30 août 2022 par laquelle le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme B à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Felsenheld a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante comorienne née le 23 janvier 1984 à Bandrani Mtsangani (Comores), est entrée à La Réunion en septembre 2020 dans le cadre d'une évacuation sanitaire. Titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale " valable du 20 février 2020 au 19 février 2024 délivrée par le préfet de Mayotte, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade auprès du préfet de La Réunion. Par une décision du 22 avril 2022 le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai d'un mois. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

S'agissant de la légalité externe :

2. En premier lieu, l'arrêté du 22 avril 2022, qui vise l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que si l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ainsi, l'arrêté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Dès lors, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, Mme B soutient que l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII du 30 mars 2022 est irrégulier, dès lors qu'il est fondé sur des documents médicaux trop anciens. Toutefois, il appartenait à Mme B de compléter sa demande en cours d'instruction si elle estimait utile de le faire. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis doit être écarté.

4. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de La Réunion aurait entaché la décision contestée d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de Mme B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que les médecins du collège de l'OFII, qui ont émis leur avis le 30 mars 2022, ont estimé que l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contredire cette appréciation, la requérante produit deux certificats médicaux datés du 29 juin 2022 et du 1er mars 2023 par lesquels un médecin généraliste indique qu'elle " présente une affection rhumatologique très invalidante, nécessitant un traitement lourd, des consultations spécialisées, des explorations hospitalisées " et qu'elle " présente une maladie rhumatismale nécessitant des consultations spécialisées (rhumatologiques) et un traitement continu ". Toutefois, aucun de ces documents n'est de nature à remettre en cause le bien-fondé de l'avis émis le 30 mars 2022 par le collège des médecins de l'OFII. Dans ces conditions, le préfet de La Réunion n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par voie de conséquence, la requérante n'est pas plus fondée à soutenir que le préfet aurait dû, sur le fondement de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisir la commission du titre de séjour pour émettre un avis sur sa demande.

7. En second lieu, Mme B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, prohibant les traitements inhumains et dégradants, à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour présentée en raison de son état de santé.

8. Par suite, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de son titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que, Mme B ne remplissant pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé, le préfet de La Réunion pouvait légalement assortir sa décision de refus de titre de séjour d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision d'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de la requérante entrainerait des conséquences particulièrement graves pour sa santé. Elle n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si Mme B invoque son état de santé, il résulte de ce qui a été dit au point 6 ci-dessus que l'arrêt du traitement dont elle bénéficie en France n'aurait pas de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Elle ne peut donc, en tout état de cause, soutenir que la décision l'obligeant à quitte le territoire aurait été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

12. Par suite, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation présentées par Mme B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de La Réunion.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative

Délibéré après l'audience du 26 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Caille, premier conseiller,

M. Felsenheld, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2023

Le rapporteur,

R. FELSENHELD Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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