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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200927

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200927

samedi 15 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200927
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP MOREAU-NASSAR-HAN KWAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 26 juillet 2022, 23 mai, 25 juillet et 31 juillet 2023, l'association Droit de cité, représentée par Me Moreau, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2022 par lequel le préfet de La Réunion a suspendu l'activité de refuge animalier qu'elle mène sur ses sites de Saint-Benoît et de Sainte-Rose ;

2 °) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un détournement de procédure ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît le principe du contradictoire ;

- il est entaché d'erreurs de faits ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et de disproportion ;

- les conditions fixées pour la levée de la suspension sont impossibles à réunir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 novembre 2022 et 19 juin 2023, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dépourvue de conclusions et de moyens ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er août 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 28 août 2023.

Un mémoire du préfet de La Réunion a été enregistré le 31 août 2023 après la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 25 octobre 1982 relatif à l'élevage, à la garde et à la détention des animaux ;

- l'arrêté du 3 avril 2014 fixant les règles sanitaires et de protection animale auxquelles doivent satisfaire les activités liées aux animaux de compagnie d'espèces domestiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- et les observations de Mme A, représentant le préfet de La Réunion.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite d'un contrôle réalisé le 27 mai 2022 par les services de la direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt, le préfet de La Réunion a, par un arrêté du même jour, suspendu les activités de refuge animalier menée par l'association Droit de cité, connue également sous la dénomination " Arche de Noé ", sur ses sites de Saint-Anne et de Sainte-Rose. Par la présente requête, l'association Droit de cité demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 9 mars 2022, qui porte mention de sa publication au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département, le directeur de l'alimentation de l'agriculture et de la forêt de La Réunion, qui justifie lui-même d'une délégation du préfet, a donné délégation à M. C B adjoint à la cheffe de service alimentation et chef du pôle sécurité sanitaire des aliments et interventions judiciaires, signataire de l'arrêté litigieux, le soin de signer " tous les actes () décisions, dont les arrêtés préfectoraux, relevant du service alimentation ". Il résulte de l'organigramme de la direction produit à l'instance que la matière relative à la protection des animaux relève du service alimentation de cette direction. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte litigieux manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / (.) ".

4. En l'espèce, la décision litigieuse comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractère lisible, de son prénom, de son nom et de sa qualité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".

6. En l'espèce, l'arrêté litigieux vise notamment les dispositions du livre II du code rural et de la pêche maritime, ainsi que celles de l'arrêté du 25 octobre 1982 relatif à l'élevage, à la garde et à la détention des animaux et l'arrêté du 3 avril 2014 fixant les règles sanitaires et de protection animale auxquelles doivent satisfaire les activités liées aux animaux de compagnie d'espèces domestiques. Il mentionne que lors du contrôle réalisé le 27 mai 2022, dans les deux refuges de l'établissement, il a été constaté la détention de cent-dix chiens et quarante chats dans des conditions d'insalubrité et de vétusté, la présence d'objets divers et l'absence de maintenance conduisant à un risque de blessures pour les animaux (sols composés de galets irréguliers avec accumulation d'eau, objets coupants, tôles et grillages dégradés), la présence de multiples réparations faites à l'aide de matériaux rouillés, la détention d'animaux dans des pièces vétustes et pour certains obscures, la présence de maladies de peaux chez des animaux (notamment la gale démodécique), la présence d'un chien avec des plaies suppurantes à l'œil, la présence d'un chaton mourant et d'un autre présentant des plaies sanglantes à l'oreille, l'absence de registre d'entrée et de sorties des sites, l'absence de vétérinaire sanitaire désigné, la présence d'insectes vivants en grand nombre et la détection de nombreux vers intestinaux dans les selles animales, la présence d'un cadavre de chien dans une poubelle de voirie située devant un des sites, l'absence de visites sur les sites par des adoptants, la présence de sacs poubelles contenant des excréments d'animaux et l'absence de réalisation de soins vétérinaires sur six animaux présentant des pathologies ou des blessures. L'arrêté précise que ces manquements présentent un risque pour la santé et la protection des animaux présents sur les deux sites et que leur importance créée une situation d'urgence nécessitant une suspension immédiate de l'activité de l'association. Ce même arrêté précise enfin que la levée de la mesure de suspension est subordonnée à la remise en conformité des installations des sites avec la réglementation en vigueur, à la production de l'ensemble des documents administratifs requis en matière d'exercice d'une activité de refuge, à la mise en œuvre d'une maintenance adaptée sur chacun des sites, au retrait de tous les objets ou sources de risques et de blessures ainsi qu'à la désignation d'un vétérinaire sanitaire. Par suite, il résulte de ce qui précède que l'arrêté litigieux comporte les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

7. En quatrième lieu, l'association requérante fait valoir que l'arrêté litigieux est entaché d'un détournement de procédure pour plusieurs motifs et notamment la circonstance que l'arrêté ne pourrait être pris ni sur la base de constatations réalisées dans le cadre d'une procédure pénale ni en vertu de la police des installations classées. Toutefois, l'arrêté litigieux a été pris sur le fondement des dispositions relatives à la police administrative instituée par les dispositions des articles L. 206-1 et suivants du code rural. Par suite, la circonstance que les manquements constatés en l'espèce aient également donné lieu à une procédure pénale et que les sites de l'association aient par ailleurs fait l'objet d'un contrôle sur le fondement de la police des installations classées pour la protection de l'environnement est sans influence sur la légalité de la décision contestée.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 206-2 du code rural et de la pêche maritime : " I. - Lorsqu'il est constaté un manquement aux dispositions suivantes : / - de l'article L. 214-3 et des règlements pris pour son application ; / - de l'article L. 214-6-1 et des règlements pris pour son application ; / - relatives à la prévention, à la surveillance et à la lutte contre les maladies des animaux prévues au titre préliminaire et au titre II ; / () / et sauf urgence, l'autorité administrative met en demeure l'intéressé de satisfaire à ces obligations dans un délai qu'elle détermine. Elle l'invite à présenter ses observations écrites ou orales dans le même délai en se faisant assister, le cas échéant, par un conseil de son choix ou en se faisant représenter. Si, à l'expiration de ce délai, l'intéressé n'a pas obtempéré à cette injonction, ou sans délai en cas d'urgence, l'autorité administrative peut ordonner la suspension de l'activité en cause jusqu'à ce que l'exploitant se soit conformé à son injonction. ". Aux termes de l'article L. 214-3 du même code : " Il est interdit d'exercer des mauvais traitements envers les animaux domestiques ainsi qu'envers les animaux sauvages apprivoisés ou tenus en captivité. / () ". Aux termes de l'article L. 214-6-1 du même code : " I.- La gestion d'une fourrière ou d'un refuge, ainsi que l'exercice à titre commercial des activités de transit ou de garde, d'éducation, de dressage et de présentation au public de chiens et de chats : / () / 2° Sont subordonnés à la mise en place et à l'utilisation d'installations conformes aux règles sanitaires et de protection animale pour ces animaux ; / () ". Les règles relatives à la protection de la santé et à la sécurité des animaux domestiques sont précisées par les arrêtés du 25 octobre 1982 et du 3 avril 2014 visés précédemment.

9. A l'appui de sa requête l'association soutient notamment que les manquements constatés sont le fait d'une ancienne employée qui cherche à nuire à son image, qu'un vétérinaire est intervenu régulièrement au cours de l'année 2022, qu'un autre a examiné en mai 2022 le chien de race malinoise dénommé " Milou " qui avait des plaies suppurantes à l'œil, que le chat mourant a été déposé au refuge la veille du contrôle et que le chien mort a été déposé dans la poubelle du site de Sainte-Anne, par un tiers, sans l'accord de l'association. Toutefois, les nombreux manquements mentionnés au paragraphe 6 du présent jugement ont été constatés par les services compétents et ont fait l'objet de procès-verbaux circonstanciés. En outre le préfet produit à l'instance des photographies prises le jour du contrôle qui permettent d'attester de l'état de délabrement généralisé des différents locaux de l'association, des manquements aux règles d'hygiène élémentaires et de l'état de santé préoccupants de plusieurs animaux. Par ailleurs, il est constant que la gérante de l'association a fait l'objet d'une condamnation pénale pour maltraitance animale en avril 2023 en raison des mêmes faits. Enfin, l'association requérante ne conteste aucunement la réalité de l'ensemble des manquements relevés au regard des règles précises fixées par les arrêtés du 25 octobre 1982 et du 3 avril 2014 en ce qui concerne notamment l'obligation de désigner un vétérinaire sanitaire, d'élaborer un règlement sanitaire ou de maintenir des locaux propres et en bon état général. Par suite, ces manquements portant une atteinte grave à la santé et à la sécurité des animaux recueillis, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis des erreurs de faits, une erreur d'appréciation et aurait entaché sa décision de disproportion en suspendant dans l'urgence l'activité de refuge de l'association sur ces deux sites. Pour les mêmes motifs, compte tenu de l'urgence, le préfet pouvait se dispenser de la mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 206-2 précité.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le préfet pouvait légalement subordonner la reprise de l'activité de refuge de l'association aux conditions qu'il a fixées énumérées au paragraphe 6 du présent jugement.

11. Il résulte de tout ce qui précède que l'association Droit de cité n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 27 mai 2022 du préfet de La Réunion.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'association requérante réclame au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Droit de cité est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Droit de cité et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 15 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2024.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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