samedi 29 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200932 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Belliard, demande au tribunal d'annuler l'arrêté n° 2022-842/SG/SCOPP du 6 mai 2022 par lequel le préfet de La Réunion lui a infligé une amende administrative de 2 000 euros et l'a mis en demeure de gérer conformément au code de l'environnement les déchets qu'il détient sur les parcelles cadastrées AV 2197, 2198, 2199 et 2200 sur le territoire de la commune de Sainte-Marie.
Il soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 511-1 du code de l'environnement, dès lors que seules les installations supérieures à une superficie de 100 m2 sont soumises aux dispositions de l'article L. 511-1, et que l'installation qu'il exploite présente une superficie inférieure à 100 m2.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2023, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le moyen soulevé par M. A est inopérant et n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A exerce une activité de transit, regroupement, tri ou préparation en vue de la réutilisation de métaux ou de déchets non dangereux, sur les parcelles cadastrées AV 2197, 2198, 2199 et 2200 de la commune de Sainte-Marie. Par un rapport de visite d'inspection en date du 30 décembre 2020, rédigé suite à une visite de contrôle effectuée le 4 décembre 2020, les inspecteurs de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL) de La Réunion ont relevé que M. A exploitait illégalement une installation classée pour la protection de l'environnement relevant de la rubrique 2713. Par un arrêté du 31 mars 2021, le préfet de La Réunion a mis en demeure l'intéressé de régulariser la situation administrative de son installation de transit, regroupement, tri ou préparation en vue de la réutilisation de métaux ou de déchets de métaux non dangereux. M. A a formulé des observations sur cet arrêté par un courrier du 22 avril 2021. A la suite d'une seconde visite de contrôle effectuée le 15 septembre 2021, les inspecteurs de la DEAL de La Réunion ont établi un rapport de visite d'inspection, en date du 27 décembre 2021, relevant que l'intéressé exploitait illégalement des installations classées relevant des rubriques 2713 et 2716. Par un arrêté du 6 mai 2022, le préfet de La Réunion a infligé à M. A une amende administrative de 2 000 euros, en application de l'article L. 541-3 du code de l'environnement, et l'a mis en demeure de gérer conformément au code de l'environnement les déchets qu'il détient sur les parcelles cadastrées AV 2197, 2198, 2199 et 2200. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 6 mai 2022.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. / (). ". Aux termes de l'article L. 511-2 du même code : " Les installations visées à l'article L. 511-1 sont définies dans la nomenclature des installations classées établie par décret en Conseil d'Etat, pris sur le rapport du ministre chargé des installations classées, après avis du Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques. Ce décret soumet les installations à autorisation, à enregistrement ou à déclaration suivant la gravité des dangers ou des inconvénients que peut présenter leur exploitation. ". En vertu de la rubrique n°2713 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, les installations de transit, regroupement, tri ou préparation en vue de la réutilisation de métaux ou de déchets de métaux non dangereux sont des installations classées pour la protection de l'environnement soumises à enregistrement lorsqu'elles sont supérieures ou égales à 1 000 m2, et à déclaration lorsqu'elles sont supérieures ou égales à 100 m2 mais inférieures à 1 000 m2. Par ailleurs, en vertu de la rubrique n°2716 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, les installations de transit, regroupement, tri ou préparation en vue de la réutilisation de déchets non dangereux non inertes à l'exclusion des installations visées aux rubriques 2710, 2711, 2712, 2713, 2714, 2715 et 2719 sont des installations classées pour la protection de l'environnement soumises à enregistrement lorsqu'elles sont supérieures ou égales à 1 000 m2, et à déclaration lorsqu'elles sont supérieures ou égales à 100 m2 mais inférieures à 1 000 m2.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 541-3 du code de l'environnement : " I.-Lorsque des déchets sont abandonnés, déposés ou gérés contrairement aux prescriptions du présent chapitre et des règlements pris pour leur application, à l'exception des prescriptions prévues au I de l'article L. 541-21-2-3, l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente avise le producteur ou détenteur de déchets des faits qui lui sont reprochés ainsi que des sanctions qu'il encourt et, après l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations, écrites ou orales, dans un délai de dix jours, le cas échéant assisté par un conseil ou représenté par un mandataire de son choix, peut lui ordonner le paiement d'une amende au plus égale à 15 000 € et le mettre en demeure d'effectuer les opérations nécessaires au respect de cette réglementation dans un délai déterminé. (). ". Aux termes de l'article L. 541-4 du même code : " Les dispositions du présent chapitre s'appliquent sans préjudice des dispositions spéciales concernant notamment les installations classées pour la protection de l'environnement () ". Aux termes de l'article R. 541-12-16 dudit code : " Sans préjudice de dispositions particulières, lorsque les dispositions du présent titre s'appliquent sur le site d'une installation classée pour la protection de l'environnement, l'autorité titulaire du pouvoir de police mentionnée à l'article L. 541-3 est l'autorité administrative chargée du contrôle de cette installation. ".
4. Les articles L. 541-1 et suivants du code de l'environnement ont créé un régime juridique, distinct de celui des installations classées pour la protection de l'environnement, destiné à prévenir ou à remédier à toute atteinte à la santé de l'homme et à l'environnement causée par des déchets. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté litigieux qu'il a été pris en application des dispositions relatives aux déchets, et en particulier de l'article L. 541-3, et non pas au titre des dispositions relatives aux installations classées pour la protection de l'environnement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'environnement doit être écarté comme inopérant.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Felsenheld, premier conseiller,
- Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2024.
La rapporteure,
J. BEDDELEEM
Le président,
Ch. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
Le greffier,
D. CAZANOVE
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