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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2200944

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2200944

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2200944
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juillet 2022 et le 19 décembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Optimark Océan Indien, représentée par Me Kamali-Dolatabadi, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'article 3 de la décision du 31 mai 2022 par lequel le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a refusé d'autoriser le licenciement de M. A ;

2°) d'enjoindre au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion de lui délivrer une autorisation de licenciement pour M. A ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 20 octobre 2021 de l'inspecteur du travail a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, d'impartialité et de neutralité de l'inspecteur du travail ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au motif de licenciement envisagé, dès lors que l'inspecteur du travail a recherché à tort un motif disciplinaire, alors que l'employeur a formulé une demande d'autorisation de licenciement pour insuffisance professionnelle et insubordination ;

- elle est insuffisamment motivée s'agissant du lien entre la demande d'autorisation de licenciement et le mandat de l'intéressé ;

- la décision du 31 mai 2022 du ministre du travail, qui refuse le licenciement de l'intéressé au motif que la société n'a pas cherché à le reclasser, est illégale dès lors, d'une part, qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'oblige l'employeur à chercher un reclassement préalable au licenciement pour insuffisance professionnelle, et d'autre part, qu'elle a justifié avoir cherché à reclasser M. A ;

- l'insuffisance professionnelle et l'insubordination de M. A sont établies et justifient le licenciement de l'intéressé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés à l'encontre de la décision de l'inspecteur du travail sont inopérants ;

- le moyen soulevé à l'encontre de la décision du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion n'est pas fondé.

La requête a été communiquée à M. A, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- et les observations de Me Chastenet de Géry, substituant Me Kamali-Dolatabadi, représentant la société Optimark Océan Indien.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Optimark Océan Indien a engagé M. A en qualité de démo-vendeur en contrat à durée déterminée à compter du 22 novembre 2010, puis en contrat à durée indéterminée à compter du 1er décembre 2014. A la suite de plaintes de clients concernant la qualité de son travail, il a occupé le poste de chef de projets à compter du 19 septembre 2019. M. A est membre titulaire du comité économique et social depuis le 16 décembre 2019. Estimant que M. A ne donnait pas satisfaction au poste de chef de projets, par un courrier du 17 septembre 2021, reçu le 20 septembre 2021, la SAS Optimark Océan Indien a sollicité l'autorisation de procéder à son licenciement pour insuffisance professionnelle. Par une décision du 20 octobre 2021, l'inspecteur du travail de la deuxième unité de contrôle de La Réunion a refusé d'autoriser le licenciement de M. A. La SAS Optimark Océan Indien a formé un recours hiérarchique contre cette décision, par un courrier reçu le 16 décembre 2021, qui a été implicitement rejeté le 16 avril 2022. Par une décision du 31 mai 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a retiré la décision implicite de rejet du recours hiérarchique née le 16 avril 2022, a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 20 octobre 2021 et a refusé le licenciement de M. A, au motif que la société ne justifiait pas avoir recherché à reclasser M. A. Par la présente requête, la SAS Optimark Océan Indien demande au tribunal l'annulation de l'article 3 de la décision du 31 mai 2022 du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour refuser de faire droit à la demande d'autorisation de licenciement de la société Optimark Océan Indien, le ministre du travail a relevé que le licenciement pour insuffisance professionnelle d'un salarié protégé devait être précédé d'une recherche de reclassement, et que la société n'avait pas justifié avoir procédé à cette recherche de reclassement. Toutefois, aucun texte législatif ou réglementaire ni aucun principe n'impose une obligation de reclassement à un employeur qui souhaite licencier un salarié auquel il reproche une insuffisance professionnelle, les dispositions du code du travail ne prévoyant une telle obligation que dans les hypothèses où le licenciement est justifié, soit par un motif économique, soit par l'inaptitude physique du salarié. Dès lors, l'absence de recherche de reclassement ne faisait pas, par elle-même, obstacle au licenciement pour insuffisance professionnelle de M. A. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir qu'en faisant peser sur elle une obligation de cette nature, le ministre du travail a commis une erreur de droit.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la SAS Optimark Océan Indien est fondée à demander l'annulation de l'article 3 de la décision du 31 mai 2022 par lequel le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a refusé d'autoriser le licenciement de M. A.

Sur l'injonction :

4. L'annulation du refus du ministre du travail de délivrer l'autorisation de licenciement litigieuse n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint à la délivrance d'une autorisation de licenciement de M. A. En revanche, l'annulation de cette décision implique que l'administration prenne à nouveau une décision, après une nouvelle instruction de la demande de la société Optimark Océan Indien, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la SAS Optimark Océan Indien au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'article 3 de la décision du 31 mai 2022 du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la ministre du travail, de la santé et des solidarités de procéder à un réexamen de la demande d'autorisation de licenciement présentée par la société Optimark Océan Indien, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la société Optimark Océan Indien une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Optimark Océan Indien, à M. B A et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

La rapporteure,

J. BEDDELEEM

Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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