mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200963 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu les procédures suivantes :
I. Par deux requêtes enregistrées sous les numéros 2200963 et 2200964, le 4 août 2022, M. D A, représenté par Me Hoarau, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de la demande de protection fonctionnelle pour des faits de harcèlement moral, en date du 13 mai 2022, adressée à la direction générale des finances publiques ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 300 000 euros au titre des préjudices subis du fait des agissements de harcèlement moral ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a subi un harcèlement moral ;
- il devait bénéficier de la protection fonctionnelle en raison des agissements constitutifs de harcèlement moral qu'il estime avoir subis ;
- il a subi un préjudice moral fondé sur le fait qu'il lui sera difficile de travailler au sein de son service et de terminer sa carrière sereinement, ainsi qu'en raison de l'état de stress émotionnel dans lequel il se trouve.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
II. Par deux requêtes enregistrées sous les numéros 2201084 et 2201085 le 30 août 2022, M. D A représenté par Me Hoarau doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de la demande de protection fonctionnelle pour des faits de harcèlement moral, en date du 13 mai 2022, adressée à la direction des services informatiques du sud est outre-mer ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 300 000 euros au titre des préjudices subis du fait des agissements de harcèlement moral ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral ;
- le refus opposé à sa demande de protection fonctionnelle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il a subi un préjudice moral fondé sur le fait qu'il lui sera difficile de travailler au sein de son service et de terminer sa carrière sereinement, ainsi qu'en raison de l'état de stress émotionnel dans lequel il se trouve.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lebon,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A est contrôleur principal des finances publiques. Le 1er janvier 2019, il a été affecté à l'établissement de service informatique au sein de la direction régionale des finances publiques de La Réunion. A partir du 1er juillet 2019, M. A a été affecté à la cellule informatique départementale. Après ce changement d'affectation, pour lequel il a obtenu la reconnaissance d'imputabilité au service d'un accident, M. A a été placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service jusqu'au 28 février 2022 avant d'être placé en congé ordinaire de maladie à compter du 1er mars 2022. Par un courrier du 13 mai 2022, M. A a demandé à l'administration de bénéficier de l'octroi de la protection fonctionnelle pour des faits de harcèlement moral et a formé un recours indemnitaire auprès de la direction des services informatiques sud est outre-mer et de la direction régionale des finances publiques de La Réunion aux fins d'obtenir une indemnisation de 300 000 euros au titre des préjudices issus d'une situation de harcèlement moral et d'une atteinte à sa santé mentale. Par les présentes requêtes, il demande l'annulation de la décision implicite de rejet de l'administration, ainsi que la condamnation de l'Etat à l'indemniser du préjudice moral subi du fait de ces agissements.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 2200963, 2200964, 2201084, 2201085 concernent le même requérant, ont le même objet et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ". Aux termes de l'article L.134-6 de ce même code: " Lorsqu'elle est informée, par quelque moyen que ce soit, de l'existence d'un risque manifeste d'atteinte grave à l'intégrité physique de l'agent public, la collectivité publique prend, sans délai et à titre conservatoire, les mesures d'urgence de nature à faire cesser ce risque et à prévenir la réalisation ou l'aggravation des dommages directement causés par ces faits./ Ces mesures sont mises en œuvre pendant la durée strictement nécessaire à la cessation du risque ".
4. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
5. M. A soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral et a sollicité à ce titre la protection fonctionnelle. Il mentionne que l'administration ne lui a confié aucune tâche qui relève de sa compétence depuis 2009, que le climat de travail était délétère, qu'il a subi des humiliations publiques sur son lieu de travail, qu'il a fait l'objet de propos racistes, qu'il a été déplacé au sein d'un bureau qu'il partageait avec un collègue qui a fini par être muté ce qui l'a isolé, que l'administration ne lui a pas rémunéré neuf jours de congés annuels, qu'il n'a pas pu consulter son dossier administratif et que l'administration n'a pas pris en compte ses demandes liées à son état médical.
6. Toutefois, M. A ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations relatives à l'absence de tâches relevant de sa compétence depuis 2009, pas plus qu'aux humiliations publiques ou aux propos racistes, la fiche de signalement du 4 avril 2017 d'un incident portant sur un échange avec un collègue qu'il qualifie de " dénigrement notoire " ne suffisant pas à établir ces éléments.
7. De plus, il ressort de très nombreux signalements effectués par courriels que plusieurs incidents entre agents comme des agressions verbales, des empoignades et bousculades ont impliqué M. A à l'égard de différents collègues en 2014, 2015, 2017 et 2018. L'extrait du compte-rendu du comité d'hygiène, de sécurité, et des conditions de travail produit par l'administration fait état au 1er septembre 2016 de difficultés " RH ", notamment des " grandes difficultés relationnelles " du requérant qualifié également de " totalement improductif " et des difficultés rencontrées " depuis toujours " avec certains collègues.
8. Il ressort des pièces du dossier que les différentes mesures qui ont été prises et qui sont contestées par M. A, l'ont été dans l'intérêt du service, comme la convocation à un entretien concernant sa situation professionnelle du 17 mars 2016 ou encore un courriel du 21 avril 2017 du directeur du pôle pilotage et ressources et transmis aux représentants syndicaux, faisant référence à la fiche de signalement d'incident. Ce courriel évoque les entretiens réalisés avec le requérant ainsi qu'avec le collègue concerné et fait état des mesures de réorganisation proposées par la chef de service, Mme B, qui constituaient une réponse adaptée à la situation.
Il ressort des pièces du dossier que le déplacement dans un bureau séparé est précisément une mesure prise pour éviter de nouveaux conflits, ce qui explique l'installation avec un nouveau collègue. S'il est constant que le collègue de bureau de M. A a par la suite été muté, il ressort des pièces du dossier que cette mutation est la conséquence d'une sanction disciplinaire de cet agent en raison de sa condamnation pour des faits d'enregistrement ou de fixation d'image à caractère pornographique d'un mineur de 15 ans à une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis et mise à l'épreuve pendant deux ans et n'est pas en lien avec une quelconque volonté d'isoler le requérant.
9. Par ailleurs, si M. A estime que l'administration n'a pas répondu à ses demandes liées à sa situation médicale, il ressort des pièces du dossier qu'il a toutefois été convoqué à un entretien avec l'assistance sociale le 12 avril 2016 et qu'il a été placé en congé de longue maladie du 1er juin 2018 au 30 novembre 2018. Il ressort également de la note de sa cheffe de service, Mme B, après un entretien professionnel avec le requérant du 20 février 2018, que des pistes pour améliorer la situation ont été suggérées comme la prise de contact avec le médecin de prévention pour mieux appréhender la situation médicale de M. A ou encore la possibilité de recourir à la cellule nationale de médiation sociale. Il a par ailleurs obtenu la reconnaissance d'un accident comme imputable au service à la suite de son changement d'affectation de 2019. Il a fait l'objet d'un rapport d'expertise médicale du 19 mars 2020 réalisée à la demande de la direction des finances publiques de Marseille et a été convoqué à une expertise médicale le 16 février 2021, qui s'ajoute à celle de mars 2020 déjà mentionnée. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a obtenu des réponses à ses questions posées sur ses demandes de remboursement de frais médicaux par un courriel du 31 janvier 2022 envoyé par le responsable de la division ressources de la direction des services informatiques du sud est outre-mer M. C.
10. De surcroît, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu indemniser ses jours de congés non pris, l'administration produisant le bulletin de paye montrant l'indemnisation des congés non pris pour un montant de 810 euros.
11. Enfin et contrairement à ce qui est allégué par le requérant, ce dernier a pu prendre connaissance de son dossier individuel selon le formulaire daté et signé par ses soins le 22 septembre 2021.
12. Dès lors, il résulte de ce qui précède que l'ensemble des faits exposés par M. A dans sa requête ne sont pas de nature à faire présumer qu'il serait victime d'un harcèlement moral responsable de la dégradation de son état de santé de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration a opposé un refus à sa demande de protection fonctionnelle pour ce motif. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de protection fonctionnelle pour des faits de harcèlement moral en date du 13 mai 2022 adressée à la direction générale des finances publiques doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
13. Lorsqu'un agent est victime, dans l'exercice de ses fonctions, d'agissements répétés de harcèlement moral, il peut demander à être indemnisé par l'administration de la totalité du préjudice subi, alors même que ces agissements ne résulteraient pas d'une faute qui serait imputable à celle-ci. Dans ce cas, si ces agissements sont imputables, en tout ou partie, à une faute personnelle d'un autre ou d'autres agents publics, le juge administratif, saisi en ce sens par l'administration, détermine la contribution de cet agent ou de ces agents à la charge de la réparation.
14. Toutefois, si le requérant demande la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait du harcèlement moral dont il s'estime victime, il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 12 du présent jugement que les faits dont il fait état ne suffisent pas à faire présumer de l'existence d'un tel harcèlement. Dès lors, les conclusions à fin d'indemnisation ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2200963, 2200964, 2201084, 2201085 de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 19 novembre2024, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Le Merlus, conseiller,
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
L. LEBON
Le président,
T. SORIN
La greffière,
E. POINAMBALOM
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2200964, 2201084, 2201085
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026