mardi 16 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2200984 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 août 2022, M. B A et Mme D épouse A demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de La Réunion, sous astreinte, de prendre toutes mesures permettant à Mme A de revenir sur le territoire français à la date prévue, soit le 31 août 2022.
M. et Mme A soutiennent que :
- il est anormal que Mme A, arrivée régulièrement à La Réunion depuis Mayotte, ne puisse obtenir le renouvellement de son titre de séjour auquel elle a droit, particulièrement par la délivrance d'une carte de résident ;
- dans cette attente, il lui a été délivré un récépissé " première demande " qui, comme cela lui a été indiqué lors de son départ pour Madagascar le 7 août 2022, ne lui permettra pas d'effectuer le vol retour le 31 août 2022 ;
- il a été porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir et au droit de mener une vie familiale normale ;
- cette atteinte à leurs droits, dans le contexte d'un voyage qui était nécessaire, notamment du fait de l'expiration du passeport malgache le 22 août 2022 et d'une date de voyage retour fixée le 31 août 2022 pour les deux époux, est constitutive d'une situation d'urgence.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2022, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que :
- l'urgence invoquée par les requérants n'est pas suffisamment caractérisée au titre des exigences de la jurisprudence relative au référé-liberté ; au demeurant, la situation d'urgence à laquelle ils sont confrontés leur est imputable ;
- en tout état de cause, ils disposent d'un délai amplement suffisant pour solliciter et obtenir du consulat de France à Madagascar le visa retour qui permettra à Mme A de rentrer à La Réunion le 31 août 2022 ; ce consulat a été informé par la préfecture de son accord quant à la délivrance d'un tel visa ;
- les réponses apportées à Mme A, qui doit être considérée comme ayant présenté une " première demande " sans pouvoir invoquer ses années de présence régulière à Mayotte, sont conformes aux dispositions du CESEDA ; elles ne sauraient être analysées comme constitutives d'une atteinte grave et illégale portée aux libertés fondamentales invoquées par les requérants ;
- les mesures sollicitées excèdent celles relevant de l'office du juge du référé-liberté.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, en qualité de juge des référés.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 août 2022 à 14 heures 30 :
- le rapport de M. Aebischer, juge des référés ;
- les observations de M. A, requérant, qui confirme ses conclusions et moyens et precise qu'il doit être remédié à la grave atteinte portée aux droits de son épouse en ordonnant au préfet de délivrer un récépissé "renouvellement de carte de séjour" se substituant à l'actuel récépissé, ou de procéder lui-même à la délivrance d'un visa de retour ;
- les observations de M. C, représentant le préfet de La Réunion, qui confirme les écritures en defense et insiste sur le caractère irréprochable, au regard des dispositions du CESEDA, des réponses apportées par l'administration à Mme A et son époux.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré présentée par le préfet de La Réunion a été enregistrée le 13 août 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".
2. Mme A, ressortissante malgache, qui a été titulaire à Mayotte depuis 2017 d'une carte de séjour temporaire en tant que conjoint de français, ne dispose actuellement, depuis sa récente arrivée à La Réunion avec son mari en début d'année 2022, que de récépissés successifs, le dernier étant valable jusqu'au 28 octobre 2022, qui lui sont délivrés en attendant qu'il soit statué sur la " délivrance d'un premier titre de séjour ". Alors que ce document ne lui permet pas à lui seul, en cas de retour à Madagascar, d'être autorisée à entrer à nouveau sur le territoire français, elle a décidé, en toute connaissance de cause, de partir à Madagascar le 7 août 2022, son retour à La Réunion étant prévu le 31 août 2022 en compagnie de son mari, lequel l'a rejointe à Madagascar le 13 août 2022. Par la présente requête, M. et Mme A attendent du juge du référé-liberté qu'il enjoigne au préfet de La Réunion, en considération d'une grave atteinte à leur liberté d'aller et venir et à leur droit au respect de la vie familiale, de prendre les mesures nécessaires afin que soit rendu possible le retour à La Réunion de Mme A à la date prévue du 31 août 2022.
3. Pour justifier de l'urgence, M. et Mme A affirment d'abord avec force que le refus, ou retard, de délivrance à Mme A du titre de séjour auquel cette dernière serait en droit de prétendre, à savoir une carte de résident ou au minimum une carte de séjour pluriannuelle, est par lui-même constitutif non seulement d'une grave illégalité, mais encore d'une situation d'urgence. Cependant, dès lors que la situation actuelle de Mme A se caractérise par une autorisation effective de séjourner sur le territoire français, certes au titre d'un simple récépissé valant autorisation provisoire de séjour, qui emporte diverses restrictions, et non au titre de l'un ou l'autre des documents normalement délivrés en cas de résidence permanente en France, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'ils sont confrontés à une situation d'urgence de ce seul fait.
4. Par ailleurs, se les requérants invoquent les réels désagréments auxquels ils devront faire face en raison de la nécessité, en l'état du document détenu par Mme A, de solliciter et obtenir un visa de retour auprès du consulat de France à Tananarive et du risque de ne pouvoir finaliser cette formalité avant la date prévue pour le voyage retour, les justifications produites ne suffisent pas à démontrer la gravité des préjudices qu'ils subiraient au cas où ce voyage retour devrait être différé. A cet égard, les éléments présentés, notamment lors de l'audience, sur la nécessité dans laquelle s'est trouvée Mme A d'effectuer un voyage dans son pays d'origine le 7 août 2022 pour participer à une importante cérémonie funéraire, et plus encore pour le renouvellement de son passeport malgache qui venait à expiration le 22 août 2022, attestent du bien-fondé de son choix de maintenir coûte que coûte le voyage à la date prévue pour le départ, mais ne sont pas de nature à démontrer le caractère impératif du retour à La Réunion à la date du 31 août 2022. Enfin, des assurances formelles ont été données par le préfet de La Réunion dans le sens de son total assentiment à la délivrance du visa de retour par l'autorité compétente, ce qui devrait permettre à l'intéressée d'effectuer le voyage retour à brève échéance, sans perturbations importantes pour sa vie familiale.
5. Eu égard à l'ensemble de ces considérations, il y a lieu de constater que la requête de M. et Mme A ne satisfait pas à la condition d'urgence particulière requise par l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de prendre position sur la condition tenant à une atteinte grave et manifestement illégale portée à une liberté fondamentale, que la requête soumise au juge du référé-liberté ne peut qu'être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée M. et Mme A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.
Fait à Saint-Denis le 16 août 2022.
Le juge des référés,
M.-A. AEBISCHER
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
La greffière,
S. BALOUKJY
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