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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2201225

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2201225

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2201225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre bis

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 septembre 2022 et 10 février 2023, M. C B, représenté par Me Wandrey, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a désigné le pays de destination, à titre subsidiaire, d'abroger cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au même préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions.

Il soutient que :

- en ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- l'avis rendu par le collège des médecins le 6 mai 2022 est irrégulier dès lors qu'il est fondé sur des documents médicaux transmis en décembre 2021 ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

- en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît l'article L. 611-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

- en ce qui concerne les conclusions à fin d'abrogation :

- un nouvel anévrisme lui a été diagnostiqué le 12 décembre 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un courrier du 10 février 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant au prononcé de l'abrogation de l'arrêté litigieux, dès lors qu'il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir d'abroger un acte administratif individuel dont la légalité est contestée devant lui.

Vu les observations en réponse au moyen d'ordre public présentées pour M. B le 17 février 2023.

Vu la décision du 24 août 2022 par laquelle le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. B à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant malgache, né le 3 août 1986 à Antananarivo (Madagascar), a sollicité le 21 décembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 21 juillet 2022, le préfet de La Réunion a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a désigné le pays de destination. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur la recevabilité des conclusions tendant au prononcé de l'abrogation de l'arrêté litigieux :

2. Dès lors qu'il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir de prononcer l'abrogation d'un acte administratif individuel dont la légalité est contestée devant lui, les conclusions présentées à titre subsidiaire par M. B à cette fin doivent être rejetées.

Sur le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté du 21 juillet 2022, qui vise l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que le défaut de prise en charge de l'état de santé de M. B ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'ainsi sa demande ne satisfait pas aux conditions de l'article précité au regard des circonstances propres à sa situation. Par suite, la décision de refus de séjour est assortie des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus de titre de séjour serait entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle. Les moyens doivent, par suite, être écartés.

4. En deuxième lieu, M. B soutient que l'avis rendu par le collège des médecins le 6 mai 2022 est irrégulier, dès lors qu'il est fondé sur des documents médicaux, trop anciens, transmis par lui en décembre 2021. Toutefois, il appartenait à M. B de compléter sa demande en cours d'instruction, s'il estimait utile de le faire. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. ".

6. Pour rejeter la demande présentée par M. B le préfet de la Réunion s'est fondé, après avis du collège des médecins de l'OFII du 6 mai 2022, sur l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité que le défaut de prise en charge médicale aurait sur son état de santé. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant, atteint d'un anévrysme carotido-caverneux, a été admis à entrer à La Réunion, dans le cadre d'une évacuation sanitaire, sous couvert d'un visa de court séjour valable du 13 novembre au 13 décembre 2021. Le 30 novembre 2021, le requérant a été opéré de son anévrysme par embolisation. Toutefois, si à la date de la décision attaquée le requérant justifie par la production de certificats médicaux que son état de santé nécessite un suivi régulier par imagerie à résonance magnétique (IRM), aucun élément produit à l'instance n'est de nature à établir que le défaut de soins aurait sur son état de santé des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté. En outre, pour les mêmes motifs, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, prohibant les traitements inhumains et dégradants, à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () "

9. Il résulte de ce qui précède que le requérant, a fait l'objet d'un refus de séjour pris le 21 juillet 2022 par le préfet de La Réunion. Ainsi, l'intéressé entre dans le cas visé au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français. En outre, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 4 et 5, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

11. Au surplus, s'il ressort des pièces du dossier qu'un nouvel anévrisme a été diagnostiqué à M. B le 12 décembre 2022, cette circonstance est sans influence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire qui s'apprécie à la date de son édiction. En revanche, il appartiendra au préfet de tenir compte de cette circonstance nouvelle s'il souhaite mettre à exécution cette mesure.

12. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête de M. B doit être écarté.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 20 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

M. Caille, premier conseiller,

M. Felsenheld, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023

Le rapporteur,

R. A Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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