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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2201313

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2201313

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2201313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantVEDESI - SCP SCHMIDT VERGNON PELISSIER THIERRY EARD-AMINTHAS & TISSOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 7 octobre 2022, 4 mai 2023, et 10 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Vaillant, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2022 par laquelle le maire de Saint-Philippe a rejeté sa demande de rétablissement de l'indemnité d'administration et de technicité (IAT) ;

2°) de condamner la commune de Saint-Philippe à lui verser l'IAT sur la base d'un montant mensuel de 243.61 à compter du 1er janvier 2019 ;

3°) d'ordonner sa réintégration " au dernier poste à responsabilité qu'elle exerçait " ;

4°) de condamner la commune de Saint-Philippe à lui verser la somme de 100 000 euros en réparation des préjudices résultant de la discrimination, des sanctions déguisées et du harcèlement moral dont elle a été victime ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Philippe une somme de 3000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- ses fonctions lui ouvrent droit à l'IAT ;

- elle est victime d'un traitement discriminatoire ; la suppression de son IAT résulte de son engagement syndical ;

- la suppression de l'IAT et son changement de poste, avec perte de responsabilité, constituent des sanctions déguisées ;

- elle est victime de faits de harcèlement moral ayant conduit à un syndrome dépressif.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 avril 2023, 28 juillet 2023 et 21 juin 2024, la commune de Saint-Philippe, représentée par Me Vergnon, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 1 500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable pour tardiveté, la décision litigieuse ayant un caractère confirmatif ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par un courrier du 16 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le décret n° 2002-61 du 14 janvier 2002 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Ramin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe administrative non titulaire de la commune de Saint-Philippe, a contesté le 31 janvier 2019 puis le 28 février 2019, la suppression de son indemnité d'administration et de technicité (IAT) en demandant au maire de rétablir cette indemnité à compter du 1er janvier 2019. Cette demande a été implicitement rejetée. Par un courrier du 2 juin 2022, reçu le 4 juin suivant par la commune, Mme A a réitéré sa demande de paiement de l'IAT à compter du 1er janvier 2019 en réclamant une somme totale de 9 257 euros et en sollicitant en outre une réintégration dans ses précédentes fonctions. Cette demande a été expressément rejetée par un courrier du 15 septembre 2022, qui s'est substitué à la décision implicite de rejet née le 4 août 2022. Par sa requête déposée le 7 octobre 2022 et ses mémoires complémentaires, Mme A demande l'annulation de la décision de refus de versement de l'IAT en date du 15 octobre 2022, ainsi que la condamnation de la commune à lui verser un rappel d'IAT à compter 1er janvier 2019 et diverses sommes à titre de dommages et intérêts. Des conclusions à fin d'injonction de réintégration sur un " poste à responsabilité " sont en outre soumises au tribunal.

Sur les conclusions à fin d'injonction de réintégration :

2. Il n'entre pas dans les pouvoirs du juge administratif d'adresser à titre principal des injonctions aux autorités administratives, en l'absence de texte le prévoyant expressément. Par suite, les conclusions de Mme A par lesquelles elle demande au tribunal, sans solliciter l'annulation d'une décision prise sur cette question par la commune de Saint-Philippe, d'ordonner à celle-ci de la réintégrer sur un poste à responsabilité sont irrecevables.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus d'IAT et à la condamnation de la commune à verser des rappels d'IAT :

3. Il résulte de l'instruction que Mme A avait demandé à son employeur, le 31 janvier 2019 puis le 28 février 2019, de la rétablir dans ses droits à l'IAT à compter du 1er janvier 2009. Alors que cette demande a été implicitement rejetée le 4 mai 2019, il est constant que l'intéressée n'a exercé, à cette époque, aucun recours juridictionnel contre ce refus implicite, lequel a acquis un caractère définitif. Ainsi, les conclusions par lesquelles Mme A sollicite, dans le cadre de sa requête déposée le 7 octobre 2022, l'annulation de la décision du maire de Saint-Philippe du 15 octobre 2022 refusant à nouveau de lui verser l'IAT réclamée à compter du 1er janvier 2019, ladite décision présentant un caractère purement confirmatif, ainsi que la condamnation de la commune à lui verser les sommes dont elle s'estime créancière au titre de l'IAT à compter du 1er janvier 2019, sont tardives et, par suite, irrecevables.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. Mme A soutient, à l'appui de ses conclusions à fin de dommages et intérêts, qu'elle est victime d'une discrimination et d'une sanction déguisée, dès lors que, pour des fonctions analogues, ses collègues ont continué à percevoir depuis 2019 l'IAT dont elle n'a pu elle-même bénéficier, le maire lui ayant fait grief de son engagement syndical. Elle invoque plus généralement des faits de harcèlement moral ayant conduit à un syndrome dépressif, qui seraient caractérisés par la circonstance qu'il lui a été imposé, depuis 2019, d'accomplir des fonctions qui non seulement n'ouvraient plus droit au versement de l'IAT, mais encore ne correspondaient pas à son grade. Toutefois, elle n'apporte aucun élément concret de nature à démontrer que des collègues se seraient vu attribuer l'IAT alors que leur situation était comparable à la sienne, notamment en ce qui concerne les fonctions exercées. De même, ses allégations selon lesquelles les fonctions confiées depuis 2019 ne correspondraient pas à celles qu'elle a vocation à accomplir au regard de sa situation d'adjointe administrative contractuelle ne sont étayées par aucune justification. Enfin, aucun commencement de preuve n'est produit à l'égard de ses allégations selon lesquelles le maire aurait pris à son encontre des mesures dictées par une volonté de lui faire grief de son engagement syndical ou de ses convictions politiques. Dès lors, le dossier soumis au tribunal ne fait pas apparaître l'existence d'un traitement discriminatoire, d'un harcèlement moral ou d'une sanction déguisée.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A à l'encontre de la commune de Saint-Philippe doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Philippe, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée sur ce même fondement par la commune de Saint-Philippe.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Philippe au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Saint-Philippe.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Aebischer, président ;

- M. Monlaü, premier conseiller,

- Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2024

Le rapporteur,

X. MONLAÜ

La greffière,

S. LE CARDIET-BALOUKJY Le président,

M.-A. AEBISCHER La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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