mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2201396 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 octobre 2022 et le 22 mai 2023, Mme D A, représentée par Me Wandrey, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 juillet 2022 par laquelle le directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande de reconnaissance du statut d'apatride ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides de lui reconnaître le statut d'apatride dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article 761-1 du code de justice.
Elle soutient que :
-sa requête est recevable ;
-la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation ;
-elle a été prise par une autorité incompétente ;
-elle est entachée d'une erreur de droit en se fondant sur le fait que la seule production d'un jugement supplétif d'acte de naissance ne constitue pas, en soi, une quelconque preuve de l'identité et de l'état civil réels d'une personne sollicitant la reconnaissance de la qualité d'apatride ;
-elle méconnaît les dispositions des articles L. 582-1 et 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2023, l'office français de protection des réfugiés et apatrides conclut au rejet de la requête.
Il fait valoire qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lebon, conseillère,
- et les conclusions de M. Ramin, rapporteur public.
- aucune des parties n'étant présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A née le 1er janvier 1964 à Madagascar, a sollicité la reconnaissance de la qualité d'apatride le 21 janvier 2022. Sa demande a été rejetée par une décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 21 juillet 2022. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, la décision litigieuse a été signée par Mme C B, cheffe du bureau de l'apatridie en vertu d'une délégation consentie par le directeur général de l'OFPRA, par une décision du 21 juin 2022, consultable en ligne sur le site internet de l'office, à l'effet de signer tous actes individuels pris en application, notamment, de l'article L. 582-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 582-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides notifie par écrit sa décision au demandeur du statut d'apatride, par tout moyen garantissant la confidentialité et la réception personnelle de cette notification. Toute décision de rejet est motivée en fait et en droit et précise les voies et délais de recours. / Aucune décision sur une demande de statut d'apatride ne peut naître du silence gardé par l'office ".
4. La décision attaquée vise les stipulations de la convention de New York relative au statut des apatrides du 28 septembre 1954 ainsi que les articles L. 582-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde. Elle précise l'identité et le parcours, administratif et judiciaire, de la requérante ainsi que les pièces produites au soutien de sa demande. Dans ces conditions, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les motifs de fait et de droit qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 1er de la convention de New-York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides : " () Le terme apatride désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation () ". Aux termes de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York, du 28 septembre 1954, relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ". Aux termes de l'article L. 582-2 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides reconnaît la qualité d'apatride aux personnes remplissant les conditions mentionnées à l'article L. 812-1, au terme d'une procédure définie par décret en Conseil d'Etat ". La reconnaissance de la qualité d'apatride implique d'établir que l'Etat susceptible de regarder une personne comme son ressortissant par application de sa législation ne le considère pas comme tel.
6. Si Mme A déclare être née le 1er janvier 1964 à Madagascar, y avoir vécu jusqu'au 9 avril 2001, puis s'être établie à La Réunion à partir de cette date, il ressort des pièces du dossier que lors de son entretien du 7 juin 2022 avec l'office français de protection des réfugiés et apatrides, elle s'est montrée particulièrement évasive sur son identité réelle en dehors du jugement supplétif de 2019 lui tenant acte de naissance pour des questions d'ordre public. En se bornant à mentionner la loi malgache, sans faire état de demandes auprès de cet Etat pour en obtenir la nationalité, Mme A ne justifie pas avoir effectué de vaines démarches, répétées et assidues auprès d'un Etat dont il peut être présumé qu'elle a la nationalité. Au demeurant, si la requérante a bien sollicité un certificat de nationalité française, puis introduit une action déclarative de nationalité française devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis, ces demandes ont été rejetées. Dès lors, c'est sans commettre d'erreurs de droit et de fait, ni méconnaître les stipulations précitées que le directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, a, par la décision attaquée, refusé de lui reconnaître cette qualité.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Ses conclusions aux fins d'injonction ne peuvent donc, par voie de conséquence et en tout état de cause, qu'être rejetées ainsi que ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à l'office français de protection des refugies et apatrides.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Khater, présidente,
Mme Lebon, conseillère,
M. Le Merlus, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 4 juin 2024.
La rapporteure,
L. LEBON
La présidente,
A. KHATER,
La greffière,
J. BELENFANT
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
jb
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