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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2201474

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2201474

lundi 6 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2201474
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOISSY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 14 novembre 2022 et 5 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Grimaldi, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du maire du Tampon rejetant implicitement sa demande du 9 août 2022 tendant à l'octroi de l'indemnité d'administration et de technicité (IAT) à compter du 1er janvier 2018 ;

2°) d'enjoindre au maire du Tampon, sous astreinte, de lui accorder le bénéfice de l'IAT à compter du 1er janvier 2018 ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Tampon une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- exerçant ses fonctions de manière satisfaisante, elle est en droit de prétendre, pour l'ensemble de la période visée par sa demande, à une IAT attribuée sur le fondement de la délibération du 27 décembre 2010, laquelle demeure applicable ;

- le refus est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le principe d'égalité est méconnu.

Par des mémoires en défense enregistrés les 16 mars, 4 avril 2023 et 5 septembre 2023, la commune du Tampon, représentée par Me Boissy, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 200 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive, qu'elle est dirigée contre une décision purement confirmative et que la délibération qui prévoyait l'avantage litigieux n'est plus applicable ;

- les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté par Mme A a été enregistré le 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;

- le décret n° 2002-61 du 14 janvier 2002 ;

- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Aebischer, président ;

- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public ;

- les observations de Mme A, requérante ;

- les observations de Me Benoiton substituant Me Boissy, avocat de la commune du Tampon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe d'animation territoriale, exerce ses fonctions auprès de la commune du Tampon depuis de nombreuses années. Par une lettre du 4 août 2022 reçue par la commune le 9 août 2022, elle a demandé à son employeur de lui attribuer l'indemnité d'administration et de technicité (IAT) à compter du 1er janvier 2018. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision du maire du Tampon rejetant implicitement sa demande.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune :

2. Si la commune du Tampon soutient que le dispositif indemnitaire dont se prévaut Mme A n'est plus applicable, dès lors qu'un nouveau régime indemnitaire, à savoir le RIFSEEP, a été institué par délibération du conseil municipal du 18 décembre 2021 et se substitue aux indemnités prévues par la délibération du 27 décembre 2010, la circonstance ainsi invoquée concerne le fond du litige et demeure, en tout état de cause, sans incidence sur la recevabilité de la requête.

3. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la demande d'IAT de Mme A a été reçue par la commune le 9 août 2022. Une décision implicite de rejet étant née le 9 octobre 2022, le délai de recours contentieux de deux mois n'était pas expiré à la date d'enregistrement de la requête.

4. Enfin, contrairement à ce que soutient la commune, la circonstance que Mme A ait eu connaissance mois après mois, par son bulletin de paye, du non-versement de l'IAT en sus de son traitement mensuel, ou qu'elle ne soit pas restée dans l'ignorance des multiples décisions de refus opposées à des agents qui sollicitaient la commune avec le concours de leur syndicat, ne suffit pas à établir l'existence, antérieurement à la décision implicite susmentionnée, d'une décision de l'autorité territoriale portant refus d'attribution de l'IAT individuellement opposé à l'intéressée au titre de la période visée par sa demande du 9 août 2022.

5. Il résulte de ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées par la commune doivent être rejetées.

Sur le droit à l'IAT :

6. Aux termes de l'article 5 du décret n° 2002-61 du 14 janvier 2002 : " L'attribution individuelle de l'indemnité d'administration et de technicité est modulée pour tenir compte de la manière de servir de l'agent dans l'exercice de ses fonctions ". Par sa délibération du 27 décembre 2010 prise sur le fondement de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984, le conseil municipal de Tampon a rendu applicable aux fonctionnaires et agents non titulaires de la commune l'IAT instituée par le décret du 14 janvier 2002 et a précisé les critères d'attribution, à savoir la valeur professionnelle, les responsabilités exercées et la manière de servir.

7. A l'égard des droits à indemnités des fonctionnaires de la commune du Tampon pour les années 2018 à 2022, les dispositions de la délibération du 27 décembre 2010 relatives à l'IAT ne sont pas devenues inapplicables du seul fait de l'entrée en vigueur du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014, lequel institue au profit des fonctionnaires de l'Etat un nouveau régime indemnitaire dénommé RIFSEEP destiné à se substituer à plusieurs dispositifs existants dont l'IAT. Car la délibération du conseil municipal du Tampon du 18 décembre 2021 telle que modifiée par les délibérations des 30 juin 2022 et 30 septembre 2022 prévoit expressément que, compte tenu des impératifs de la mise en place progressive du RIFSEEP dans la commune, les régimes indemnitaires antérieurs ne sont abrogés qu'à compter du 1er janvier 2023. Au demeurant, il est constant que le maire du Tampon a continué d'attribuer l'IAT à certains agents communaux jusqu'en 2022.

8. Si la commune du Tampon entend, par ses écritures en défense, mettre en doute les qualités professionnelles de Mme A, il ressort des pièces du dossier, et notamment des comptes rendus d'entretien professionnel établis au titre des années 2018 à 2020, que la manière de servir de cet agent est perçue comme bonne, voire très bonne en ce qui concerne les années 2019 et 2020, à l'égard de la quasi-totalité des critères et que les appréciations littérales de ses supérieurs hiérarchiques sont élogieuses. Et il ne ressort pas des pièces du dossier que les qualités professionnelles démontrées par l'intéressée auraient été moindres en 2021 et 2022. Dès lors, la décision refusant l'attribution de l'IAT au titre des services accomplis depuis l'année 2018 est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du maire du Tampon lui refusant le bénéfice de l'IAT à compter du 1er janvier 2018.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Compte tenu de ses motifs, le présent jugement implique que la commune du Tampon procède à un réexamen de la situation de Mme A à l'égard des versements d'IAT auxquels elle peut prétendre à compter du 1er janvier 2018. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune du Tampon une somme de 600 euros au titre des frais qui ont été exposés par Mme A pour sa requête.

12. Partie perdante dans la présente instance, la commune du Tampon ne peut qu'être déboutée de sa demande présentée à l'encontre de la requérante sur ce même fondement.

DECIDE :

Article 1er : La décision du maire du Tampon refusant d'attribuer l'IAT à Mme A à compter du 1er janvier 2018 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune du Tampon de réexaminer la situation de Mme A à l'égard des versements d'IAT auxquels elle peut prétendre depuis le 1er janvier 2018, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune du Tampon versera à Mme A la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune du Tampon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune du Tampon.

Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Aebischer, président ;

- M. Monlaü, premier conseiller ;

- Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.

L'assesseur le plus ancien,

X. MONLAÜ

Le président,

M.-A. AEBISCHER

Le greffier,

D. CAZANOVE

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