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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2201495

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2201495

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2201495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBELLIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 10 novembre 2022, 28 septembre 2023 et 18 juillet 2024, Mme A Taristas, représentée par Me Belliard, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le président du conseil départemental de La Réunion a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 29 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de reconnaître l'accident du 29 mars 2021 comme imputable au service, et de la placer en congé de maladie professionnelle du 1er avril 2021 au 10 octobre 2021, du 26 octobre 2021 au 30 novembre 2021, ainsi que du 22 février 2022 au 7 juin 2022 ;

3°) condamner le département de La Réunion au versement de la somme de 9 779,01 euros au titre des pertes sur salaire pour la période du 29 mars au 30 avril 2022 ;

4°) condamner le département de La Réunion au versement de la somme de 3 000 euros au titre de son préjudice moral ;

5°) mettre à la charge du département de La Réunion, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du juillet 1991 une somme de 3 000 Euros à verser à son conseil, qui s'engage en ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ;

6°) condamner le département de La Réunion aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que les prescriptions de l'article R. 414-5 du code de justice administrative ne lui sont pas opposables ;

- l'arrêté contesté est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que les avis médicaux et expertaux concluent unanimement, et de façon circonstanciée, à l'imputabilité de la lésion à l'accident qui doit être reconnu comme accident de service ;

- elle est fondée à demander une indemnité de 9 279,01 euros au titre du remboursement des traitements qualifiés à tort de congé ordinaire de maladie ;

- elle est fondée à demander la réparation du préjudice moral de 3 000 euros compte tenu des difficultés qu'elle a rencontrées pour le paiement de son loyer d'un montant de 617,08 euros par mois.

Par des mémoires en défense enregistrés les 13 avril 2023 et 5 juillet 2024, le département de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- La requête est irrecevable dès lors qu'elle méconnait les prescriptions de l'article R. 414-5 du code de justice administrative et que les conclusions indemnitaires n'ont pas été précédées d'une demande préalable indemnitaire ;

- Les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 31 juillet 2024 à 12h.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Monlaü,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public

- les observations de Mme B, pour le département de La Réunion, Mme Taristas n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Taristas, rédacteur territorial au sein du département de La Réunion, a été victime le 29 mars 2021 d'une chute de sa hauteur sur son lieu de travail. Elle a adressé une déclaration d'accident de service le 21 avril 2021 et a été placée par la suite en congé de maladie ordinaire. Le 9 juillet 2021, elle a saisi le conseil départemental d'un recours gracieux à l'encontre des décisions la plaçant en congé ordinaire de maladie du 1er avril 2021 au 30 juin suivant et a sollicité le bénéfice d'un congé d'invalidité temporaire imputable au service (CITIS). Une expertise médicale effectuée le 6 octobre 2021 à la demande du département de La Réunion a conclu à une imputabilité à un accident de service de l'événement déclaré le 29 mars 2021. Puis, le comité médical unique, saisi le 22 décembre 2021 réuni en formation plénière le 27 juin 2022, a émis un avis favorable à l'imputabilité au service de cet accident en considérant que la circonstance que l'agent récupérait un effet personnel sur sa chaise de bureau ne peut écarter à elle seule le lien avec l'exercice des fonctions Par une décision du 13 septembre 2022, le président du conseil départemental a refusé de rembourser les honoraires médicaux et frais directement entrainés par l'accident du travail du 29 mars 2022 et de reconnaître comme imputables au service cet accident et a décidé de prendre en compte les arrêts de travail pour les périodes du 1er avril 2021 au 10 octobre 2021, du 26 octobre 2021 au 30 novembre 2021 et du 22 février 2022 au 7 juin 2022 en lien avec cet accident au titre de la maladie ordinaire. Par la présente requête, Mme Taristas demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le président du conseil départemental de La Réunion a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 29 mars 2021.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 414-2 du code de justice administrative : " Les personnes physiques et morales de droit privé non représentées par un avocat, autres que celles chargées de la gestion permanente d'un service public, peuvent adresser leur requête à la juridiction par voie électronique au moyen d'un téléservice accessible par le réseau internet () ". Aux termes de l'article R. 414-5 du même code : " Par dérogation aux dispositions des articles R. 411-3, R. 411-4, R. 412-1, R. 412-2 et R. 611-1-1, le requérant est dispensé de produire des copies de sa requête, de ses mémoires complémentaires et des pièces qui y sont jointes. Il est également dispensé de transmettre l'inventaire détaillé des pièces lorsqu'il utilise le téléservice mentionné à l'article R. 414-2 ou recourt à la génération automatique de l'inventaire permise par l'application mentionnée à l'article R. 414-1. / Le requérant transmet chaque pièce par un fichier distinct, à peine d'irrecevabilité de sa requête. Cette obligation est applicable à la transmission des pièces jointes aux mémoires complémentaires, sous peine pour le requérant de voir ces pièces écartées des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet. / Chaque fichier transmis au moyen de l'application mentionnée à l'article R. 414-1 porte un intitulé commençant par le numéro d'ordre affecté à la pièce qu'il contient par l'inventaire détaillé. Lorsque le requérant recourt à la génération automatique de l'inventaire permise par l'application, l'intitulé du fichier décrit également le contenu de cette pièce de manière suffisamment explicite. Chaque pièce transmise au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 414-2 porte un intitulé décrivant son contenu de manière suffisamment explicite. / Les obligations fixées au précédent alinéa sont prescrites au requérant sous peine de voir la pièce écartée des débats après invitation à régulariser non suivie d'effet () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

4. Contrairement à ce que soutient le département, Mme Taristas n'a pas adressé sa requête via l'application informatique " télérecours ", ainsi que le permet l'article R. 414-2 précité du code de justice administrative. Par suite, les formalités prescrites par les dispositions de l'article R. 414-5 ne lui sont pas opposables. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée du non-respect de ces dispositions ne peut qu'être écartée.

5. En revanche, contrairement à ce qu'imposent ces dispositions, Mme Taristas n'a pas fait précéder sa requête d'une demande préalable ayant pour objet la réparation du préjudice moral lié à l'illégalité fautive de la décision attaquée. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le département en défense tirée de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires doit être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 822-21 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à : / 1° Un accident reconnu imputable au service tel qu'il est défini à l'article L. 822-18 ; ". Aux termes de l'article L. 822-18 du même code : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. ". Aux termes de l'article L. 822-24 de ce code : " Le fonctionnaire qui bénéficie d'une reconnaissance d'imputabilité au service d'un accident ou d'une maladie a droit au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par sa maladie ou son accident. ".

7. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique, qu'un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service.

8. Alors que le conseil médical réuni en formation plénière dans sa séance du 27 juin 2022 a rendu un avis favorable à l'imputabilité au service de l'accident du 29 mars 2021 de Mme Taristas, le président du conseil départemental de La Réunion a refusé de reconnaître cette imputabilité au service en se fondant sur différentes circonstances tenant à ce que les éléments de la déclaration de Mme Taristas étaient " de nature à créer un doute sur la matérialité des faits ". En l'espèce, il est constant que Mme Taristas a été victime d'une chute le 29 mars 2021. Alors qu'elle était assise à son bureau, elle a saisi son panier qui comprenait des affaires personnelles mais également ses cahiers utilisés comme agenda professionnel, ses livrets valant ressources professionnelles contenant sigles et process, pour le déposer au pied du bureau, et a basculé sur le côté en étirant brutalement son membre supérieur droit qui tenait son panier qu'elle a lâché en raison d'une violente douleur ressentie au niveau de son épaule droite. La matérialité de ces faits est corroborée par le témoignage d'une collègue qui était présente au moment des faits, laquelle est venue lui prêter assistance. Le département de La Réunion ne peut utilement invoquer pour remettre en cause l'accident de service subi par Mme Taristas les circonstances selon lesquelles l'intéressée exerce des fonctions administratives qui excluent le port de charges lourdes, et tenant au fait que la récupération d'un effet personnel ne peut être considéré comme un acte de la vie courante dans le prolongement normal de l'activité du service, l'intéressée ne faisant par ailleurs état d'aucune lésion alors même qu'il y a eu perte d'équilibre. Dès lors, la requérante est fondée à soutenir que le président du conseil départemental a fait une inexacte application des dispositions mentionnées au point 6 en refusant de considérer comme imputable au service l'accident du 29 mars 2021 et de prendre en charge à ce titre les arrêts de travail en lien direct avec cet accident, et à demander l'annulation de l'arrêté du 13 septembre 2022 pour ce motif.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme Taristas est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 septembre 2022, par lequel le président du conseil départemental de La Réunion a refusé de reconnaître l'accident survenu le 29 mars 2021 comme imputable au service.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au président du conseil départemental de La Réunion de prendre, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, une nouvelle décision reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident dont a été victime Mme Taristas le 29 mars 2021, et de prendre en charge à ce titre les soins et les arrêts de travail en lien direct avec cet accident.

Sur les dépens :

11. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, au sens et pour l'application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions de la requérante présentées au titre de cet article doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

12. Mme Taristas a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Belliard, avocat de Mme Taristas, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du département de La Réunion, le versement à Me Belliard de la somme de 1 200 euros.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du 13 septembre 2022, par lequel le président du conseil départemental de La Réunion a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont a été victime Mme Taristas le 29 mars 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental de La Réunion de prendre, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, une nouvelle décision reconnaissant imputable au service l'accident dont a été victime Mme Taristas le 29 mars 2021, et de prendre en charge à ce titre les soins et les arrêts de travail en lien direct avec cet accident.

Article 3 : Le département de La Réunion versera à Me Belliard une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Belliard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme Taristas est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A Taristas et au département de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Blin, présidente,

M. Monlaü, premier conseiller,

Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

X. MONLAÜ

La présidente,

A. BLIN

La greffière,

S. LE CARDIET-BALOUKJY

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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